Laurence Vanceunebrock-MialonUn collectif de victimes appelle à "bannir" les "thérapies de conversion"

Par Nicolas Scheffer le 25/11/2020
thérapies de conversion

Dans une tribune au Monde, les membres du collectif Rien à guérir appellent le gouvernement à appuyer la proposition de loi pour interdire les "thérapies de conversion". Et de ne pas s'arrêter à des amendements qui laissent des trous dans la raquette.

Ils craignent un texte au rabais. Dans une tribune au journal Le Monde, un collectif de victimes de "thérapies de conversion", appellent le gouvernement à soutenir la proposition de loi pour interdire ces pratiques. Ils ne veulent pas du "texte au rabais", annoncé par Marlène Schiappa dans le projet de loi sur le "séparatisme" par voie d'amendements.

Ces thérapies prétendent "guérir" de l'homosexualité ou de l'identité de genre sont encore encouragées par une frange religieuse de la population, mais aussi par des personnes qui se réclament de la médecine. "Ces pratiques existent bel et bien aujourd’hui, en France, nous en sommes témoins. Que ce soit par des sessions spirituelles, des accompagnements thérapeutiques ou spirituels, des exorcismes, des rassemblements de prière, des jeûnes ou tout autre type de pressions, ces actes qualifiés d’'homothérapie' ou, plus fréquemment, de 'thérapies de conversion', portent gravement atteinte à la personne humaine et à son identité, qu’on ne peut modifier", écrit le collectif Rien à guérir.

"Honte, culpabilité, isolement, désespoir"

Ils dénoncent également les effets sur la santé mentale des victimes. Car si ces "thérapies" n'ont aucune influence sur leur identité de genre ou leur orientation, elles causent "honte, culpabilité, isolement, désespoir". Les victimes font état d'épisodes dépressifs, d'une grande anxiété. Certains ont même tenté de mettre fin à leur jour.

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"Les promoteurs de ces pratiques ont non seulement pu agir depuis des années sans être inquiétés, mais ont aussi prospéré au cours des vingt dernières années sur le territoire national et en Europe. Tant que la qualification pénale de ces pratiques et l’infraction spécifique n’existeront pas, il sera impossible de les identifier et de les combattre. Nous ne pourrons toujours pas porter plainte ni nous reconnaître en tant que victimes", dénoncent les victimes. "Lutter contre ces dérives, c’est permettre aux personnes, en particulier les plus jeunes en recherche d’identité, de trouver la liberté d’être ce qu’ils sont sans la culpabilité induite ou confortée par les fausses promesses", ajoutent-elles.

Une initiative du gouvernement qui sape le travail parlementaire

"C’est un cri d’alerte que nous lançons aujourd’hui : alors que ces pratiques dévastatrices progressent par l’importation des mouvements « ex-gays » américains en France depuis les années 1990, elles ne font pas l’objet d’une interdiction spécifique sur notre territoire. Il est temps d’agir fermement et intelligemment", alertent-ils. C'est là que le bas blesse. Sans avoir consulté personne, Marlène Schiappa a annoncé en octobre que l'interdiction de ces thérapies serait inscrite dans le projet de loi du gouvernement contre les "séparatismes".

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La ministre déléguée à la Citoyenneté ne pouvait pas ne pas savoir que Laurence Vanceunebrock-Mialon travaille d'arrache pied (avec son collègue insoumis Bastien Lachaud) depuis plusieurs années pour mettre à l'ordre du jour une proposition de loi à ce sujet. En juin, elle avait obtenu de son groupe que la proposition de loi soit débattue après avoir écrit un rapport particulièrement documenté. Dans nos colonnes, la députée craignait que son texte soit vidé de sa substance. Depuis, elle semble hésiter à quitter la République en Marche. "Le manque d'écoute parfois, même pour les sujets qui me tiennent à coeur, laisse une impression d'impuissance et de manque de considération des travaux que nous menons, avec certains de mes collègues parlementaires", dit-elle à TÊTU.

Des amendements "au rabais"

Les auteurs de la tribune appuient la députée. "Nous souhaitons mettre en garde le gouvernement contre cette approche qui ne tient pas compte de l’ensemble du phénomène. Procéder ainsi aurait pour conséquence de laisser de côté les 'thérapies de conversion' médicales ou sociétales. De plus, alors que l’interdiction des 'thérapies de conversion' fait consensus, l’intégrer à un projet gouvernemental qui fait débat risque de mettre en péril le travail de longue haleine des parlementaires et de la société civile". Avant de conclure : "ne misons pas sur un texte au rabais, soutenons le travail déjà effectué".

 

Crédit photo : Igor Rodrigues / Unsplash