Rencontre avec l’auteur de « Boy Erased », survivant d’une « thérapie de conversion »

[PREMIUM] Garrard Conley est l’un des premiers à avoir parlé des « thérapies de conversion ». Dans son autobiographie, « Boy Erased : A Memoir », publiée en France début 2019, il revient sur son expérience dans un centre où l’on a voulu le « soigner » parce qu’il est homosexuel. À l’approche de la sortie du film « Boy Erased », adapté de son ouvrage, ce lanceur d’alerte accepte de revenir sur son histoire pour TÊTU.

Un « survivant ». Voilà comment se définit Garrard Conley. Car c’est un peu comme si cet écrivain de 33 ans avait frôlé la mort. Né dans une famille de chrétiens baptistes dans une ville de l’Arkansas, au sud des États-Unis, Garrard se rend compte adolescent qu’il est homosexuel. Son père est pasteur, sa mère, femme au foyer. Dans sa ville, 95% des habitants sont des chrétiens fondamentalistes. Et pour la majorité d’entre eux, l’homosexualité est une maladie qu’il faut « soigner« .

À 19 ans, il se fait violer par un étudiant de sa faculté. Ce dernier, craignant que Garrard le dénonce, appelle ses parents et leur annonce que leur fils est gay. Ces derniers décident alors de l’envoyer dans un centre faire une « thérapie » pour le remettre dans le « droit chemin ». À la manière des Alcooliques anonymes, Garrard assiste à des séances collectives de repentance. Il dresse la liste de ses « souvenirs honteux ». Dessine l’arbre généalogique de sa famille dans lequel chaque nom est associé à un pêché. « Seigneur rends-moi pur », se répète-t-il. Mais il n’arrivera pas à s’en convaincre. Il quitte le centre au bout de 15 jours. D’autres resteront plusieurs mois. Certains se suicideront.

Son histoire, c’est celle d’un combattant. Celle d’un jeune homme qui a réussi à s’affranchir de sa famille, de cette « thérapie » et de l’Église. Aujourd’hui, Garrard vit à New-York. Il se considère comme un lanceur d’alerte. Et milite activement pour la suppression de tels centres. Selon le think thank Williams Institute, 700.000 américains ont effectué une « thérapie de conversion ». Plusieurs dizaines de milliers d’adolescents pourraient être concernés dans les années à venir, outre-atlantique, mais aussi en Europe. Sa parole est plus que précieuse, et TÊTU a souhaité la recueillir.

« J’ai grandi dans la honte de ne pas agir ‘comme un homme’. »


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