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Nos viesDans le Jura Vaudois : chez Michel et Michel, l'amour bourdonne

Par Maurine Charrier le 16/10/2026
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[Article à retrouver dans le magazine de l'automne, chez votre marchand de journaux ou sur abonnement.] Fervents commentateurs de nos publications sur les réseaux sociaux, Michel et Michel ont fini par attiser notre curiosité. Ensemble depuis sept ans, l’apiculteur et le professeur ont construit leur petit coin de paradis dans les hauteurs du Jura vaudois, en Suisse.

Photographie : Yvelizra pour têtu·

À peine arrivées à la gare de Saint-Cergue, village-station du Jura vaudois, en Suisse, nous trouvons notre comité d’accueil au complet : Michel, Michel et leur chienne Uno. L’un a 64 ans, il est devenu apiculteur après une carrière éclectique, de prothésiste dentaire à joaillier. Son alter ego, 54 ans, est professeur de collège. Direction le chalet du couple, un peu plus haut dans les montagnes.

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Leur histoire s’est d’abord écrite sur Instagram. Sur son compte @apis_apidae, Michel Munier documente depuis une dizaine d’années la vie de ses abeilles : quotidien auprès des ruches, anecdotes forestières et clichés léchés à la National Geographic. De quoi attirer l’attention d’un autre Michel, qui lui écrit un jour en lui disant "s’intéresser à la problématique des insectes pollinisateurs". Technique de drague imparable. Ou presque. "Je me souviendrai toujours de ton message, je ne comprenais rien. Je me disais : 'Mais qu’est-ce qu’il me raconte, le prof, là ?'" en rigole encore l’apiculteur.

Le professeur habite justement dans la région et, fin juillet 2019, Michel l’invite à découvrir ses ruches. Cette fois, le message passe. Le dragueur jure toujours que sa démarche était innocente. "J’étais vraiment intéressé par la vie des abeilles ! Je ne m’attendais plus à rien à mon âge. En plus, il n’avait même pas de photo !" L’apiculteur pensait par ailleurs avoir déjà trouvé ce qui lui manquait : "Je me suis promis, dès mes 14 ans, qu’un jour j’aurais des abeilles. Alors, je les ai eues à 54 ans. C’était ça, mon projet. Je ne pensais plus à l’amour." De la rencontre sur Instagram au chalet suisse, le scénario ressemble furieusement à une rom-com de Noël. "Se retrouver à presque 50 ans dans une euphorie amoureuse, c’est inespéré", sourit l’enseignant. "Alors, même si ce n’était pas prévu, on ne s’est pas posé plus de questions : on s’est lancés dans cette histoire", ajoute son compagnon.

Et vite. En décembre 2020, les deux Michel officialisent leur union par un partenariat enregistré, deux ans avant l’ouverture du mariage aux couples de même sexe en Suisse. Covid oblige, la célébration se termine en tête-à-tête au restaurant. Mais les abeilles sont de la partie : leurs bagues, évoquant un essaim et ornées de propolis, une résine récoltée par la ruche, ont été confectionnées sur mesure par l’ancien joaillier. En 2024, le couple s’installe sur les hauteurs de Nyon, avec quelques travaux au programme dans un chalet rustique. "On a trouvé une coquille vide à remplir à deux", résument-ils en trinquant dans leur jardin.

Chercher la reine

La semaine, Michel rejoint ses élèves à Genève, tandis que Michel s’occupe de ses ruchers après sa balade en forêt avec Uno, leur bouvier de l’Entlebuch. À la maison, il faut aussi compter avec La Pétole, une chatte dont le surnom désigne, en suisse romand, une petite crotte de chèvre. Les abeilles occupent, comme il se doit, une bonne partie de ses journées. Et dès qu’il nous entraîne vers les ruches, l’apiculteur devient intarissable sur l’organisation de ses colonies, leurs nourricières, leurs gardiennes, leurs bâtisseuses et, évidemment, leur queen.

Pour la visite, il a choisi la ruche numéro 71, baptisé d’après l’année de naissance de son compagnon. Une nouvelle colonie vient de s’y installer et il est temps de voir comment elle se porte. Après avoir doucement frappé sur le toit pour prévenir les insectes de son arrivée, il ouvre la ruche et manipule avec précaution les cadres dorés où s’activent les insectes. Larves, miel, cellules, cire, comportement de la colonie, cadence de ponte : l’inspection est minutieuse.

Et ce jour-là, bonne surprise : la reine montre le bout de ses ailes. "Je la découvre avec vous ! Habituellement, je ne la cherche pas trop. Si je vois des œufs frais, cela indique qu’elle n’est pas loin, car elle en pond 2 000 par jour. Mais c’est une super découverte, je le noterai dans mes appréciations." Le professeur a manifestement déteint sur son apiculteur : même la reine aura droit à son bulletin. Quand d’autres enfilent une combinaison intégrale, Michel travaille seulement coiffé de son chapeau de paille. Une manière, assure-t-il, de rester à l’écoute de ses protégées. "Elles me sentent et me reconnaissent, on vit ensemble et on communique. Elles sont très sensibles, il ne faut pas les stresser."

Cette année, la sécheresse compromet la récolte du miel. Mais habituellement, le professeur met la main au pot : conditionnement, étiquetage, vente… Une petite production artisanale vendue sur les marchés, mais uniquement dans le coin. Pour goûter au miel Michel & Michel, il faudra donc venir jusqu’au couple. "Tout le monde peut m’écrire sur Instagram. Je prends soin de répondre à tous les messages", assure l’apiculteur. Après tout, il sait mieux que personne ce qu’un message inattendu peut provoquer.

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