« Ligue du LOL » : l’homophobie aussi utilisée comme arme de harcèlement

Depuis vendredi 8 février, de nombreux internautes, majoritairement des femmes, témoignent du harcèlement dont ils ont été victimes par un groupe Facebook intitulé la « Ligue du LOL ». Parmi eux, plusieurs racontent les insultes et les moqueries homophobes. TÊTU a notamment exhumé des tweets datant de 2010 et visant l’homme politique Benjamin Lancar.

Le groupe existait depuis des années, mais son nom n’est connu du grand public que depuis quelques jours. Vendredi 8 février, Libération a consacré un article à la « Ligue du LOL », un groupe Facebook très actif entre 2009 et 2012. Il rassemblait, et rassemble encore, une trentaine de journalistes et de professionnels de la communication et de la publicité parisiens, très influents sur les réseaux sociaux, dont une majorité d’hommes (hétérosexuels, blancs et cisgenres).

Pour le podcasteur Henry Michel, ancien du groupe, interrogé par Libération, il s’agissait surtout d’échanger « des liens, des photos, des blagues qu’on ne pouvait pas faire en public et se moquer des gens ».

Près de dix ans plus tard, ces mêmes personnalités sont accusées d’avoir cyber-harcelé des confrères, et surtout des consoeurs, certain.e.s sur de très longues périodes. Dans Libération, l’autrice Daria Marx confie avoir été la cible de « ces petits mecs parisiens ». « J’étais grosse, donc je ne n’avais pas le droit à la parole. » La journaliste Nora Bouazzouni ajoute : « Ces mecs-là faisaient peur à beaucoup de gens. Beaucoup de filles étaient terrifiées par ces gens, avaient peur de les dénoncer. »

« Tout le monde les connaissait »

Certains hommes disent avoir été eux aussi pris pour cible. L’écrivain Matthias Jambon-Puillet a raconté sur Médium le harcèlement dont il a été victime pendant des années. « A l’époque, tout le monde savait, tout le monde les connaissait », annonce-t-il dès le début de son texte.

Il décrit notamment un épisode de harcèlement particulièrement violent : « Quelqu’un a commencé à diffuser un photomontage de moi en train de sucer un pénis (forcément, l’homophobie) encore une fois réalisé à partir de photo personnelle sur un réseau de questions anonymes (…). Le montage était envoyé en masse à des mineurs, jusqu’à 12–14 ans, avec la mention ‘Salut je suis @lereilly, j’adore sucer ça t’intéresse ?’ (…) J’ai reçu, en 48h, plusieurs centaines de réponses ».

Comme nous vous l’expliquions dans un article publié en septembre dernier, la caricature homophobe est régulièrement utilisée comme outil de critique. Car quel meilleur moyen de décrédibiliser quelqu’un qu’en le « taxant » d’homosexuel ? D’autres en ont d’ailleurs fait les frais. C’est le cas de l’ex-homme politique Benjamin Lancar.

Harcèlement à l’encontre Benjamin Lancar

En 2010, l’ancien-dirigeant du mouvement jeunes des Républicains (ex-UMP), aujourd’hui retiré de la vie politique, avait été victime d’une violente campagne de harcèlement homophobe sur Twitter. Plusieurs journalistes, dont Henry Michel, Alexandre Léchenet, Andréa Fradin et Alexandre Hervaud, majoritairement membres de la « Ligue du LOL », ont à l’époque partagé les images d’une tapette [à mouches, NDLR] sur laquelle avait était apposée son visage. Un objet visiblement créé par un.e de ces journalistes.

« Hasard » du calendrier, le premier message faisant référence à cette tapette remonte au 21 septembre 2010, soit quatre mois après la publication d’un article des indiscrets.com, relayant une information selon laquelle l’homme politique serait coupable d’attouchements sur un responsable départemental de l’Ain. Ce que le principal intéressé avait démenti avant d’attaquer le site en diffamation.

