Le producteur Gérard Louvin et son mari accusés de viol et complicité de viol sur mineur

Dans un entretien exclusif avec Le Monde, Olivier A. raconte avoir été victime de violences sexuelles par son oncle, Gérard Louvin, et son compagnon Daniel Moyne alors qu'il était encore mineur. Des poursuites judiciaires ont été engagées.

Il aura fallu de longues années avant qu'Olivier A. ne raconte publiquement les raisons de sa vie "brisée". Dans un long article du Monde, ce dernier, 48 ans, détaille les actes incestueux dont il aurait été victime durant son enfance. Le 8 janvier 2021, il a effectivement déposé plainte contre son oncle, le producteur Gérard Louvin, et son compagnon Daniel Moyne pour viols sur mineur de moins de 15 ans par ascendant, complicité de viols sur mineur de moins de 15 ans par ascendant ainsi que corruption de mineur.

Des viols successifs et réguliers

Issu d'un milieu modeste, Olivier A. se serait fréquemment retrouvé invité à passer des week-ends chez le couple dans leur appartement de Boulogne-Billancourt. Il avait environ 10 ans quand les faits auraient commencé. À l'heure du coucher, Gérard Louvin aurait laissé Daniel Moyne en compagnie de son neveu. "Daniel est allongé à côté de moi, raconte le plaignant au Monde. Avec ses caresses, il réveille mon corps. Je peux le dire aujourd'hui, j'ai une érection. Je découvre ça, c'est mécanique. Il doit sentir ça. Il prend ma main, la met sur son pénis, sur son érection. Il est en caleçon. Il me montre comment on masturbe, je ne sais pas tout ça. Je ne sais plus si c'est ce soir-là où il met ma tête… Tout est arrivé petit à petit".

Ces viols se seraient répétés à de nombreuses reprises. Mais dès l'adolescence, Daniel Moyne ne se serait plus intéressé à lui. Au cours de son témoignage, Olivier A. évoque cependant la descente aux enfers qui suivit ces violences sexuelles présumées. En échec scolaire, il abandonne les études après le collège. Découvrant ensuite le milieu de la nuit, il tombe dans les drogues. Des problèmes d'addiction contre lesquels il lutte toujours, étant sobre depuis janvier 2011.

Après avoir tenté de parler des viols qu'il aurait subis lors d'une thérapie familiale au début des années 2000, Olivier A. raconte finalement tout ce qui se serait passé "de A à Z" à sa mère en 2014. Cette année-là, la brigade des mineurs le contacte suite à un signalement anonyme concernant le fils adoptif de Gérard Louvin et Daniel Moyne. Olivier a donc été entendu comme témoin. Fin 2015, le couple accusé est entendu en audition libre mais l'affaire est classée sans suite en 2016 pour cause de prescription.

L'importance de sa parole

En septembre dernier, Olivier A. fait parvenir un mail à son oncle, l'accusant d'avoir "abîmé l'enfant innocent qu'[il était] et jusqu'à maintenant l'homme brisé qu'[il est] toujours". Réponse quelques jours plus tard, dans un courriel où Gérard Louvin écrit qu'il souhaiterait que son neveu "n'occulte pas tous les très bons moments passés ensemble". C'est en voyant passer les articles concernant l'affaire Olivier Duhamel qu'Olivier A. se décide à parler de sa propre expérience publiquement dans les médias.

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Contacté par Le Monde afin de réagir à ces accusations, Gérard Louvin dément les faits rapportés. "Tout ça est faux, bien sûr, je n'ai pas grand-chose à me reprocher, mais c'est une histoire d'argent", a-t-il dit avant de renvoyer le média vers son avocat. Ce dernier, Me Christophe Ayela, affirme par ailleurs que "la relation Gérard Louvin-Olivier est une chose, et puis il y a la relation Olivier-Daniel Moyne. Gérard conteste avoir par passivité ou complicité laissé faire quoi que ce soit, et encore moins avoir encouragé quoi que ce soit. [...] Ce qui s'est passé avec Olivier et d'autres personnes, ça ne le regarde pas".

Selon l'avocat, Gérard Louvin « est victime d’un chantage permanent à l’argent de la part d’Olivier, parce qu’il pense que Gérard est très riche, donc il lui demande de l’argent sous peine de déposer plainte. Récemment, il a pris un avocat qui a demandé 750 000 euros. Mais Gérard Louvin refuse de céder à ce chantage ».

S'il se doute que les actes présumés devraient passer sous le coup de la prescription, Olivier A. tient tout de même à ce que son histoire soit connue aux yeux de la justice. "Cette plainte est nécessaire parce qu'elle permet à mon client de formaliser, sur le plan judiciaire, et quelle que soit l'issue donnée, la possibilité de se voir reconnaître son statut de victime, avance son avocat, Me Pierre Debuisson. C'est un élément essentiel pour pouvoir entamer un processus de reconstruction personnelle, mais aussi pour savoir s'il y a eu d'autres victimes".

Crédit photo : C8 via capture d'écran


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