Adrzej DudaManifestation pro-avortement en Pologne : l'eurodéputé gay Robert Biedrón brutalement écarté par la police

Par Nicolas Scheffer le 26/10/2020
Pologne

Que ce soit dans la rue ou dans des églises,  militantes et militants manifestent depuis jeudi 22 octobre contre la décision du Tribunal constitutionnel Polonais d'interdire 98% des avortements légaux. Pendant l'une de ces manifestations, la police a pris à partie l'eurodéputé gay Robert Biedrón.

Depuis jeudi dernier, des milliers manifestent en Pologne contre une interdiction quasi-totale de l'avortement décidée par la justice. Dans la rue, comme dans des églises, les militants des droits des personnes LGBT+ s'associent à la défense de ce droit fondamental et font parfois face à la police. Ce vendredi 23 octobre, l'eurodéputé Robert Biedrón a été bousculé par les forces de l'ordre, comme en atteste une vidéo publiée sur les réseaux sociaux. Le parlementaire ouvertement gay voulait vraisemblablement venir en aide à une femme arrêtée, en marge d'une manifestation.

"J'aimerais avorter de mon gouvernement"

Dimanche, des militants ont visé des églises catholiques. Des graffitis ont été griffonnées sur des murs dans plusieurs villes du pays. On peut y lire "l'enfer des femmes", l'un des slogans des manifestant·es. À Varsovie, alors que les protestataires scandaient "j'aimerais avorter de mon gouvernement", ils ont fait face à des contre-manifestants.

À LIRE AUSSI - Robert Biedrón sur la Pologne : « Il y a eu un moment pour la négociation, maintenant, l’Union Européenne doit agir »

Sur une vidéo publiée par le collectif Stop Bzdurom, on peut voir une forte présence policière qui encadre une manifestation qui respecte la distanciation sociale. Si celle-ci semble calme, lors du rassemblement du 24 octobre, la police a fait usage de gaz de poivre contre les manifestant·es pour disperser, dans la violence, les protestataires. Cet été, Margot, une militante non-binaire qui fait partie de ce collectif, avait été arrêtée par la police après avoir saccagé un van "pro-vie" qui circulait dans Varsovie. Ce mini-bus lançait des slogans LGBTphobes dans les rues. "Les fascistes, on ne peut pas simplement leur répondre 'vous êtes méchant, il faut vous arrêter'. Lorsqu'on a appelé la police pour leur demander de les arrêter, c'est nous qu'ils ont mis en garde à vue", racontait-elle à TÊTU.

 

98% des avortements interdits

"Le gouvernement s'immisce de plus en plus dans la vie des Polonaises et des Polonais. Il veut décider de tout pour nous. C'est absurde, mais c'est comme cela que ça se passe. (...) Les gens réclament que les droits s'appliquent dans toute l'Europe", a déclaré l'eurodéputé Robert Biedrón à la radio polonaise Onet Rano. "Le gouvernement profite de la crise pour détruire nos droits et la démocratie (...) Les méthodes du PiS sont les mêmes que celles que l’on a connues à l’époque communiste, sauf qu’alors, l’avortement était légal. La Pologne se rapproche de plus en plus d’une dictature !", jugeait Anna Zaradny, dans Libération, en avril dernier.

À LIRE AUSSI - En Pologne, la communauté LGBT entre résistance et résignation

La décision du Tribunal constitutionnel polonais a proscrit l'IVG en cas de malformation grave du fœtus, qui est vue comme "incompatible" avec la constitution. Avec les cas de viols, d'inceste ou de menace pour la santé de la mère, c'était l'un des quatre seul cas où il est autorisé dans le pays. Selon Le Monde, les malformations de fœtus constituent 98% des 1.100 avortements légaux recensés par les autorités. Les groupes féministes estiment eux que plus de 200.000 IVG sont réalisés illégalement ou à l'étranger tous les ans.

L'opposition dit envisager de déposer un projet de loi ou de demander un referendum. En mars 2019, un sondage révélait que 58% des Polonais étaient favorable à un avortement jusqu'à la 12è semaine de grossesse. Des organisations comptent désormais déposer une nouvelle plainte à la Cour européenne des droits de l'homme.

"Satisfaction" du gouvernement et de l'Église

La présidence, tout comme l'épiscopat ont exprimé leur "satisfaction" de ce jugement du tribunal. Cette Cour, réformée par le gouvernement dirigé par le parti Droit et justice, est accusé d'être composé de juges loyaux envers le parti. Ultra-catholique et nationaliste, le PiS a déjà plaidé pour restreindre énormément ce droit à l'avortement. En 2016 et 2018, le gouvernement avait déjà tenté de restreindre l’avortement, reculant à chaque fois face à la pression de la rue, rappelle Le Figaro. Alors que le pape s'est prononcé pour une meilleure ouverture de l'Église aux homos, l'épiscopat polonais veut ouvrir des "cliniques" pour "aider" les personnes LGBT+ à devenir hétéros.

Depuis l'arrivée du PiS au pouvoir, la Pologne défie les droits des personnes LGBT+. Des zones "sans-LGBT" one été décrétées dans quelque 100 communes et couvrent environ un tiers du territoire polonais. Les institutions européennes peines à faire respecter les valeurs fondamentales de l'UE. La présidente de la Commission, Ursula Von der Leyen a qualifié ces zones de "sans humanité". La Commission a refusé de subventionner un projet de jumelage de six communes, mais le ministère de la Justice a dit qu'il compenserait largement ces subsides manquantes. Dans les prochaines semaines, la Commission européenne doit justement proposer un plan à échelle de l'Union.

À LIRE AUSSI - « Zones sans-LGBT » : la Pologne menace de ne pas signer le plan de relance européen

 

 

Crédit photo : Capture d'écran YouTube / AFP