GrindrRio 2016 : Un faux compte Grindr piège les athlètes dans le placard

Par Julie Baret le 12/08/2016
Grindr outing Rio The Daily Beast

Depuis hier, une affaire d'outing fait scandale aux JO de Rio 2016 : un journaliste hétéro est parti à la chasse aux Olympiens gays sur Grindr. Et ça ne passe pas.

La polémique peine à s’essouffler depuis hier. Jeudi matin, le webzine américain The Daily Beast publie un article - supprimé depuis - intitulé "J'ai eu trois rendez-vous Grindr en une heure au village olympique". Le papier est censé interroger la vitalité des applications de rencontre sur la période des Jeux et la vie sexuelle des Olympiens. Seul problème : Nico Hines, l'auteur de l'article, est un hétéro marié qui s'est inscrit sur Grindr puis baladé à Rio pour repérer ses cibles. Ce dernier a même la délicatesse de préciser : "je n'ai aucun mérite d'avoir deviné que Grindr allait mieux fonctionner pour une rencontre immédiate que [les applications hétéros] Bumble et Tinder"... Le journaliste n'hésite ensuite pas à donner des détails sur les athlètes contactés via l'application, qu'ils soient sortis du placard ou non. Parmi ces personnes, il y aurait même un jeune homme de seulement 18 ans, ainsi qu'un individu issu d'un pays que Nico Hines reconnaît comme étant "notoirement homophobe".
Très vite, les accusations d'outing fusent, de même que les critiques d'atteintes à la vie privée, de voyeurisme, et de mise en danger d'autrui. Il n'est pas 10h30 que le nageur olympique des Tonga Amini Fonua dénonce l'article "déplorable" de Nico Hines :

En tant qu'athlète ouvertement gay venant d'un pays encore très homophobe, Le Daily Beast devrait avoir honte

Nico Hines, certaines des personnes que vous venez d'outer sont mes AMIS. Leur vie et leur famille seront à jamais affectées par ça.

Imaginez que le seul endroit où vous vous sentiez en sécurité, le seul endroit où vous puissiez être vous même, soit ruiné par un hétéro qui pense que tout cela est une blague ?


Un article de l'édition US de Slate prend le relais et dénonce un papier "sordide", "dangereux" et "sauvagement contraire à l'éthique" au "ton condescendant et moqueur". L'auteur, Mark Joseph Stern, y déplore que Nico Hines "donne suffisamment d'informations sur chaque Olympiens pour que n'importe quel individu sachant utiliser Google puisse découvrir leurs identités". Ainsi, bien que "Hines ait pu trouver son appât-Grindr rigolo", cela a "le pouvoir de ruiner la vie" de ces athlètes.
Même constat chez le célèbre skieur olympique et figure LGBT Gus Kenworthy qui pointe du doigt un "article de m*rde" :

Donc en gros Nico Hines a tout simplement outé toute une flopée d'athlètes dans le but d'écrire un article de m*rde pour The Daily Beast où il admet qu'il les a pris au piège.


Face à une telle levée de bouclier, le rédacteur en chef de The Daily Beast finit par s'excuser d'avoir "potentiellement compromis" la sécurité des athlètes et anonymise davantage les hommes et les femmes citées. L'opération de blanchiment se solde également par un nouveau titre : "The Other Olympic Sport in Rio : Swimping" en référence au mode de sélection des applications de rencontre (faire défiler les profils avec son doigt). Quelques heures plus tard, le journal en ligne prend finalement la décision de retirer entièrement la publicationarguant que cet article était contraires à leurs valeurs et admettant "nous avons eu tort, nous sommes désolés" puis "nous ferons mieux la prochaine fois".

Pour en savoir plus :

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Crédit photo couverture Mídia NINJ/Flickr