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Ce que les reports successifs de la PMA pour toutes provoquent dans la vie des femmes

Alors que la loi bioéthique, comprenant l’accès à la PMA pour toutes, a été reportée “d’ici la fin du quinquennat”, de nombreuses femmes voient - encore ! - leur projet de fonder une famille s’éloigner. Les multiples reports de cette loi ont de lourdes conséquences sur leur vie de femmes et de couple.

Cet énième report de la loi PMA produit l’effet d’un énième coup de massue pour les couples de lesbiennes. Lorsque Gilles Le Gendre annonce le 21 mai sur LCI, qu’il “espère” que la PMA pourra être adoptée “d’ici la fin du quinquennat” , bon nombres de femmes, lesbiennes ou célibataires, voient s’effondrer l’espoir de fonder une famille dans un cadre légal en France. Que ce soient pour des raisons financières ou parce que l’âge limite des 43 ans approche pour elles, certaines femmes se retrouvent avec de moins en moins de possibilités pour réaliser leur projet familial. 

L’association des parents et futurs parents gays et lesbiens (APGL) regrette qu’il n’y ait “plus aucune perspective” de timing législatif. “C'est un projet de loi prioritaire car de nombreux projets familiaux sont en attente, l'horloge biologique ne laisse pas de répit”, ont déclaré les coprésidents.  

Attendre… mais jusqu’à quand ? 

Ce tic-tac permanent qui résonne dans la tête des femmes, leurs 43 ans approchant au fur et à mesure que la loi est reculée dans le calendrier, Isabelle et Maëva commencent à l’entendre. Les deux femmes avaient prévu de débuter les démarches de PMA en France le lendemain de la promulgation de la loi bioéthique. A bientôt 34 ans, “on peut se permettre d’attendre un peu mais à partir de 35 ans on des chances de fertilité plus faibles donc ça complique les choses”, nous explique Isabelle.

En couple depuis quatre ans, Isabelle et Maëva viennent de reprendre une ferme en Dordogne, où elles sont agricultrices. Elles ont d’abord cherché à “passer par un ami” pour avoir un enfant mais sans succès. “On n’a pas trouvé la bonne personne”, déplore Isabelle. Elle poursuit : “Suite à cette expérience ratée, comme la loi PMA allait passer cet été, on s’était dit qu’on allait tout simplement attendre que ça arrive.” 

C’était sans compter sur l’agenda politique qui repousse la deuxième lecture du Parlement aux calendes grecques… ou plutôt “d’ici la fin du quinquennat”. Mais pour Isabelle et Maëva, impossible d’attendre 2022 : “Ce serait trop tard”. “Le problème, c’est qu’on ne sait pas si ce sera en 2022 ou avant, ajoute Isabelle agacée. Si on attend encore six mois en se disant que la loi va passer avant la fin de l’année et ensuite, qu’ils ajoutent encore six mois ou un an...” Elle soupire.

Les deux femmes se retrouvent devant un dilemme : attendre en France ou partir faire une PMA à l’étranger. Cette option, inenvisageable en premier lieu pour des raisons d’organisation et d’argent, commence à prendre de plus en plus de place dans leur esprit. Isabelle redoute de devoir en passer par là : “Partir faire une PMA en Belgique par exemple, cela signifie faire des dizaines d’heures de route toute seule, se faire inséminer toute seule, rentrer toute seule, parce que l’autre doit s’occuper de la ferme et des vaches. En termes psychologiques, ce n’est pas anodin et absolument pas idéal. Le stress diminue les chances de réussite.”

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Résignées, direction les pays étrangers

Louise* et Sandra*, elles, vont arrêter d’attendre. “On a pris contact avec une clinique au Danemark pour faire un FIV mais ça ne se fera probablement pas avant l’automne dans les circonstances actuelles”, indique Louise. Alors qu’elles procédaient par inséminations artisanales depuis septembre 2018, après deux fausses couches, leur gynécologue leur a conseillé de penser à la FIV, plus appropriée à Sandra, aujourd’hui âgée de 38 ans. 

“On a commencé à parler de FIV au moment de la première lecture à l’Assemblée Nationale (ndlr : en octobre 2019), se souvient Louise. Ils annonçaient des décrets d’application pour juillet 2020 à ce moment-là, donc on avait beaucoup d'espoir. Nous nous disions que si les inséminations ne fonctionnaient pas d’ici là, nous ferions une FIV en France dès que la loi était passée.” Avec le confinement, puis le report officiel annoncé par le chef du groupe LREM à l’Assemblée, elles ont fait une croix sur ce projet, pour se diriger vers une clinique danoise.

