enseignement supérieurUn étudiant sur quatre a été témoin de LGBTphobies à l'université

Par Nicolas Scheffer le 24/09/2020
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57% des étudiants considèrent que leur université est pas ou peu friendly. Les actes LGBTphobes viennent souvent de professeurs ou de l'administration.

L'université est-elle un safe space ? Non, à en croire le dernier baromètre des LGBTphobies réalisé par le collectif Caélif (collectif des associations étudiantes LGBT en Île-de-France). D'autant que de nombreuses personnes témoignent d'hostilité de la part de leurs professeurs ou de l'administration.

Sur une échelle de 1 à 10, les personnes LGBT+ placent à 7,5 leur sentiment de sécurité. En revanche, ces étudiants considèrent que leur établissement est peu accueillant. La moyenne d'ouverture des universités est ressentie à 5,3/10. Et 57% des répondants considèrent que leur établissement est pas ou peu friendly.

Des insultes principalement

Un témoin rapporte qu'un professeur a lancé lors de son cours en amphi "le VIH, c'est pour les noirs et les pédés". Un autre prof juge que les couples homoparentaux "ça n'arrive que dans les sociétés déviantes".  Un psychologue scolaire affirme carrément que les homos ne sont "pas coupables de leur orientation, même si elle n'est pas naturelle".

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Par ailleurs, une personne LGBT+ sur dix dit avoir déjà été victime de LGBTphobie dans son établissement et un répondant LGBT+ sur trois dit avoir été témoin de tels actes. Les personnes sont principalement victimes d'insultes (58%), des propos LGBTphobes et hétérosexistes dans 27% des cas et des moqueries dans 17%. Les cas de menaces et de harcèlement restent à un niveau de 5%. Les agressions physiques représentent elles 1% des actes LGBTphobes perçus par les témoins.

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Les étudiants ne rapportent pas à l'administration les actes LGBTphobes

Les actes LGBTphobes ont lieu dans l'établissement mais aussi sur les réseaux sociaux dédiés aux étudiants. En juin, l'Unef a alerté les établissements. 45% des universités ne disposent pas de cellule d'écoute et de veille pour lutter contre les discriminations. Lorsqu'il y en a une, 64% d'entre elles ne traitent pas de LGBTphobie. L'immense majorité (85%) des personnes victimes d'agressions ne rapportent pas les faits à l'administrations. Dans la plupart des cas, ils considèrent que c'est inutile voire que cela pourrait leur être nuisible.

"Si l'administration est perçue comme ouverte, cela permet d'augmenter sensiblement le sentiment de sécurité des étudiants. Elles font trop rarement la promotion de leurs actions pour les personnes LGBT+ de peur d'être stigmatisées. Il faut également que les étudiant-e-s se battent pour leurs droits", souligne Raphaël Wargon, co-auteur de l'étude. Il rappelle que le Caélif met en place des modules de formations et invite les établissements à faciliter le changement de prénom des personnes trans.

Mauvais accueil des personnes trans

Surtout, les personnes trans sont mal accueillies. 17% des actes LGBTphobes concernent un mégenrage (usage du mauvais pronom). Par exemple, une professeur d'anglais a refusé d'utiliser le pronom "they", singulier et neutre car elle refuse de "subir la propagande LGBT+". Un professeur rend une copie à une étudiante en l'humiliant devant ses camarades : "vous vous rendez compte, on voit vraiment de ces choses", lâche-t-il.

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Dans un entretien accordé à TÊTU, la ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal souhaitait pourtant que les personnes trans puissent être accueillies correctement dans les classes. L'année dernière, elle annonçait notamment que l'utilisation du prénom d'usage serait obligatoire dans l'ensemble des établissements. Le premier plan contre les LGBTphobies a été lancé dans les universités l'année dernière, mais, apparemment, les résultats se font attendre...

 

Crédit photo : Wikimedia Commons / Celette