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Manifestation pour la PMA pour toutes à Paris : « Vous dites que vous n’êtes pas homophobes, prouvez-le ! »

La navette parlementaire devrait être terminée. Pourtant, la PMA pour toutes n'est toujours pas actée. Lors d'une manifestation ce dimanche 21 février près de l’Assemblée Nationale à Paris, des centaines de personnes LGBTQI+ ont exprimé leur colère.

Encore un cri de colère et de rage. Dimanche 21 février, plusieurs centaines de manifestant·e·s se sont réuni·e·s près de l’Assemblée nationale pour crier leur déception. Le 3 février dernier, le Sénat votait contre la PMA pour toutes. Le 17 janvier, la Commission mixte paritaire échouait à trouver un consensus sur l'article premier du projet de loi bioéthique, et renvoyait une nouvelle fois le texte l'hémicycle du Palais Bourbon, pour un nouvel examen.

Dans une foule particulièrement jeune, la vingtaine à peine, quelques poussettes tentent de se frayer un chemin. Lou, 32 ans, est venue avec son bébé de quelques mois. Elle dit avoir eu beaucoup de mal à avoir cet enfant avec sa compagne. Si elles avaient espoir que la loi passe au début de leur projet, elles ont finalement fait appel à un médecin à Paris qui accepte de faire les inséminations et le suivi de grossesse pour les couples de lesbiennes. “C’est hors-la-loi, du coup, on se sent moins légitimes dans notre démarche”, explique Lou. 

"Je n'ai plus le temps"

Avec son amie Camille, elles sont là pour montrer à quoi ressemble une famille de lesbiennes avec un enfant. Camille est allée en Belgique avec sa compagne pour faire une PMA : “Là-bas, c’était chaleureux, nous nous sommes senties accueillies.” Elle marque une pause. “Normales”, ajoute-t-elle d’un ton dépité. Elle a mis deux ans à pouvoir adopter son fils, “alors que, pour moi, c’était mon fils avant même qu’il naisse”. Si elle est contente de ne pas avoir attendu que la loi passe en France pour agir, Camille tenait à être présente pour éviter à d’autres les difficultés d’une PMA à l’étranger.

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Mélody l’a constaté, toutes ses amies lesbiennes qui ont des enfants “ont de l’argent”. “Notre devise c’est “Liberté, Egalité, Fraternité” mais je ne vois pas l’égalité dans ces cas-là”, s’insurge-t-elle. Agée de 35 ans, elle n’exclut pas l’idée d’avoir des enfants, “mais pas tout de suite”. Son amie Marine, elle, sait qu’elle en veut “bientôt”. “J’ai envie de le faire en France mais je n’ai plus beaucoup de temps pour le faire, témoigne-t-elle. Même si la loi passe, je sais que ça mettra du temps à se mettre en place.” Elle vit dans l’incertitude de réaliser son souhait d’avoir un enfant légalement.

"On a perdu espoir"

Parmi les manifestant·es, certaines ont déjà jeté l’éponge et savent qu’elles ne passeront pas par une PMA en France. Anne-Laure et Christelle, en couple depuis 5 ans, se sont mariées en septembre 2020. Cela fait deux ans qu’elles ont pris la décision d’avoir un enfant. “Dès le début, on a perdu espoir de le faire en France”, explique Christelle. Alors qu’elles avaient envisagé d’aller à l’étranger, l’épidémie de Covid les en empêche. Les deux femmes attendent un don de gamètes venant du Danemark et passeront par un·e professionnel·le français·e qui acceptera de faire une insémination, comme l'a fait Lou.

Cyrielle et Marie-Alice ont aussi abandonné l’idée d’attendre que la loi passe. “On n’a pas envie que la fondation de notre famille soit un parcours du combattant, mais on n’a pas le choix”, se désole Cyrielle. Ce couple espérait que la filiation soit rendue plus simple rapidement mais elles font une croix sur cet aspect de la loi aussi. “C’est horrible de se dire que vouloir un enfant, c’est illégal pour nous en France”, conclut Marie-Alice. 

"Laissez nous faire des enfants"

Les organisateur·rices de la manifestation ont permis à plusieurs personnes de prendre la parole au micro pour témoigner. Parmi les intervenant·es, nous avons retrouvé Jena Selle, qui nous avait confié son envie viscérale d’avoir des enfants en juin dernier. En tant que femme transgenre, elle ne sait pas si la loi interviendra un jour en sa faveur. “Laissez-nous faire des enfants”, dit-elle dans un discours émouvant et malicieux en s’adressant aux hommes et aux femmes politiques. “Vous dites que vous n’êtes pas homophobes, vous dites que vous n’êtes pas transphobes, prouvez-le !” 

Des messages, dans le style des collages féministes que l'on voit fleurir à Paris, rappelaient également que les députés avaient voté contre deux mesures importantes du projet de loi bioéthique : la PMA pour les hommes trans, et l'interdiction des mutilations sur les enfants intersexes.

Après les prises de parole et quelques slogans souvent entendus dans les manifestations LGBT, les baffles ont diffusé des titres comme "Ta Reine" d’Angèle ou Pookie d’Aya Nakamura. Ambiance fosse de concert, les manifestant·es les plus jeunes se défoulent, pancartes à la main, alors que les autres repartent, avec le mince espoir de s’être fait entendre... 

 


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