« On veut mettre la pression à l’échelle internationale » : Silvia Casalino, co-présidente de la conférence européenne lesbienne

La deuxième édition de la Conférence européenne lesbienne se tient à Kiev, capitale de l’Ukraine, du 12 au 14 avril 2019. Près de 350 lesbiennes d’Europe occidentale et d’Asie-centrale sont attendues. L’objectif affiché est clair : « la construction d’un puissant mouvement lesbien en Europe ». TÊTU s’est entretenu avec Silvia Casalino, co-présidente de cet événement.

TÊTU : Quelles participantes attendez-vous pour cette deuxième édition ? 

Sylvia Casalino : Des activistes, militantes, artistes et politiciennes, principalement. Au total, on attend environ 350 femmes qui vont arriver d’un peu partout en Europe. Cela nous permettra de faire le point sur les différentes situations rencontrées par les lesbiennes. Par ailleurs, des intervenantes arrivent tout droit de Chine et de Turquie. Il y a aura également une femme trans’, ancienne militaire en Serbie reconvertie en activiste. Elle travaille beaucoup sur ce qui concerne la sécurité personnelle.

On reçoit également Monica Benicio, la compagne de Marielle Franco, cette politicienne brésilienne assassinée il y a un an probablement par des milices para-militaires de droite. Elle ouvrira la conférence et représentera sa compagne qui n’est malheureusement plus là.

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Quels sont les les temps forts de cette édition ? 

On va avoir plusieurs moments clés. D’abord, l’une des discussions phares, qui va revenir plusieurs fois pendant ces trois jours, est celle sur la sécurité de nos corps. Ceux des activistes, mais aussi ceux des lesbiennes lambda qui se font attaquer soit par des gens qui propagent la haine, soit par des États. Il est important de rappeler qu’actuellement en Europe, des États sont encore profondément lesbophobes.

« Nous allons créer une organisation non gouvernementale : ‘European and Central Asian Lesbian Network’. »

On aura aussi de nombreuses discussions pour définir comment on construit nos résistances. Comment pouvons-nous être en capacité de réagir à ces gens et à ces mouvements qui continuent de menacer quotidiennement notre vie et nos activités ?

Enfin, l’autre temps fort aura lieu le troisième jour. Nous allons créer une organisation non gouvernementale : « European and Central Asian Lesbian Network ». Un réseau de lesbiennes européennes et d’Asie centrale. Le but de cette ONG sera de visibiliser les sujets lesbiens et d’unir nos forces.

Quelles seront les missions principales de cette ONG ? 

Nous constatons que les associations lesbiennes sont en train de disparaître dans de nombreux pays d’Europe et d’Asie centrale. Il n’y a pas d’argent pour les lesbiennes. Pourtant, nous nous battons sur de nombreux sujets très divers, comme la lutte contre le sida ou l’accueil des réfugiés. Mais quand il s’agit de nous, il n’y a jamais grand-chose. Voire rien du tout.

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On veut donc mettre la pression, et ce à l’échelle internationale. En aidant les groupes et associations lesbiennes à se renforcer et à developper leurs compétences, à travailler un point de vue plus structuré. On veut interpeller les gouvernements locaux, et le Parlement européen notamment, sur le fait que le mot « lesbienne » est totalement invisible.

Pourquoi la tenue de cette conférence est importante, selon vous ? 

Elle confère un espace aux lesbiennes d’Europe et d’Asie centrale pour pouvoir discuter entre elles et savoir quels sont les problèmes communs. On brainstorme pour les solutionner. C’est une conférence indispensable pour pouvoir devenir plus fortes. Mêmes s’il y a beaucoup de différences et des points de désaccord, le fait d’être ensemble nous permet tout d’un coup de faire avancer le travail d’activiste.

Au delà de cela, la première édition à Vienne en 2017 a été un réel succès. Surtout, elle a été un moment de joie extrême pour nous toutes.

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L’hôtel qui accueille la conférence à Kiev, en Ukraine, a été vandalisé. Craignez-vous que l’accueil vous soit moins favorable cette année ?

Oui, l’hôtel a été vandalisé mercredi 10 avril, soit deux jours avant le début de la conférence. Certaines fenêtres de l’établissement ont été cassées. Les individus ont tagué des « LGBT rentrez chez vous » sur les murs.

On dérange en Ukraine. Il y a eu de nombreux appels provenant de groupes religieux et d’extrême droite pour boycotter cet événement. Mais c’est justement la preuve même de l’utilité de cette conférence. Il y a précisément besoin qu’on soit là. Du coup, nous on lit le contraire. Et je peux vous dire qu’elle aura bien lieu !

Crédit photo : Silvia Casalino. 

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