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ariana grandeRencontre avec Tayla Parx, la chanteuse queer (et parolière d'Ariana Grande) que vous devez connaître

S'il existait un Midas de la musique mainstream, il répondrait au nom de Tayla Parx. C'est bien simple : tout ce que touche cette autrice-compositrice se transforme en or. En seulement quelques années de métier, elle aura co-signé des hits pour Khalid, Megan Thee Stallion ou encore Troye Sivan. Mais sa plus fidèle collaboratrice n'est…

Crédit photos : Joey James

S'il existait un Midas de la musique mainstream, il répondrait au nom de Tayla Parx. C'est bien simple : tout ce que touche cette autrice-compositrice se transforme en or. En seulement quelques années de métier, elle aura co-signé des hits pour Khalid, Megan Thee Stallion ou encore Troye Sivan. Mais sa plus fidèle collaboratrice n'est autre qu'Ariana Grande, dont elle a écrit une grande partie des derniers albums, Thank u, next et Positions. Mais avant que 2020 ne touche à sa fin, cette jeune parolière prodige étoffe sa carrière solo avec un deuxième disque stellaire.

Avec Coping Mechanisms, Tayla Parx brasse des sonorités empruntées au R'n'B et à la pop, saupoudrant le tout d'un zeste de soul parfois imperceptible. Un cocktail mélodique qui fonctionne et, surtout, qui sublime le message encourageant post-rupture amoureuse délivré au fil de l'album. Indéniable, son talent attise la curiosité.

C'est pour cette raison que TÊTU l'a rencontrée en visio. Lorsqu'elle répond à notre appel, Tayla est plus rayonnante que jamais. "Il fait grand soleil ici à Los Angeles et je viens de recevoir mon sapin de Noël", nous explique-t-elle comme pour justifier son apparente joie de vivre. Tout sourire donc, elle en profite pour revenir sur son récent coming out mais également sur son affection pour la communauté LGBTQ+.

Ton nouvel album s'appelle Coping Mechanisms ("mécanismes de défense" en français). Quels sont les mécanismes que tu mets en place pour gérer au mieux l'état actuel du monde, notamment avec la crise sanitaire ?

Certains de mes mécanismes de défense ces derniers temps ont été le jardinage mais aussi l'écriture évidemment. Mais ça change tous les jours. Parfois, une longue balade en voiture peut faire l'affaire. Mais je passe une grande partie de mon temps à Los Angeles, dans ma maison en train de me relaxer avec mes chiens [rires].

Coping Mechanisms parle de ces moments où l'on veut oublier quelqu'un. C'est dur et on doit mettre en place ces petits stratagèmes pour se forcer à penser à autre chose et se changer les idées. Sortir cet album, ça fait partie de ces stratagèmes-là pour toi ?

Exactement, c'est tout à fait ça ! C'est un vrai mécanisme de défense parce qu'il représente la façon dont je suis parvenue à me reconstruire d'une situation vraiment difficile. Mais il m'inspire aussi dans un certain sens, puisqu'il me permet de passer à la phase suivante. Avec cet album, j'explique à quel point c'était compliqué, mais aussi pourquoi c'était pour le mieux en fin de compte.

Tu écris pour d'autres artistes depuis que tu as environ 20 ans. Dirais-tu que l'écriture de chansons est quelque chose de thérapeutique pour toi ?

Complètement ! Pour moi, dès que tu es capable de mettre sur papier n'importe quel type d'émotion, que ce soit de l'écriture libre ou que tu places une mélodie par-dessus, ça te permet d'évacuer tes sentiments. C'est bénéfique pour n'importe quelle personne d'arriver à articulier ses émotions par écrit.

Comment fonctionnes-tu lorsque tu écris tes morceaux ?

C'est différent pour chaque chanson. Parfois, je trouve l'inspiration en marchant dans la rue et que j'entends une conversation entre un couple. Et là, je sais que je tiens le début de ma chanson. Et d'autres fois, je joue quelques accords ou j'écoute quelques beats pour essayer de voir si des paroles me viennent à l'esprit.

Tous les titres présents dans Coping Mechanisms ont-ils été écrits pour toi dès le début ou bien as-tu envisagé de les proposer à d'autres artistes ?

Je n'ai jamais écrit de chanson qui était faite pour moi mais que j'ai finalement donnée à un autre artiste. Je fais toujours la différence dans ma tête. Ce que j'aime en tant qu'artiste est clairement défini. Donc lorsque j'écris pour d'autres artistes, je fais activement en sorte de ne pas mettre trop de moi-même dans leur musique. Parce que mon seul focus, c'est eux. Quand je suis parolière, il n'y a que l'autre artiste dans la pièce qui compte.

Comment t'es-tu mise à l'écriture de chansons ?

Je ne sais pas trop. Peut-être que ça a commencé quand j'ai réalisé que je parlais beaucoup trop et que je me suis dit "OK, si personne ne veut plus t'écouter, alors tu n'as qu'à en faire des chansons" [rires]. Honnêtement, j'ai grandi avec des parents qui avaient de bons goûts musicaux. Ils m'ont initié à Babyface, Erykah Badu, Brian McKnight... Je n'ai réalisé que plus tard qu'ils écrivaient tous eux-mêmes leurs paroles. Pour moi, c'est arrivé assez naturellement. Mes parents m'ont tout de suite encouragée à essayer. Le pire qui pouvait arriver, c'était de réaliser que j'étais vraiment nulle en écriture.

