EuropePour avoir associé la Pride à la pédophilie, un élu polonais condamné à verser une amende à une asso LGBTQI+

Par Nicolas Scheffer le 20/10/2021
europe,pologne,homophobie,marche des fiertes,pride,gay pride

Un conseiller municipal du parti ultraconservateur au pouvoir en Pologne a été condamné en appel après avoir écrit sur Facebook que la Marche des fiertés "promeut l'homosexualité et la pédophilie".

C'est finalement un huissier qui a pioché sur le compte bancaire de Tomasz Pitucha, un conseiller municipal de Lublin appartenant au parti ultraconservateur Droit et Justice (PiS), celui du président Andrzej Duda. L'élu refusait depuis 2019 de payer à l'association organisatrice de la Pride dans sa ville une amende pour avoir écrit en septembre 2018 sur Facebook que la Marche des fiertés "promeut l'homosexualité et la pédophilie". Timing parfait puisque l'association organise ce samedi 23 octobre la troisième édition de sa Marche.

À lire aussi : Reportage en Pologne avec les résistants des zones "sans LGBT"

"Nous avons le plaisir de vous annoncer que l'argent saisi sur les comptes de Tomasz Pitucha vient d'arriver sur le compte de notre Marche. Nous le dépenserons pour organiser l'événement et pour aider les personnes LGBTQI+ ayant besoin de soutien psychologique", a indiqué sur Twitter la March Equality Association, l'association qui organise la marche.

Obtenir réparation n'a pas été facile. Tomasz Pitucha était poursuivi par Bartosz Staszewski, connu pour ses photographies dénonçant les zones dites "sans LGBT" qui se sont développées depuis deux ans au sein de plusieurs collectivités de Pologne. Lors de sa condamnation en première instance, les juges ont rappelé dans leur délibéré que le but de la marche est bel et bien de "promouvoir l'égalité et la tolérance", considérant que faire un lien avec la pédophilie est évidemment "faux et blessant".

"Arrêter cette déviance de promouvoir l'homosexualité en Pologne"

L'élu a ensuite été débouté de son appel en décembre 2019. Les magistrats l'ont alors condamné à verser à l'association 5.000 zloty, soit quelque 1.900 euros. Mais à la sortie du tribunal, Tomasz Pitucha décrète qu'il ne se conformera pas au jugement. Dans le journal polonais Onet, il déclare : "Je ne peux pas donner de l'argent à cette marche car cela va à l'encontre de mes croyances". Puis, cité par Notes of Poland, il persiste : "Peut-être qu'il faut perdre de nombreux procès pour arrêter cette déviance de promouvoir l'homosexualité en Pologne". C'est donc un huissier qui a saisi les fonds.

Les déboires judiciaires de l'élu ne l'ont pas empêché d'être nommé directeur adjoint du Centre de développement de l'éducation. Il faut dire que le ministre de l'Éducation polonais, un proche, partage son homophobie assumée. Przemysław Czarnek a ainsi qualifié les Marches de "promotion de la déviance". Selon lui, "l'idéologie LGBT (sic) a les même racines néomarxistes que le national-socialisme hitlérien". Dans une interview pour la télévision publique TVP, il a développé : "Tous sont égaux devant la loi... [mais] ceux qui promeuvent les déviances ne doivent avoir avoir les mêmes droits que les personnes qui se comportent normalement". Avec le parti Droit et Justice au pouvoir en Pologne, la politique est un point Godwin permanent.

À lire aussi : Homophobie d'État : l'Europe obtient une victoire en Pologne mais la Hongrie d'Orban persiste

Crédit photo : Wikimedia Commons