SantéChemsex : Paris organise la prévention pour réduire les risques

Par Nicolas Scheffer le 24/11/2021
chemsex,sexe,drogue,paris,prevention,chemsex definition

INFO TÊTU - La ville de Paris s'apprête à créer le premier comité stratégique de prévention lié au chemsex. Une campagne d'information sera déployée d'ici à février 2022, ainsi que des formations.

Il n'y a pas de chiffre officiel pour mesurer exactement le phénomène mais une chose est sûre : les témoignages sont en nette hausse. De plus en plus d'hommes gays pratiquent le chemsex, définition du sexe sous drogue(s) par la contraction en anglais des mots sex et chemical pour chimique. Parmi eux, nombreux sont ceux qui perdent le contrôle de leur consommation. Pour y faire face, la ville de Paris annonce en avant-première à TÊTU la mise en place du premier plan cohérent d'action.

À lire aussi : Chemsex et perte de contrôle : proches d'addicts, ils racontent la spirale infernale

"Nous créons le premier comité stratégique pour faire à la monté du phénomène, explique à TÊTU Anne Souyris, adjointe à la Santé. Ce comité, composé de tous les acteurs, associations, agence régionale de santé (ARS), préfecture, ville... se réunira dès décembre pour coordonner la prévention face à l'augmentation de l'usage des produits de synthèse lors de relations sexuelles".

Une campagne d'information sur le chemsex

Ce comité aura plusieurs missions. "En urgence, créer avant la fin février 2022, une campagne d'information en direction des chemsexeurs", annonce à TÊTU Jean-Luc Romero-Michel, adjoint en charge des sujets LGBTQI+. Et les profils sont divers. "Aujourd'hui, faire une campagne sur le chemsex en ne ciblant que les hommes gays, ce serait passer à côté de nombreuses personnes", remarque Dorian Cessa, auteur de l'étude Sea Sex and Chems rendue publique pour l'occasion.

Au cours de son étude nationale, le docteur en psychiatrie a récolté les témoignages de 1.196 personnes ayant pratiqué le chemsex. Parmi elles, 73,7% sont des hommes qui ont des relations homosexuelles (HSH), et 16,5% sont des femmes, 5,4% sont des hommes hétérosexuels et 4,2% sont des personnes qui ne se reconnaissent pas dans le genre assigné à la naissance. "Parmi les HSH, les chemsexeurs ont des profils divers, beaucoup ne s'identifient pas comme gay. D'où l'intérêt de prendre en compte les différentes réalités dans les approches", poursuit-il.

Définition et coordination des acteurs

C'est la feuille de route du comité stratégique. "Il va falloir trouver comment aller vers toutes ces personnes pour faire de la prévention. Cette information doit être réalisée par les pairs, car on sait qu'elle est beaucoup plus efficace que par d'autres canaux", ajoute Anne Souyris. Les acteurs devront également former les forces de l'ordre et les équipes de secours pour réagir face aux accidents liés à la prise de stupéfiants.

La logique répressive, dont le ministre de l'Intérieur s'est fait le représentant ("la drogue, c'est de la merde", répète à l'envi Gérald Darmanin), n'est pas efficace, selon la mairie de Paris. "Trop souvent, les personnes qui accompagnent quelqu'un qui vit un effet secondaire grave n'osent pas appeler les secours", regrette Jean-Luc Romeo-Michel, qui a écrit un livre en hommage à son mari décédé au cours d'une séance de chemsex.

La répression n'est pas le seul défaut à la lutte contre le chemsex. Paris en a fait une recension dont la liste est longue : consultations saturées en addictologie/sexologie, difficultés à maintenir certaines personnes dans un parcours de soin, défaut de formation des professionnels de santé, réponse des associations et institutions trop éclatée et disparate... "L'objectif est de mettre de la cohérence et de la stratégie dans la réponse apportée au phénomène, pointe Anne Souyris. Avec des financements à la clef dont les arbitrages doivent être rendus d'ici deux mois, mais, à ce stade, leur dimensionnement reste inconnu.

À lire aussi : Ces hommes gays racontent comment ils ont quitté le chemsex

Crédit : Shutterstock