séries"Stranger Things" : Will ou la fierté comme arme de protection massive

Par Florian Ques le 05/12/2025
Will dans la série "Stranger Things".

L'homosexualité de Will, l'un des personnages principaux de la série Netflix, devient un arc narratif fort de la saison finale de Stranger Things, qui envoie un message inattendu sur la puissance de l'acceptation de soi. Attention, spoilers.

Noah Schapp n'a pas menti quand il assurait, en novembre dans une interview pour le GQ britannique, que l'orientation sexuelle de son personnage, Will, serait un "un élément clé de l'intrigue de la dernière saison" de Stranger Things. Lancée sur Netflix en 2016, la série des frères Duffer doit tirer sa révérence le 31 décembre avec le dernier épisode de sa saison 5. Pour l'heure, la plateforme de streaming a mis en ligne la première moitié de cette ultime saison, où l'on retrouve les ados de Hawkins en train d'échafauder un plan pour annihiler Vecna, le principal et monstrueux antagoniste de la série. Et si l'on misait, jusqu'ici, sur l'enfant prodige Eleven pour vaincre l'ennemi, c'était compter sans Will…

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La honte d'être soi, talon d'Achille

Rembobinons. Dans la saison 4, les fans de Stranger Things apprenaient l'existence de Vecna et de ses macabres desseins pour l'humanité : fusionner le monde réel avec le "monde à l'envers" d'où viennent les Démogorgons et autres monstruosités. Pour ce faire, il doit gagner en puissance en aspirant l'énergie psychique d'êtres humains, particulièrement des enfants qu'il estime plus fragiles psychologiquement et donc plus manipulables.

C'est ainsi que Will Byers fut le premier enfant enlevé par Vecna, l'étrange disparition du garçon constituant le point de départ de l'intrigue dans la saison 1. "Tu t'es brisé si facilement", lui balance Vecna au quatrième épisode de la saison 5, présentant Will comme un être plus faible que les autres. En réalité, l'enfant n'était pas faible mais affaibli – une nuance importante – par le harcèlement dont il était victime. En effet, alors même qu'il n'avait pas encore pris conscience de son orientation sexuelle, le jeune garçon était moqué et malmené par ses camarades qui le soupçonnaient d'être gay.

Ce mal-être, bien que déguisé en timidité, n'a pas échappé à Robin, le personnage lesbien interprété par Maya Hawke. Au début de l'épisode 4, celle-ci remarque que Will semble en pincer pour son meilleur ami, Mike (joué par Finn Wolfhard). Lors d'un moment à deux, Robin se confie à lui, évoquant son premier amour pour Tammy, une amie hétéro. Une attirance non réciproque qui avait mis à mal sa santé mentale jusqu'à ce qu'elle comprenne : "Tammy n'était jamais le problème. Je cherchais des réponses chez quelqu'un d'autre alors qu'elles étaient en moi depuis le début. Je devais juste arrêter d'être aussi effrayée. Effrayée de qui j'étais vraiment. Et une fois que j'ai fait ça, je me suis sentie tellement libre. C'est presque comme si je pouvais voler !" Une tirade qui traduit l'importance du "coming in", ce processus intime d'acceptation de soi et de son identité queer. Cette conversation est décisive pour Will : en cessant de subir sa sexualité, il va passer de victime à héros.

L'acceptation sauvera le monde

Ainsi, lorsque tous ses potes se font violemment attaquer par des Démogorgons, Will se remémore le discours inspirant de son amie. Il revisite alors les souvenirs liés à sa différence et à son attirance pour Mike – ce que la série nous montre via un montage déchirant. C'est alors que soudain, au cœur de la bataille, l'adolescent se relève, les yeux révulsés, la main tendue, convoquant des pouvoirs télékinétiques insoupçonnés qui empêchent les monstres d'éviscérer ses amis. Par sa simple force psychique, il sauve ainsi non seulement ses proches mais aussi, d'une certaine manière, l'humanité.

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Pour ce climax de mi-saison, on ne s'attendait pas à ce que Stranger Things adopte un propos queer aussi fort. "Être gay est un super-pouvoir", salue le magazine britannique Out. En fait, ce n'est pas le fait d'être homosexuel mais bien l'acceptation de cette différence qui libère enfin Will après qu'il a, comme beaucoup d'entre nous, tenté de rejeter cette partie de son identité. La puissance du jeune homme vient de cette fierté reconquise qui lui fait enfin redresser la tête et s'imposer tel qu'il est. La symbolique de cet arc narratif est galvanisante. On peut même donner une portée plus large au message : la société ne serait-elle, tout autant que la bande de Will, fichue sans les queers ? Quoi qu'il en soit, l'acceptation sauvera le monde.

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Crédits photos : Netflix