Te rappelles-tu de la première chanson que tu as écrite ?

Je pense que c'était une chanson appelée "Opposites Attract" ["les opposés s'attirent", ndlr]. C'était tellement gnangnan. Niveau paroles, ça donnait "opposites attract, there ain't no turning back". C'était vraiment très mauvais [rires].

Ces dernières années, tu as écrit pour bon nombre d'artistes réputés de la musique. Mais le nom qui revient le plus souvent, c'est celui d'Ariana Grande, qui est d'ailleurs identifiée comme une icône gay. Tu comprends pourquoi ?

Je pense que la communauté LGBTQ+ aime quiconque est prêt à être soi-même à 100%. C'est quelque chose qui est vraiment célébré dans notre communauté. Et ça se ressent dans sa musique. Ariana est l'une des artistes les plus drôles avec qui j'ai pu collaborer. Elle est capable de rigoler de tout et ne se prend pas du tout au sérieux. Et je pense que c'est cette idée que les gens parviennent à ressentir dans sa musique même sans la connaître personnellement.

Tu as fait ton coming out bisexuel plus tôt cette année. Qu'est-ce qui a changé pour toi après ce moment-là ?

Quelques années plus tôt, un ami parolier à moi m'a demandé ce que j'étais. Lesbienne ? Bisexuelle ? Je le lui ai répondu que ça n'avait pas d'importance. Je ne tiens pas trop aux étiquettes quelles qu'elles soient. Et j'ai ensuite réalisé que les gens étaient confus car je sortais parfois avec des garçons, parfois avec des filles. Je n'ai pas vraiment de préférence, c'est la personne qui compte. Mais quand j'ai commencé à en parler davantage, bon nombre de mes fans se sont dit qu'ils pouvaient le faire aussi.

J'ai toujours été discrète sur deux choses : ma famille et mes relations amoureuses. On ne m'entendait parler de ces sujets-là que dans ma musique. Avec ce coming out, c'est la première fois que je parlais autant de ma vie privée en dehors de mes chansons. Je me suis dit que c'était une bonne opportunité pour que les gens me connaissent davantage.

Avais-tu déjà l'impression d'appartenir à la communauté LGBTQ+ avant ton coming out ? Te sentais-tu proche de cette communauté-là ?

Depuis toujours, et encore plus depuis ces dernières années. Bon nombre de mes amis font partie de cette communauté tout comme moi. Avant ça, j'ai toujours eu des membres de ma famille qui en faisaient aussi partie. Pour ma part, j'ai toujours encouragé les gens à vivre leur meilleure vie de la manière dont il l'entendait. C'est quelque chose que j'ai soutenu depuis le tout début.

Tu as également travaillé aux côtés d'une autre icône queer, Janelle Monáe. As-tu l'impression qu'il existe une sororité chez les femmes racisées et plus encore chez les femmes racisées queers au sein de l'industrie musicale ?

J'ai clairement l'impression qu'il y a une idée de communauté. Plus on parle de ces sujets-là, plus on est aptes à se retrouver et à construire une plateforme pour toutes nous tirer vers le haut. Dans le cas de Janelle, quand j'écrivais avec elle, on ne parlait pas de sexualité parce que c'était une sorte de non-sujet pour nous. Mais on avait conscience d'avoir une perspective similaire à propos de la sexualité. C'est pour ça qu'on a pu écrire une chanson comme "Pynk" aussi facilement.

Dirais-tu qu'être queer est une force dans la musique de nos jours ?

Je me dis que tout ce qui était une faiblesse se révèle être une force. Au début, c'était le fait que je sois jeune. Puis, ça a été le fait que je sois noire. Ensuite, le fait que je sois queer [rires]. Je pense que toutes les choses qui ont un temps été perçues comme des inconvénients sont en réalité des avantages qui ont toujours été là.

Tu mentionnais le fait de ne pas être fan des étiquettes. Que ressens-tu lorsqu'on t'identifie désormais comme une artiste queer ?

Je suis une artiste queer donc c'est la vérité [rires] ! Donc ça ne me dérange absolument pas.

As-tu plus de filles qui se glissent dans tes DM depuis ton coming out ?

Oui [rires]. Je pense que ça a commencé quand j'étais en tournée avec Syd [une chanteuse ouvertement lesbienne, ndlr]. Elle et moi avons un titre ensemble sur ma mixtape TaylaMade. C'était ma toute première tournée et c'était dingue. Il y avait toutes ces filles dans le public et j'étais juste ébahie. Puis, ça a été la même chose avec Lizzo. J'ai eu la chance de partir en tournée avec des artistes qui ont des communautés de fans très similaires. En fait, grâce à elles, j'ai appris à être célébrée par des personnes que je célèbre moi-même.

Que peut-on attendre de toi après ton album Coping Mechanisms ?

Je veux m'étendre musicalement. Dès le moment où j'ai sorti cet album, je me suis en quête du prochain. Un genre auquel je ne me suis pas encore frotté, c'est le gospel. J'aimerais peut-être m'y essayer. Je suis fascinée par une artiste qui s'appelle Lauren Daigle. Je l'ai entendue il y a quelques années aux Grammys et elle m'a beaucoup inspirée. J'ai fait de la musique latine, j'ai fait de la K-pop et toutes ces choses très différentes mais je pense que le gospel pourrait m'intéresser. Pour moi, ça commence toujours par la découverte d'un artiste incroyable.

Par Florian Ques le 03/12/2020