Un documentaire revient sur l’erreur historique de la désignation du « patient zéro » du VIH

Ce vendredi, un documentaire, diffusé à 20h50 sur la chaîne Histoire revient sur l'histoire du "patient zéro" au VIH. Une erreur historique qui a voué aux gémonies ce jeune gay, mort à 31 ans du sida.

Imaginez, vous êtes accusé à tort d'être responsable de la diffusion du VIH dans le monde entier. C'est ce qui est arrivé steward québécois Gaëtan Dugas. Sexuellement actif, commissaire de bord dans l'aviation, il a longtemps été considéré comme le "patient zéro" du sida aux États-Unis. Ce vendredi, la chaîne Histoire lui rend hommage dans un documentaire qui décrit la construction de ce mythe... faux.

Des rapports avec 750 personnes différentes

Au début des années 80, la maladie est très mal connue. On pense dans un premier temps que le VIH se transmet par le poppers. Un jour de 1982, trois hommes qui ne se connaissent pas ont nommé le même amant : Gaëtan Dugas. Le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) remarque que le virus se transmet d'une personne à l'autre.

Le steward donne alors aux chercheurs les noms de 72 partenaires susceptibles d'avoir été infecté. Il a également déclaré avoir eu des rapports avec 750 personnes différentes en trois ans. Mais il n'est pas encore désigné comme celui qui a contaminé le continent nord-américain.

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En 1987, alors que Gaëtan Dugas est mort trois ans plus tôt à l'âge de 31 ans, le journaliste Randy Shilt écrit un livre intitulé And the Band Played On. L'auteur utilise en premier le terme de "témoin zéro" pour qualifier le québécois. Il s'agit d'une erreur, le chercheur du CDC avait anonymisé ses témoins. Gaëtan Dugas est appelé "patient O (la lettre)" pour "Out of California" (en dehors de la Californie), note VIH.org. Une erreur de lecture l'aurait donc rendu tristement célèbre.

"Le Christophe Colomb du sida"

Une fois le livre en librairie, c'est un carton. Le New York Post fait sa Une sur "L'homme qui nous a donné le sida". La National Review le décrit comme "le Christophe Colomb du sida", note Le Monde. L'auteur  reproche au steward une conduite "irresponsable", refusant de se protéger malgré les risques pour ses partenaires.

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"Gaëtan Dugas a en quelque sorte 'prouvé' que les hommes qui pratiquent la sodomie et qui font des cabrioles dans les saunas sont vecteurs de maladies – semblables à la peste – dans leur communauté et le reste de la société", regrette l'historien Phil Tiemeyer. Selon lui, le mythe montre l'homophobie de la société américaine de l'époque. "Les propos de Shilts (...) ont renforcé le lien perçu entre la maladie et la soi-disant dépravation sexuelle des homosexuels", écrit le spécialiste des mouvements gay.

Des contaminations dès la fin des années 70

Depuis quatre ans, on sait que Gaëtan Dugas n'est pas le fameux "patient zéro". Des chercheurs ont démontré qu'au moment où il a été infecté, des centaines de personnes vivaient déjà avec le VIH, peut être même des milliers. Selon l'étude, publiée dans la célèbre revue Nature, à la fin des années 70, le VIH avait déjà contaminé environ 7% des gays de New York et près de 4% de San Francisco.

 

"Sida, le patient zéro" 
Vendredi 4 Décembre 2020 à 20:50
Histoire (vérifiez le canal sur le site de votre opérateur télé) 

 

Crédit photo : Capture d'écran YouTube / Inside The Story


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