Etats-UnisL'avocat de Donald Trump a participé à faire reculer les droits LGBT+ en Europe

Par Thomas Lapointe le 01/11/2020
Donald Trump

L'avocat de Donald Trump, a soutenu les restrictions polonaises sur l’avortement et les "zones sans LGBT+". Un soutien juridique financé par des organisations chrétiennes et ultra conservatrices américaines.

C’est une information révélée mardi par le média indépendant Open Democracy. Des organisations, pour la plupart chrétiennes, ultra conservatrices américaines ont dépensé 270 millions de dollars depuis 2007 dont 90 millions en Europe - plus que dans n’importe quelle autre région - pour faire reculer les droits LGBT+ et les droits des femmes sur le vieux continent. Parmi celles-ci, le Centre américain pour le droit et la justice (ACJL) dont l'avocat en chef Jay Sekulow, est également l'un des avocats personnels de Donald Trump.

Celui qui a défendu le président américain lors de son procès en destitution a en outre créé en 1997 l'antenne européenne de l'ACJL (le Centre européen pour le droit et la justice - ECJL) basée à Strasbourg. Un choix qui ne doit rien au hasard puisque la ville accueille le parlement européen ainsi que la cour européenne des droits de l'Homme (CEDH). Pratique pour la pratique d'un lobbying en faveur, par exemple, des mesures anti-avortement polonaises.

Un lobbying juridique qui fonctionne

En effet, Jay Sekulow et l'ECJL ont rédigé un argumentaire en date du 16 octobre à l'adresse de la cour constitutionnelle polonaise dans lequel ils défendent "la protection de la vie humaine prénatale". On peut par exemple y lire, que les Etats européens ont pour charge de définir le "point de départ du droit à la vie". Par conséquent, selon l'organisation, la CEDH "n'a jamais estimé que le fœtus n'était pas une personne". Des arguments qui ont permis de légitimer la décision de la cour polonaise.

Cette dernière a interdit le jeudi 22 octobre l’IVG en cas de malformation grave du fœtus. Une décision conforme au souhait du parti au pouvoir Droit et Justice (PiS), formation ultra-conservatrice et nationaliste, et à celui de l'association de Jay Sekulow. Les femmes polonaises, qui depuis sont descendues par milliers dans les rues afin de protester, ne peuvent désormais avorter qu’en cas de viol, d’inceste ou de danger vital pour la mère. Interrogé par Open Democracy, Neil Datta, en charge du forum européen pour les droits sexuels et reproductifs, dénonce une « croisade contre les femmes et les droits LGBT ».

Le droit pour s'attaquer aux droits LGBT+

Par le passé, l'ACJL s'est en outre opposée à l'adoption par des couples gays et a soutenu des médecins refusant des services aux femmes et aux personnes LGBT+. Jay Sekulow et son organisation ont aussi défendu les villes polonaises se déclarant « zones sans LGBT+ ». D'après ses registres financiers, cette dernière a dépensé 14 millions de dollars en Europe.

Par ailleurs, l'ACJL n'est pas partie seule en croisade. Au total, 28 organisations chrétiennes aux pratiques similaires ont été identifiées par Open Democracy. A l'image de l'Alliance pour la défense des libertés (ADF) dont les liens avec l'administration Trump sont avérés. Puisqu'elle compte parmi ses membres d'anciens collaborateurs du président américain. Sa branche internationale "a déposé des dossiers juridiques contre le mariage homosexuel en Italie et a soutenu les boulangers chrétiens d'Irlande du Nord qui ont refusé de servir les couples homosexuels", relate Reuters.

Elle s'est également opposée à l'adoption par des couples homosexuels en Autriche et a opéré en France contre les femmes transsexuelles cherchant à changer légalement de sexe. Là aussi le lobbying s'illustre par le dépôt d'arguments dans des affaires judicaires, cette fois-ci devant la Cour européenne des droits de l'homme.

Des « victoires » à la CEDH

Au cours des dernières années, l’ACJL et l’ADF sont intervenues dans des dizaines de dossiers judiciaires européens. Dans son rapport annuel en 2019, ADF s’est par exemple félicitée d’avoir remporté 18 affaires devant la CEDH sur des questions similaires à la législation polonaise en matière d’avortement. Des "victoires" qui ont un coût, puisqu'elle a dépensé 15 millions de dollars en Europe depuis 2007.

Outre des arguments dénoncés par le conseil de l’Europe comme de graves « violations des droits de l’homme », Neil Datta met en garde les institutions continentales face à ces organisations qui tentent « de saper la démocratie, le libéralisme et les droits de l’homme ». Des activités qui sont à l’image de leur travail outre-Atlantique. Elles devraient notamment jouer un rôle après la nomination d’Amy Coney Barrett à la Cour suprême américaine...

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Cet article a été réalisé par un.e étudiant.e en journalisme, en partenariat avec le Centre de Formation Professionnelle des journalistes. 

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