culture"Même pas peur", un festival de cinéma fantastique inclusif à La Réunion

Par Franck Finance-Madureira le 01/03/2026

On est revenu de la 16e édition de Même pas peur, festival international du film fantastique de La Réunion, avec plein de recos de films à découvrir !

Consacré au cinéma fantastique, domaine trop souvent préempté par les hommes hétéros, Même pas peur a été créé par une femme réunionnaise. "Je ne l'ai pas pensé comme ça, pose d'emblée l'intéressée, Aurélia Mengin, quand on lui parle de son volontarisme sur la diversité de la programmation du festival qui se tient à Saint-Philippe, dans l’extrême sud de La Réunion. Je dirais que c'était dans mon ADN. Mon premier amour avec une fille a été un amour longtemps caché parce que le regard des autres, ici à La Réunion, était compliqué à vivre."

Devenue entretemps réalisatrice de films de genre dont elle aime déjouer les stéréotypes, la Réunionnaise de 46 ans n'a pas oublié ce vécu quand l'occasion s’est présentée de créer cet événement, l'un des rares festivals de cinéma du territoire français dans l'océan Indien : la programmation se devait de privilégier des regards queers et féminins, pour insuffler visibilité et acceptation. Et c'est une réussite puisque la communauté queer, discrète sur une île qui compte très peu de lieux communautaires, répond présente depuis la première édition en 2011.

"Pour moi, le fantastique, c'est tout ce qui n'est pas complètement dans le réel, tout ce qui permet aux gens de sortir de leur carcan, reprend Aurélia Mengin. Et ce qui est beau, c'est quand ce qui peut paraître transgressif se banalise et rassemble." Pari réussi : les séances du festival (gratuites sur inscription) proposent une grande variété d'œuvres queers, permettant de découvrir des voix émergentes venues du monde entier… Tour d'horizon de cette édition 2026.

Corps queers

Sur un mode plutôt expérimental, les films Haptonomie, Ecstasie et Interruption sont des manifestes d'affirmation par le corps. Le premier, réalisé par le chorégraphe, plasticien et vidéaste français Fu Le, met en scène dans un vaste placenta deux femmes enceintes et un homme au gros ventre, les faisant se frôler, s'embrasser, se lover les uns contres les autres dans un mouvement qui oscille entre chorégraphie et thérapie. Dans Ecstasie, la réalisatrice Lily Baldwin présente, sous une forme documentaire libre, son dialogue avec l'artiste berlinoise Liz Rosenfeld, qui fait de son corps queer exposé et de sa recherche de l'extase une performance en soi.

Enfin, avec Interruption, courte pièce chorégraphique mettant en scène quatre twerkeuses noires, l'artiste multidisciplinaire DK Fash évoque la marginalisation, les injonctions et l'empouvoirement. Il est aussi question de corps dans le film indonésien Sammi, who can detach his bodyparts, qui raconte la courte vie d'un garçon qui comme le titre l'indique, peut prêter des parties de son corps, notamment à sa voisine pour une mini-scène hilarante et puissante vengeance. Un chef-d'œuvre de 19 minutes d'une sensibilité et d'une inventivité folles.

Fluidité de genre

Bath Bomb et Luz Diabla, les deux films courts très gays de cette sélection 2026, sont teintés d'humour noir. Dans le premier, tout commence comme une parfaite soirée en couple : cocktail, musique jazzy, bain chaud et bombe de bain "maison" qui sera l’objet d'une bascule un peu gore… Le second est un film d'animation qui raconte la rencontre improbable et flippante entre un DJ perché ultralooké et des gauchos ombrageux, dans la plus pure tradition argentine.

Le très lyrique Hearts of Stone, produit et interprété par Noomi Rapace, met en scène la rencontre amoureuse dans un jardin d'Anvers entre une jeune femme et une statue de pierre, évoquant l'amour lesbien et ses représentations au temps d'Instagram. Last Call, de Winnie Chang, est une sorte de chaînon manquant pansexuel, vénéneux et foutraque entre Pink Narcissus, Bertrand Mandico et Gregg Araki. Pédago et sexy, le sublime Florescence, du duo italien DI.AL (Diego Indraccolo et Alice Gatti) monte en parallèle une succession de plans floraux magnifiques et des témoignages de personnes trans ou non-binaires, pour parler des fleurs bisexuées et de la fluidité de genre.

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Crédit photo : Ecstasie, de Liz Rosenfeld