“Ils ne se rendent pas compte de tout ce qu’on investit là-dedans, autant émotionnellement que financièrement”, se désole Louise. Les deux femmes ont déjà dépensé plus de 15.000 euros depuis 2018. Elles prévoient de payer encore 6.000 euros pour la FIV au Danemark. “Cette somme ne couvrira qu’un seul transfert d’embryons alors qu’il est conseillé d’en faire trois pour que ça ait plus de chances de fonctionner mais on ne peut pas se le permettre”, détaille Louise. Si la loi était déjà en place, toutes ces dépenses auraient été couvertes par la Sécurité Sociale, comme l’a indiqué Marlène Schiappa en novembre 2018.

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Célibataire et LGBT, un casse-tête

L’argent dépensé pour avoir un enfant, Laura* ne le compte plus. Cela fait huit ans qu’elle a décidé de se lancer dans ce projet en tant que femme célibataire. A ce jour, alors qu’elle approche les 45 ans, son souhait le plus fort n’a pas encore été réalisé.

“En tant que femme pan, on me pose la question : “Mais si tu es pan, pourquoi tu ne vas pas avec un gars ? Ce serait tellement simple !”, raconte-t-elle. Je n’ai pas voulu imposer ces démarches à quelqu’un qui n’était pas forcément dans le même esprit que moi. J’ai essayé de demander à mon meilleur ami et j’ai fait beaucoup de démarches avant de m’engager sur la voie d’une PMA classique mais ça m’a fait perdre beaucoup de temps malheureusement”. 

Cette ingénieure habitant à Paris voit les reculades des gouvernements successifs comme “un gâchis humain terrible”. “Je pense à toutes les femmes qui voulaient un enfant, comme moi, et qui ont vu leurs 43 ans passer avec douleur”, dit-elle la voix tremblante. Pour Laura, attendre que cette loi passe, c’est se voiler la face : “Je voudrais dire à toutes ces femmes qui attendent la loi, de partir, d’aller faire congeler leurs ovocytes dans un pays où il n’y a pas d’homophobie. Cela leur fera gagner du temps.”

Elle regrette de s’être “bougée peut-être trop tard”, espérant que la PMA passerait, d’abord lorsque François Hollande était président puis Emmanuel Macron. “J’ai l’impression que ce sont des stratégies politiciennes et qu’ils vont nous dire : “Si vous nous réélisez, ce sera pour le quinquennat suivant”. Les personnes laissées derrière, on les oublie complètement.”

Des ruptures après le projet de loi

Jena, une femme transgenre, militante LGBTQI, regrette elle aussi “un manque de courage politique”. “On s’est vite rendu compte que la loi passait à la trappe au moindre prétexte, décrit Jena. Quand on a vu arriver le confinement, ça a été trop pour ma partenaire, une femme cis, parce que ça faisait des années qu’elle attendait cette loi”. Tous ces reports, puis une vision plus que flou du calendrier lui a coûté son couple : “Ce n’est pas la seule raison bien sûr, mais ça fait partie des raisons principales pour lesquelles on a rompu.” 

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Devant l’incertitude de l’inclusion des personnes trans à l’accès à la PMA - après la première lecture du Parlement, le texte les excluait - et l’envie très forte d’avoir un enfant, Jena explique que sa partenaire en était arrivé à une conclusion : “Nous ne pouvons pas faire d’enfants parce que tu es trans donc je ne peux pas être avec toi”

Après avoir sacrifié un an de transition pour pouvoir faire une conservation de gamètes, Jena continue d’espérer avoir des enfants un jour, “c’est viscéral” dit-elle. Sa seule solution est la PMA car son traitement hormonal l’a rendue infertile. Elle nourrit l’espoir que lors des navettes parlementaires, la loi finisse par inclure les personnes trans. Même si pour l'instant, cela semble mal parti. 

Députés et assos se mobilisent

Pour l'heure, les rapporteurs du projet de loi bioéthique et la présidente de la commission spéciale ont demandé au Premier ministre que l’examen du projet de loi reprenne dès septembre. Dans cette lettre, publiée le 27 mai sur les réseaux sociaux, ils écrivent : “Les personnes concernées (...) s’angoissent de ces retards, dont les conséquences ne pourront pas toujours êtres compensées. (...) Certaines femmes attendent depuis plusieurs années la réalisation de leur projet procréatif et, approchant l’âge limite, elles savent que leur fécondité a beaucoup diminué.

Un appel suivi d'une tribune dans le JDD, publiée dimanche, ou de nombreuses associations, avocats, médecins et différentes personnalités publiques ont appelé à un examen de la loi en seconde lecture dès septembre. Et parmi eux, plusieurs députés. De quoi nous assurer que (au moins) quelques personnes dans l'hémicycle comprennent l’urgence de la promulgation de cette loi.

 

*Ce prénom a été modifié

 

Crédit photo : Sharon McCutcheon / Unsplash


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