Le 3 mai 2010, Alexandre Hervaud mentionnait cet article dans un tweet à la conclusion on ne peut plus homophobe : « CQFPD et mea culpa », avait-il écrit, accolant une lettre supplémentaire à l’abréviation de la célèbre expression « ce qu’il fallait démontrer ». Interrogé sur son orientation sexuelle par Yagg en décembre 2011, Lancar avait refusé de répondre.

https://twitter.com/AlexHervaud/status/13305142129

« J’ose pas écrire que ma tapette Lancar est belle, j’aurais des problèmes », écrivait sur Twitter Alexandre Hervaud le jour-même, citant Andréa Fradin, à l’époque journaliste dans le journal de gauche. Cette dernière avait partagé plusieurs images de cette fameuse ‘tapette’ dans les locaux de Libération, dans les Xe et XIXe arrondissements de Paris, et même dans le métro.

Contacté par TÊTU, Olivier Bertand, co-fondateur des Jours et journaliste à Libé de 1992 à 2015, assure n’avoir « jamais entendu parler de ça ». Il ajoute : « C’est complètement à contre-courant de la culture Libé (en interne autant qu’éditorialement). »

Le 28 juin 2011, le journaliste Alexandre Léchenet écrivait sur Twitter à l’intention d’Andréa Frandin : « tapette + Lancar ? #OHWAIT ».

Benjamin Lancar était également la cible du collectif « Humour de Droite », qui avait créé en 2010 le compte Tumblr ‘bonjourlancar’. On y retrouve plusieurs photo-montages clairement homophobes, dont un montrant l’ex-homme politique courant un marathon recouvert d’excréments.

« Ils faisaient chier tous les jours, sortaient des photo-montages, des blagues racistes… », confie un ancien collaborateur du parti. Contacté par TÊTU, Benjamin Lancar a répondu à nos sollicitations le 12 février et nous a accordé une interview.

A LIRE AUSSI : Benjamin Lancar : « On ne devrait pas être contraint de faire son coming-out »

Alexandre Léchenet, dont nous avons cité le tweet dans notre article, nous a écrit par e-mail le 11 février pour réagir. Joint par téléphone, il confie avoir « honte » de ce message dont il se rend compte aujourd’hui qu’il était « clairement homophobe ». « Je n’ai aucune excuse, ajoute-t-il. C’est inadmissible. J’ose espérer que j’ai changé depuis, j’ai en tout cas tout fait pour. »

« Moi aussi je veux que tu suces mes boules »

D’autres hommes ont raconté les insultes et les moqueries dont ils ont été victimes il y a maintenant près de 10 ans. Joseph Ayoub, alors âgé de 20 ans, avait été pris à partie par le compte anonyme et membre de la « Ligue du LOL » Lapin Blanc. « Moi aussi je veux que tu suces mes boules. Je me propose aussi d’ailleurs pour ton premier cumshot mon ange », écrivait-il le 19 juin 2009. Dans un autre message, il disait de Joseph Ayoub qu’il « violait des enfants noirs ».

Suite aux révélations de Libération, la plupart des membres de la « Ligue » ont tenté de s’excuser sur les réseaux sociaux. Vincent Glad, le fondateur, a assuré avoir « créé un monstre qui [lui a] échappé ». « En laissant faire tout ce qui s’est passé, je me suis rendu coupable des agissements des autres ». Et d’ajouter : « Ce qui s’est passé n’est pas tolérable ».

Ce lundi 11 février, les journalistes Vincent Glad et Alexandre Hervaud ont tous les deux été mis à pied par le journal Libération. Stephen Des Aulnois, le rédacteur en chef et fondateur du Tag Parfait, ex-membre de la « Ligue du LOL », a, lui, démissionné de ses fonctions. D’autres à suivre ?

Article mis à jour le mercredi 13 février à 12h54

Crédit photo : Twitter.


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