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série"Sort Of" : une comédie décalée sur la non-binarité (mais pas seulement)

Par Florian Ques le 10/11/2021
"Sort Of" : une comédie très queer et décalée sur la non-binarité (mais pas seulement)

Importée du Canada, la série Sort Of a séduit les festivaliers de Séries Mania cet été. Sabi, son personnage principal non-binaire et fascinant, est désormais sur le point de conquérir le public de Téva (et 6play).

Depuis quelques années, les personnages non-binaires parviennent à se nicher sur le petit écran. On pense à Adira dans Star Trek: Discovery, Cal dans la troisième saison de Sex Education ou encore, plus récemment, à Kai Bartley, nouveau médecin débarqué·e dans Grey's Anatomy. Mais jusqu'alors, aucune série n'avait misé sur un personnage principal non-binaire. Présentée lors de la dernière édition du festival Séries Mania à Lille, la pépite Sort Of est là pour changer la donne avec les huit épisodes de sa saison 1.

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"Sort Of" pionnière du genre

Diffusée à la télévision ce dimanche 14 novembre puis le suivant sur la chaîne Téva, et déjà disponible en streaming sur 6play, Sort Of est une comédie canadienne créée par Fab Filippo, ex-Ethan dans le Queer as Folk américain, et Bilal Baig, dramaturge non-binaire qui puise en partie dans ses expériences pour nourrir la série. Ici, Bilal Baig se glisse dans la peau de Sabi, jeune non-binaire qui doit jongler entre son job de baby-sitter, sa famille pakistanaise et sa vie sentimentale plutôt chaotique.

"Le métier de nounou a clairement été inspiré de ma vie, raconte-t-iel. Du côté de la personnalité, comme Sabi, il me faut du temps pour être à l'aise avec les gens, je suis souvent sur mes gardes. On trouvait que ce serait intéressant d'avoir ce trait de caractère chez un personnage central quand on sait que les personnages queers sont souvent perçus comme flamboyants. Mais au-delà de ça, ce n'est que de la fiction." Pour s'ancrer dans un certain réalisme, la série est écrite par des scénaristes aussi bien de la communauté LGBTQI+ que d'origine sud-asiatique.

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Crédit photo : CBC

C'est grâce à cette diversité des profils que Sort Of parvient à concilier les différentes facettes identitaires de Sabi, qui est donc une personne racisée, d'origine pakistanaise, issue d'une famille musulmane et ouvertement queer. Au fil des épisodes, la série oscille entre ces thématiques, sans jamais tomber dans un pathos exagéré. Un équilibre mûrement réfléchi par les cocréateurs.

"J'étais lassé·e des mêmes histoires répétées encore et encore pour les personnages trans et non-binaires, souffle Bilal Baig. On ne peut pas être uniquement défini·es par notre tristesse, nos douleurs et nos traumatismes. Tout n'est évidemment pas tout rose, mais je pense qu'il existe une manière d'approcher ce genre de vécu sans vouloir choquer le public avec des histoires d'agressions ou de meurtres." La série évite ce piège avec brio grâce à la relation nuancée entre Sabi et sa mère, qui découvre assez vite la nouvelle expression de genre de son enfant. Un temps décontenancée, elle fait des efforts, pas toujours évidents, pour le comprendre et l'accepter.

L'ambition de faire des ponts

Bien que la non-binarité de Sabi soit directement identifiée et abordée par la série, elle n'est jamais figée. Vers la fin de saison, le personnage est d'ailleurs amené à reconsidérer son identité de personne trans. "J'ai l'impression d'être encore un bébé au sein de la communauté trans et non-binaire, confie Bilal Baig. Ça fait à peine cinq ans que j'utilise les pronoms 'they/them'. C'est un processus qui évolue tout le temps et c'est ce que je trouve beau. Il suffit de rester ouvert·e."

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Crédit photo : CBC

Inspirée par des séries brillantes comme Fleabag ou Please Like Me, la tout aussi excellente Sort Of trouve la comédie dans la tragédie et vice-versa. Et si l'identité non-binaire de son protagoniste en fait déjà une série emblématique, elle n'est pas pour autant conçue pour être éducative ou moralisatrice. "On n'oriente personne avec la série, on n'essaie pas de dire aux gens ce qu'ils doivent ressentir, appuie Bilal Baig. Mon seul espoir est que les personnages restent avec le public. Je n'ai jamais aspiré à créer une série qu'on met en fond pendant qu'on fait la vaisselle. J'aimerais qu'elle puisse servir de pont entre parents et enfants."

Plus que de son ouverture d'esprit, Sort Of a bien des avantages qui jouent en sa faveur : un humour fin et mesuré, une photographie travaillée, une galerie de personnages secondaires attachants et diversifiés. Tant d'atouts qui appellent une session de binge-watching... et qui donnent envie d'épisodes supplémentaires. Bilal Baig aimerait prolonger les tribulations de Sabi pendant sur (au moins) cinq saisons. "On verra bien", conclut-iel.

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Crédit photo : CBC