Touchantes, sexy ou tout simplement fun, ces bandes dessinées queers et féministes publiées récemment méritent toute votre attention.
- La plus émouvante : La Montagne entre nous, de Marcel Shorjian et Jeanne Sterkers. Éditions Sarbacane.
Une histoire d’amour laissée en suspens aux confins d’un village de montagne. C’est l’histoire que conte La Montagne entre nous, de Marcel Shorjian et Jeanne Sterkers. À l’aube de la soixantaine, Marcia retourne dans son village natal où elle retrouve Florence, son premier amour. Si les retrouvailles de nos comparses – marquées par des flash-back de leur adolescence – sont au cœur de l’intrigue, c’est la relation entre Marcia et sa mère qui est la plus intrigante : empreinte de silence, de non-dits, de secrets de famille et de honte réciproque. Impossible de compter les points, de déterminer qui détient la palme du parcours le plus déchirant. La bande dessinée donne envie d’attraper le combiné et de papoter de nos traumas avec les générations de femmes qui nous ont précédées.
À lire aussi : Des amours gays d'ailleurs aux éditions La Croisée
- La plus accessible : Les Fauves, d'Aurelle Gaillard et Francesca Marinelli. Éditions Glénat.
Zora, Aïdée et Pénélope sont trois jeunes meufs en coloc, pétries d’idéaux et de désirs de révolution. Quand Aïdée rentre dépitée d’un cours avec un prof macho, elles décident de se faire entendre et de se dresser face aux manifestations du patriarcat qui leur gâche la vie. Elles se mettent alors à peindre des vulves chez leurs oppresseurs, puis bientôt dans toute la ville jusqu’à ce que la situation leur échappe. Les Fauves, d'Aurelle Gaillard et Francesca Marinelli, est un bel hymne émancipateur, une belle entrée en matière féministe qui éveille les consciences et ne masque pas la violence des luttes, malgré des graphismes et un ton doux.
- La plus magique : Sentimental Kiss, de Camille Van Hoof. Éditions L'employé du moi.
Fraîchement lycéennes, Charlie et Anima s'aiment de tout leur petit cœur, et personne n'a rien à y redire. Un point de départ rafraîchissant qui ne signifie pas que les deux jeunes filles vivent dans un monde idéal : les épreuves de l'adolescence, les hormones en ébullition, les premières jalousies, les envies qui changent et parfois divergent… Surtout que tout le monde à l'école ne parle que de faire de la "magie" – comprenez : du sexe, afin de se transporter dans un monde secret fantastique. Si Anima y prend très vite goût, ce n'est pas forcément le cas de Charlie. Sentimental Kiss, de Camille Van Hoof, aborde à merveille les questions de l'entrée dans la sexualité, de l'éveil des désirs, de la compréhension de ses envies et de ses limites, et de la pression que le groupe peut faire peser. Touchant, bienveillant et pas gênant pour un sou, il s'agit d'une bonne porte d'entrée pour parler de sexe sans parler de sexe.
- La plus hot : AQAB Catch Club, de Basil Gautier. Éditions Labrys.
La BD est assez courte, mais c'est bien connu, ce n'est pas la taille qui compte. AQAB Catch Club réussit le pari de montrer du sale, du très sale, avec un trait propre et esthétique. Le concept : un spectacle qui mélange combat de catch et sex-party devant un public queer endiablé qui n'attend qu'une chose, se joindre à la fête. "Le catch, on sait qu'il y a un scénario et que tout le monde est consentant", rappelle un des personnages au lecteur. En somme, le ring est un terrain de jeu idéal pour explorer ses désirs, ses kinks et explorer les pratiques BDSM dans la joie et la bonne humeur. Ça crache, ça mord, ça se caresse, ça se pénètre à tout bout de champ, mais attention, rien à voir avec un vulgaire gribouillage de cul. Chaque corps est mis en valeur grâce à une myriade de détails. Au diable les corps normés, Basil Gautier offre à chaque pli, chaque bourrelet, chaque cicatrice un potentiel érotique indéniable.
À lire aussi : "In My Skin" sur Arte : le quotidien tragicomique d'une ado lesbienne
Crédit photo : AQAB Catch Club, de Basil Gautier. Éditions Labrys.