artiste"Je ne suis pas le premier artiste à ne pas avoir été payé" : la Paris Black Pride au coeur d'une polémique

Par Youen Tanguy le 03/08/2018
paris black pride

Plusieurs artistes, dont le travail a été utilisé par l'association Paris Black Pride, assurent ne pas avoir été rémunérés, certains depuis plus d'un an. Ils pointent notamment du doigt la personnalité du président de la structure.

« Johan Amaranthe nous dois exactement 1139,40 euros. » Farah Medrabi, qui s'occupe de dénicher des contrats pour l'artiste Josué Comoé, est très remontée contre le président et co-fondateur de la Paris Black Pride (PBP), Johan Amaranthe. « Nous avons essayé, en vain, de le joindre à maintes et maintes reprises, confie-t-elle à TÊTU. Il a sans doute bloqué nos numéros et ne répond plus à nos messages. »

Le 27 juillet dernier, la jeune femme relaie sur son compte Facebook le communiqué de presse de Josué Comoé. Ce dernier accuse Johan Amaranthe de ne pas l'avoir rémunéré pour une peinture (voir image ci-dessous) livrée le 6 juin dernier et utilisée pour le visuel de la première édition des Paris Black Pride Awards, qui s'est tenue le 15 juillet dernier, et sur les réseaux sociaux par la suite. Farah Medrabi assure pourtant à TÊTU qu'un contrat avait été signé entre les deux parties.
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Josué Comoé raconte s'être décidé à faire ce communiqué face au silence de Johan Amaranthe, avec qui il n'a aujourd'hui plus de contacts. « J'aimerais, par ce message, vous inviter à ne plus travailler avec cette personne, ajoute-t-il. Je ne suis pas le premier artiste à ne pas avoir été payé par Johan Amaranthe. »

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D'autres cas similaires ?

Dans la liste des commentaires sous son post Facebook, une autre artiste partage ses déconvenues présumées avec le président de la PBP. « Depuis octobre, j'attends que l'association me règle une indemnité de 180 euros », écrit Estelle Prudent. Contactée par TÊTU, la trentenaire assure avoir été contactée directement par Johan en 2016, dans le cadre de la 2e édition de la Paris Black Pride. En janvier 2017, elle propose un projet photographique - non rémunéré - autour des discriminations rencontrées par les personnes queer racisées.

La jeune femme convient avec Johan que le projet soit exposé dans une boutique du Marais, avec une date de vernissage prévue le 22 mai. Finalement, pour des raisons d'organisation, le projet ne verra jamais le jour. « J'ai dépensé plus de 1000 euros de ma poche », regrette Estelle Prudent, qui avait quitté son emploi pour se consacrer au projet. Elle raconte avoir quitté l'association quelques semaines plus tard.

Mais en juillet 2017, surprise. Elle découvre qu'une de ses photos - prévue dans le cadre de l'exposition avortée - est utilisée dans une vidéo « où je ne suis pas créditée et où mon logo a été volontairement coupé ». Dans la foulée, elle rédige un e-mail avec l'aide d'une juriste pour réclamer 180 euros d'indemnités pour utilisation frauduleuse de son travail. « Je n'ai jamais eu de réponse », s'agace celle qui avait coupé les ponts avec Johan Amaranthe quelques mois auparavant.

Estelle Prudent déclare avoir notamment pris la photo d'une autre artiste que l'on retrouve dans la vidéo ci-dessous, à partir de la 23e seconde.

Des dettes contractées par « un membre de l'association »

Face à la polémique, la PBP a réagi le 1er août dernier dans un communiqué de presse. « Un membre de notre association a contracté des dettes qui n'ont pas encore été payées, peut-on lire dans ce court texte. La partie responsable se reconnait en tant que seul responsable pour cette situation et la résorbera dans les plus brefs délais. » Mais le communiqué n'évoque pas le cas d'Estelle Prudent.

Et d'ajouter : « Toute notre énergie va dans la résolution de la situation actuelle. La même erreur ne se répètera pas et nous ferons tout pour regagner votre confiance en tant que la seule 'black pride' en Europe continentale ».

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« On l'avait nommé 'l'empereur' »

La confiance semble toutefois bel et bien ébranlée, à en croire celles et ceux que nous avons interrogé.e.s. « Il a sali à lui tout seul l'association Paris Black Pride. Et en tant que femme queer et noire, je trouve cela vraiment dommage qu'une personne telle que lui ait pu faire pourrir une association de l'intérieur », lâche Farah Medarbi, qui précise ne jamais avoir fait partie de PBP.

Estelle Prudent, qui collaborera pendant plusieurs mois avec l'association pour son projet artistique, parle, elle, d'un homme misogyne qui avait « un rapport très étrange vis-à-vis des femmes ». Elle avait d'ailleurs demandé à ne plus travailler avec lui directement. « On l'avait nommé l'empereur », grince-t-elle.

Joint par TÊTU, Johan Amaranthe n'avait toujours pas répondu à nos sollicitations ce vendredi après-midi.

Article mis à jour le mercredi 6 février à 11h11

Crédit photo : capture Paris Black Pride.