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Le Royaume-Uni déclare la guerre à la « cancel culture » dans les universités

En Grande-Bretagne, un projet de loi veut "garantir la liberté d'expression" contre la "cancel culture" dans les universités. Pour le ministre de l'éducation supérieure britannique, la "censure" de certains professeurs paralyse la recherche académique.

Des mesures pour "garantir la liberté d'expression" dans les universités et tempérer les effets de la "cancel culture". C'est ainsi que le gouvernement britannique justifie des mesures contre le "wokistan", ces militants "éveillés" qui promeuvent pour la justice sociale. À Londres, le projet de loi a été perçu comme une ingérence dans le fonctionnement des universités.

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Le gouvernement veut protéger des universitaires qui ont perdu leur emploi après avoir exprimé des opinions très controversées - mêmes homophobes ou transphobes. Mais aussi empêcher que les étudiants fassent pression pour annuler des invitations de certains orateurs à des conférences. "Je suis profondément inquiet de l'effet paralysant sur les campus d'une censure et d'un silence inacceptables", s'est emporté le ministre de l'Éducation, Gavin Williamson. "Nous devons renforcer la liberté d'expression dans l'enseignement supérieur, en renforçant les obligations légales existantes et en veillant à ce que des mesures énergiques soient prises en cas de violation", a-t-il assuré.

"Trop d'universitaires ont été marginalisés"

Un "champion de la liberté d'expression" pourrait être nommé par le gouvernement pour enquêter sur les cas où cette liberté d'expression serait violée. Les universitaires "cancelled" qui ont perdu leur emploi pourraient demander une indemnisation. "La liberté d'expression est au cœur même de notre démocratie, a écrit le Premier ministre Boris Johnson. Il est tout à fait juste que nos grandes universités - lieux historiques de la liberté de penser - voient désormais cette liberté protégée et renforcée par des protections juridiques plus solides".

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"Ces dernières années, trop d'universitaires ont été marginalisés parce qu'ils ont des opinions peu orthodoxes sur des questions comme le genre, le Brexit et l'héritage de l'empire", lit-on dans une tribune publié par The Times. "Des orateurs stimulants ont été désinvités et les universités font souvent passer la 'sécurité émotionnelle' des étudiants avant la liberté d'enquêter", ajoutent-ils.

0,06% des interventions annulées

Mais la vice présidente du Syndicat national des étudiants, Hillary Gyebi-Ababio, pointe qu'il "n'existe pas de preuve d'une crise de la liberté d'expression sur les campus". Selon une étude récente, 0,06% des conférences ou autres événements organisés dans les université outre-Manche ont été interrompus ou annulés à cause de l'opinion des intervenants.

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Parmi les orateurs visés : l'europhobe Nigel Farage qui a ouvertement menti lors de la campagne pour le Brexit. Le philosophe Roger Scruton et ses positions islamophobes et antisémites a également été annulé. Mais aussi la journaliste terf Jenni Murray qui écrivait dans une tribune "soyez trans, soyez fier, mais ne dites pas que vous êtes 'une vraie femme'. Est-ce que quelqu'un qui a vécu en homme, avec tous les privilèges que cela comporte, peut vraiment revendiquer la féminité ? C'est plus qu'un changement de sexe et du maquillage".

Une enquête sur "l'islamo-gauchisme" dans les universités françaises

Une décision qui n'est pas sans similitudes avec celles de son voisin Français. La ministre de l'enseignement supérieur, Frédérique Vidal a annoncé la mise en place d'un "bilan de l'ensemble des recherches" universitaires pour distinguer "ce qui relève de la recherche académique et ce qui relève du militantisme et de l’opinion". Sur CNews, la ministre a demandé "une enquête au CNRS" sur "l'islamo-gauchisme" (sic) qui "gangrène" l'université. Provoquant un tollé au sein des milieux étudiants stupéfaits.

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"Des députés de la majorité, en plus des députés Les Républicains, croient désormais mordicus que l’enseignement supérieur est devenu un haut lieu du 'séparatisme', sans qu’on comprenne bien pourquoi, si ce n’est qu’ils dénoncent l’existence de travaux sur le décolonialisme, le racialisme, l’indigénisme et l’intersectionnalité", note Noé Wagener, professeur de droit public à l’université Paris-Est Créteil cité par Le Monde.

 

Crédit photo : Unsplash


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