EuropeLe parlement européen demande à la Turquie le transfert de Fabien Azoulay en France

Par Nicolas Scheffer le 19/05/2021
Fabien Azoulay

Le Parlement européen a au passage "déploré les conditions de détention" de Fabien Azoulay. Ses proches dénoncent des mauvais traitements parce qu'il est gay et juif. Les eurodéputés appellent à son transfert en France.

Il vit un calvaire pour un flacon de GBL. Le Français Fabien Azoulay est en détention depuis quatre ans en Turquie pour y avoir commandé sur Internet de ce solvant utilisé comme stimulant. En 2017, il est condamné à une lourde peine : 16 ans d'incarcération. En prison, ses avocats affirment que l'homme aujourd'hui âgé de 43 ans a subi, parce qu'il est gay et juif, des sévices qu'ils qualifient de "torture", appelant les autorités à agir pour son transfert dans une prison française. Ce mardi 18 mai, ils ont été entendu par le parlement européen qui a voté un amendement soutenant leur demande.

Comme de nombreux Français et Européens, Fabien Azoulay s'était rendu à Istanbul pour se faire poser des implants capillaires. Depuis son logement sur place, donc, il a acheté sur le web du GBL, drogue de synthèse notamment utilisée dans le chemsex. Ses proches affirment qu'il pensait ce geste toujours légal dans ce pays, ignorant qu'il venait justement d'être interdit six mois plus tôt. En France, la vente ou la cession au public de GBL est prohibée depuis 2011 mais son usage contrôlé reste permis dans plusieurs pays comme l'Allemagne, la Suède ou le Canada (si vous vous en procurez, soyez prudent et renseignez-vous sur les dangers qu'il comporte et les pratiques de prévention des risques).

Des "motivations homophobes et antisémites"

Avec 429 voix pour, le Parlement européen a adopté l'amendement porté par Pierre Karleskind, Nathalie Loiseau et Ilana Cicurel, eurodéputés français du groupe Renaissance (affilié à La République en marche). Le texte vise à compléter un rapport annuel sur les relations entre l'Union européenne et la Turquie. Les parlementaires y déplorent "des mauvais traitements répétés", ainsi que "des tentatives visant à le forcer à se convertir à l'islam", et "condamnent avec force les motivations homophobes et antisémites" les violences que subit le citoyen français.

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"Cet amendement s'adresse aux autorités turques, afin de condamner les conditions de détention de ce Français condamné à une peine disproportionnée", explique Pierre Karleskind auprès de TÊTU, ajoutant : "Si les Français ont tous voté l'amendement, je regrette que la droite allemande ne l'ait pas fait, ainsi que les sociaux-démocrates espagnols". 

Une pétition pour Fabien Azoulay

Pour sortir Fabien Azoulay de sa geôle turque, ses proches ont décidé cette année de sortir du silence qu'ils s'imposaient depuis 2017 afin de donner leur chance aux procédures classiques. Devant l'enlisement du dossier, ils ont formé un comité de soutien et lancé le mois dernier une pétition qui a déjà recueilli plus de 100.000 signatures. Selon ses avocats, le Français fait les frais des mauvaises relations actuelles entre Paris et Ankara, sur fond de durcissement de la diplomatie du président Erdogan : "Nous ne méconnaissons pas ce qui fait que les relations sont distendues entre la France et la Turquie mais il n’est pas admissible que Fabien Azoulay en fasse les frais. Nous appelons au sens des responsabilités de part et d’autre pour qu’une solution humanitaire soit trouvée et qu’il soit transféré en France".

Invité fin avril sur Europe 1, l'ambassadeur de Turquie en France, Ali Onaner, a assuré que "le transfèrement avance de la manière la plus rapide possible".  Avant d'ajouter : "Mais il ne faut pas s’attendre à ce qu’un trafiquant de drogue soit privilégié par rapport à d’autres détenus français qui attendent un transfèrement". Et de balayer les accusations de violences en assurant que "la moyenne de violence dans les prisons turques est inférieure aux cas rencontrés en France. Monsieur Azoulay n'a aucune inquiétude à avoir en attendant son transfèrement en France". Côté français, le ministère des Affaires étrangères a affirmé encore lundi que "la lutte contre l’homophobie et la transphobie et la biphobie, ce n’est pas que le 17 mai". Voilà donc un cas d'école pour passer des paroles aux actes.

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