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Pourquoi il faut arrêter avec la thèse de l’homosexualité refoulée de Jonathann Daval

Plusieurs personnes, qui n'ont pas eu accès au dossier fleuve de l'instruction de Jonathann Daval, avancent que le meurtrier est un homo refoulé. Sans qu'aucun fait ne l'accrédite...

La cour d'assises de Haute-Saône a condamné Jonathann Daval à 25 années de réclusion criminelle pour le meurtre de sa femme, Alexia. À la fin du procès, Isabelle Fouillot, la mère de la victime a exprimé son soulagement. "C'est une très bonne décision, exactement ce que j'espérais, à la hauteur de notre souffrance. Ça va nous permettre de tourner une page", a-t-elle déclarée. Si la culpabilité de Jonathann Daval est une vérité judiciaire, trois années d'enquête et six jours d'un procès intense n'ont pas suffi à percer tous les secrets du meurtre d'Alexia Daval. Et le premier d'entre eux : le mobile. Résultat, la thèse de l'homosexualité refoulée est apparue... sans aucun élément tangible.

Pendant l'audition, Jonathann Daval a expliqué son geste par une dispute qui a dégénéré, après un rapport sexuel qu'il aurait refusé à sa femme. Dans son réquisitoire, l'avocat général analyse "je crois qu’il l’a tuée parce qu’Alexia voulait le quitter, tout simplement". Une croyance et non une certitude qui ne suffisent pas à faire taire toutes les conjectures. Sur le plateau de CNews, un avocat pénaliste, Pierre Farge, (qui avait posé dans la rubrique des lecteurs du numéro 221 de TÊTU, ndlr)  avance l'hypothèse de l'homosexualité refoulée. La thèse n'est pas nouvelle : en 2018, Jean-Marie Le Pen écrit sur Twitter  "je crois que l'assassin n'était pas seul. Il avait un petit copain".

Plus de 1.500 pièces de dossier, pas d'homosexualité refoulée

Le problème (outre celui de donner raison à Jean-Marie Le Pen) c'est qu'aucun fait ne permet d'appuyer la thèse de l'homosexualité refoulée. Aucun compte-rendu du procès n'en fait état, alors même que les milliers de pages d'enquête (450 PV d'auditions, plus de 1 500 pièces) sont entrés dans l'intimité la plus stricte du couple et de Jonathann Daval. Jusqu'à savoir qu'il souffre de problèmes d'érection, tout comme six hommes sur dix, à en croire l'Ifop.

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Quand on n'arrive pas à expliquer quelque chose, l'homosexualité refoulée est un argument facile. Le mythe du criminel rongé par la haine de soi ou dans le placard, relève de la psychologie rapide. Et derrière, accrédite l'idée que l'homosexualité est une blessure conduisant au pire. "C'est facile comme interprétation, mais ce n'est pas un phénomène anecdotique. Le refoulement peut aller jusqu'à la pulsion de meurtre, indique à TÊTU Emmanuel Pierrat, avocat au barreau de Paris. Là, on ne peut malheureusement que spéculer".

Pendant les six jours d'audience, pas un mot sur l'homosexualité réelle ou supposée de l'accusé. "On croit qu'un procès d'assise fouille tout, mais ça ne fouille que les faits. Seule une journée est dédiée à la personnalité de l'accusé", précise l'avocat. L'enquête psycho-sociale entre dans le détail de la personnalité de l'accusé, mais seuls les faits qui intéressent les parties et le président de la Cour sont abordés lors de l'audience. "Ça n'a pas été retenu comme pertinent aux débats, car ça ne dit pas s'il avait l'intention de tuer sa femme ou non", regrette l'avocat.

Un individu "manipulateur"

En revanche, certains faits permettent d'appréhender la personnalité de Jonathann Daval. Tony Arpin, l'un des experts psychiatres le décrit comme un homme qui "refoule tout et accumule. Le refoulement entraîne l'agressivité, et il ne pouvait pas contenir toute son agressivité. Il y a un barrage qui a cédé. Une accumulation qui ne s'est jamais dite". C'est une personnalité immature, malconstruite, dépendant affectivement de sa femme et de sa belle famille. Il avance que l'informaticien de 36 ans n'est pas atteint de pathologie psychiatrique.

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Jonathann Daval "paraît soumis, mais en fait il va trouver un autre moyen pour s'imposer, pas par la force mais par une sorte de séduction et de charme. C'est un individu qui va pouvoir manipuler les gens en attirant sur lui des sentiments positifs, ce qui va lui permettre d'arriver à ses fins", indique-t-il. Le second psychiatre, Jean Canterino, décrit "un couple qui n’était capable ni de se séparer, ni de vivre ensemble. Et ça, c’est très dangereux. Parce que l’agressivité augmente, on se sent coincé".

De multiples traumatismes

Mais Jonathann Daval est une personnalité complexe, traversée par de multiples traumatismes. Ses parents divorcent lorsqu'il a deux ans. Le jeune garçon est atteint d'un problème d'audition qui cause en lui un retard de langage. Une scoliose l'oblige à porter un corset 23h/24 et à subir des moqueries à l'école. À 12 ans, son père adoré meurt brutalement. Jonathann Daval a également des troubles obsessionnels du comportement importants : il peut rester plus d'une heure sous la douche parce qu'il se sent sale.

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Les experts évoquent un possible traumatisme sexuel dans la petite enfance, relate France Inter - même si rien n'a été prouvé et Jonathann ne s'en rappelle pas. Autre étrangeté, il dit à ses beaux parents, Isabelle et Jean-Pierre Fouillot, qu'ils sont sa seule et véritable famille. À tel point qu'il appelait sa belle-mère "maman".

"On n'est pas là pour croire"

Lors de sa plaidoirie, l'avocat de la défense, Randall Schwerdorffer a averti les jurés d'une interprétation trop hâtive. "On vous dit : ne croyez pas Jonathann Daval. Mais nous n'êtes pas là non plus pour croire les scénarios de la partie civile ou de l'avocat général. On n'est pas là pour croire, dans une enceinte judiciaire. L'intime conviction, ce n'est pas de l'intuition". Et de conclure : "on doit accepter que, dans un dossier criminel, on ne sache pas tout."

 

Crédit photo : Capture d'écran France 3


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