Menaces de mort, LGBTphobies… : on a rencontré Jean Wyllys, ex-député brésilien en exil

[PREMIUM] L’ex-député brésilien ouvertement homosexuel, Jean Wyllys, a annoncé qu’il renonçait à effectuer son troisième mandat le 24 janvier 2019. Il vit depuis en exil à Berlin, et alerte la communauté internationale sur la situation des droits humains au Brésil depuis l’arrivée de Jair Bolsonaro au pouvoir. TÊTU l’a rencontré lors de son passage à Paris.

Fuir pour ne pas mourir. À 44 ans, l’ancien député brésilien Jean Wyllys est devenu un « ennemi public » du gouvernement. Membre du parti de gauche Socialisme et Liberté (PSOL, ndlr), ouvertement homosexuel, il a milité activement pour les droits des LGBT+ au Brésil. Il a été notamment l’auteur de lois pour accorder plus de droits aux travailleurs.euses du sexe et pour autoriser les unions civiles entre conjoint.e.s du même sexe. Des prises de position rares et précieuses, dans un pays hostile aux LGBT+, qui compte le plus de meurtres de personnes transgenres au monde.

Mais le député de Rio de Janeiro a décidé de renoncer à son mandat le 24 janvier dernier. Menacé depuis près d’une dizaine d’années, il a dû faire un choix. Face à l’imminence de sa propre mort, il a préférer vivre, loin des siens et de son pays. Il a donc profité d’un voyage en Espagne prévu de longue date pour s’exiler en Europe, et s’installer provisoirement à Berlin.

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Il considère que le président nouvellement élu, Jair Bolsonaro, est une menace réelle et sérieuse pour les minorités du Brésil, et plus particulièrement pour la communauté LGBT+. Jean Wyllys estime ne pas avoir été entendu par ses concitoyens alors qu’il essayait d’« éviter le pire ». Il officie désormais à la manière d’un lanceur d’alerte, et espère se faire entendre par la communauté internationale sur la situation des droits humains au Brésil. TÊTU l’a rencontré au Centre International de Culture Populaire, dans le 11e arrondissement de Paris. Vêtu d’un pantalon en coton et d’un pull rouge, il semblait décontracté. Mais des cernes témoignent d’une fatigue et de nuits probablement très agitées.

« On menaçait mes soeurs de viol. On me disait que mes frères allaient se faire décapiter. »

Comment en êtes-vous arrivé à renoncer à votre mandat de député ?

Jean Wyllys : Tout a été crescendo. Je suis la cible d’une campagne diffamatoire depuis mon tout premier mandat en 2011, sous la bannière du parti de gauche Socialisme et Liberté (PSOL, ndlr). Je suis devenu en quelque sorte un ennemi public. J’ai reçu par la suite de nombreuses menaces de mort. On s’en est pris à ma famille. Cela a été de plus en plus difficile à vivre à partir de 2016. Je recevais des messages téléphoniques et des e-mails très angoissants. On m’envoyait par exemple des photos de ma maison, ou de celle de ma mère. Le but était clairement de me prouver que des données personnelles, mais également des données appartenant à ma famille, étaient entre les mains de personnes qui me voulaient du mal.


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