non-binaritéLe pronom neutre "iel" entre au dictionnaire grâce au "Petit Robert"

Par Olga Volfson le 15/11/2021
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C’est officiel, le néo-pronom neutre "iel", contraction naturelle de "il" et de "elle", a désormais sa définition dans la version en ligne du dictionnaire Le Robert.

Samedi 13 novembre, L’Important a remarqué que le dictionnaire Le Robert contenait dans sa version en ligne une définition pour le pronom personnel neutre "iel". Naturellement, la fine fleur des sites d'extrême droite — qui ne prend jamais de week-end — s’est jetée sur l’info pour se vautrer dans son registre préféré : la (fausse) panique morale. La langue française, que disons-nous, la République, est menacée ! Alors évidemment, la communauté LGBTQI+ a répondu à coups de memes.

Consécration partielle du "iel"

Sans l’enthousiaste relai de L’Important, l’entrée au dictionnaire de "iel" aurait pu rester inaperçue. Car, contactée par TÊTU, la directrice éditoriale du Petit Robert, Marie-Hélène Drivaud, nous précise que le néo-pronom a été ajouté "courant octobre 2021, en même temps que 'vaccinodrome', 'antivax' ou encore 'pass sanitaire'". Le Robert en ligne, nous explique-t-elle, est mis à jour très régulièrement sans que cela ne génère d'annonces comme celles des nouveaux mots du Petit Robert en papier. "On ne met pas le dictionnaire papier à jour tous les mois, même si on y travaille toute l'année", s’amuse la directrice éditoriale. 

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"On a relevé dans les statistiques que beaucoup de gens s’interrogeaient sur le mot 'iel', donc ça nous semblait normal de leur répondre", explique encore Marie-Hélène Drivaud. Pourquoi alors ne pas avoir rajouté 'ellui'» ni mentionné les personnes non-binaires au sein de cette définition ? "Lors de nos recherches nous avons constaté que ce n'était pas encore très stabilisé, répond-elle. L'intention est là, notamment dans d'autres mots comme 'celleux', mais c'est encore en progrès et 'iel' nous semblait beaucoup plus fréquent que les autres".  Des ajouts pour plus tard, donc, et que l’on finira par retrouver dans la version papier du dico ? Ce n’est pas exclu. 

Le Robert, un dictionnaire attaché à son rôle social

En 2020, Le Petit Robert avait ajouté la définition de "transphobie" et mis à jour celles de "genre" et de "transition". L’année précédente, "lesbophobie", "trans" et "queer" y avaient fait leur entrée. Et en 1995, l’ouvrage fut le premier à inclure la définition du mot "homophobe". D’ailleurs, les équipes du Petit Robert n’ont pas attendu la loi sur le mariage pour tous·tes pour changer la définition de mariage, déjà élargie il y a 25 ans dans les colonnes de leur dictionnaire.

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L’évolution de la langue française est sociale et continue, cela ne fait aucun doute pour la directrice éditoriale du Petit Robert. Et quand on l’interroge sur l’arrivée future de la redoutée "écriture inclusive"» dans le dico, le ton monte. "Mais il y en a depuis 50 ans, vous n'avez pas dû bien le lire !, s’exclame-t-elle en riant. Quand on met 'pianiste : musicien, musicienne qui joue du piano' ou 'personne qui joue du piano en amateur', c'est inclusif. Parfois c'est 'musicien(ne)', car on a aussi une problématique de place pour la version papier. Et quand on ajouté les parenthèses, le point médian n'était même pas né !"

Il faut dire que la première édition du Robert, en 1964, fut en partie menée par Josette Rey-Debove — première femme lexicographe française — qui était pointilleuse quant au tout masculin. Un fier héritage qui persiste dans la maison d’édition, et les crispations autour des prétendus dangers de l’écriture égalitaire ne lui font pas peur. "Pendant la réforme de l'orthographe des années 90, il y en avait qui étaient prêts à mourir pour l'accent circonflexe, se remémore Marie-Hélène Drivaud. L’écriture inclusive est un sujet hautement inflammable et comme tout le monde se croit linguiste, les passions se déchaînent". Les vrais linguistes du Robert, elleux, ont bien compris que dans la langue, c’est l’usage qui prime !