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« Dans l’armée, l’homophobie est une tradition » : ma vie de militaire LGBT

L’armée traîne une réputation de virilisme, de sexisme et d’homophobie. Pas étonnant, dès lors, que les militaires LGBT+ préfèrent cacher leur orientation sexuelle et/ou leur identité de genre.

Dans leur caserne de Marseille, Matthieu, 32 ans, et Stéphane, 25 ans, se croisent comme deux inconnus. Ces deux marins- pompiers sont pourtant en couple depuis un an. Gradé, le premier ne veut pas que ses collègues apprennent qu’il a une relation avec un homme. “Si je savais que ça n’allait pas avoir de conséquences, je le dirais, explique-t-il. Mais, dans l’armée, c’est toujours un sujet tabou... On entend très couramment des insultes comme « tapette », « PD », « grosse pédale ».” Il craint qu’en révélant sa bisexualité l’autorité qu’il exerce sur ses hommes en “prenne un coup”, et que sa hiérarchie s’en serve comme d’“une excuse pour [le] mettre au placard”.

Se cacher lorsqu’on est LGBT+ semble être quasiment une tradition chez les soldats français. Au XXe siècle, “c’était très dissimulé, raconte Élodie Jauneau, historienne spécialiste du genre dans l’armée. Les militaires LGBT+ devaient se cacher, car cela posait un problème vis-à-vis de l’image de l’institution, qui aurait été perçue comme dévirilisée et, donc, incompétente.” Ce tabou se manifeste jusque dans nos livres d’histoire, où jamais n’est évoquée l’homosexualité de héros qui ont marqué notre pays, comme le maréchal Lyautey, grand- croix de la Légion d’honneur, ou Daniel Cordier, résistant ouvertement homosexuel, décédé récemment. D’ailleurs, avant 1992, l’homosexualité était encore officiellement considérée comme une psychopathologie. Les militaires homosexuel·les pouvaient donc être réformé·es P4, c’est-à-dire inaptes au service.

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Homophobie et harcèlement

“Si je pouvais être qui je suis, vivre mon amour au grand jour, j’envisagerais de rester”, estime Stéphane, qui pense à quitter l’uniforme. Ses collègues sont au courant de son homosexualité – même s’ils ne savent rien de son couple. En conséquence, il subit une homophobie quotidienne : ses camarades le chambrent, l’appellent “Stéphanie” et utilisent le pronom “elle” pour parler de lui. “Un jour, on m’a donné une jupe, un chemisier et des sous-vêtements féminins en guise de tenue officielle”, se rappelle-t-il....


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