footballTalentueuse, out et engagée : Megan Rapinoe est notre coup de cœur du Mondial

Par Alexis Patri le 04/07/2019
Megan Rapinoe football

Son équipe a éliminé les Françaises de la compétition, mais la co-capitaine des Américaines restera auprès du grand public la figure émergente de cette Coupe du monde de football 2019.

Elle mènera son équipe contre les Pays-Bas, dimanche 7 juillet, pour la finale de la Coupe du monde de football. La co-capitaine et milieu de terrain Megan Rapinoe est LA révélation de ce Mondial auprès du grand public. Déjà bien connue des fans de football féminin, elle se distingue autant par son talent sur le terrain que par ses engagements en faveur de la communauté LGBT, dont elle fait partie, mais aussi contre la politique de Donald Trump. Autant de raisons de lui pardonner son doublé contre l'équipe de France, qui lui a valu le titre de meilleure joueuse du match et a éliminé les Bleues en quart de finale.

La joueuse est d'ailleurs en bonne place pour décrocher le Ballon d'Or. Il faut dire que son jeu est impressionnant. "Megan Rapinoe est une joueuse technique et polyvalente, analyse pour nous Marine Rome, co-présidente de l'association sportive et engagée Les DégommeusesC'est une milieu-gauche/avant-gauche capable de réaliser de très bons centres, du pied gauche comme du pied droit." Même si selon elle, d'autres joueuses comme la néerlandaise Vivianne Meideman (elle aussi lesbienne out) et la britannique Lucy Bronze, plus jeunes, pourraient lui ravir le titre de meilleure joueuse du Mondial.

"Megan Rapinoe est appréciée par son équipe et l'on sait que l'ambiance est très bonne en interne, ce qui est important dans la compétition, explique Marine Rome. On voit plusieurs de ses co-équipières la soutenir publiquement depuis que Donald Trump l'attaque ad nominem sur Twitter. Les Américaines veulent aussi gagner pour les combats qu'elles mènent hors du terrain".  

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Un palmarès impressionnant

Megan Rapinoe connaît bien la France. Elle a joué à l'Olympique Lyonnais pendant deux saisons. La co-capitaine des Américaines a récemment confié à Télé Foot qu'elle aimerait revenir dans le club qu'elle a quitté en 2014. Très fair-play, la footballeuse a d'ailleurs reconnu dans cette interview que les Bleues (dont certaines sont des anciennes co-équipières de l'OL) les ont mises en difficulté et auraient pu remporter le match.

Née en 1985 à Redding, Californie, Megan Anna Rapinoe a joué ses premiers matchs à 5 ans, dans l'équipe entraînée par son père. Sa carrière continue dans l'équipe universitaire des Portland Pilots de 2005 à 2008. Avec l'équipe nationale américaine, elle remporte l'or aux Jeux olympiques en 2008. Elle arrive en finale de la Coupe du monde en 2011 et gagne la compétition en 2015

Fièrement lesbienne

Mais la joueuse de 33 ans marque aussi les esprits en dehors du terrain. Et notamment lorsqu'elle fait son coming-out médiatique en 2012, dans une interview au magazine Out. Elle a alors 27 ans. "Les gens veulent - ils ont besoin - de voir que des gens comme moi jouent au foot pour les bons vieux États-Unis d'Amérique", explique-t-elle alors. Depuis, elle enjoint régulièrement les sportives et sportifs LGBT à sortir du placard. Avant cette interview, son homosexualité était déjà connue de longue date par ses proches et ses co-équipières.

Quelques mois plus tard, la joueuse désormais ouvertement lesbienne est récompensée d'un prix pour son engagement en faveur des luttes LGBT, lors d'une cérémonie organisée par le LA LGBT Center. "Je m'identifie en tant que lesbienne, mais ma voix semble être en pleine crise existentielle : ce soir elle se prend pour Justin Bieber pendant sa puberté, s'amuse-t-elle de sa malice habituelle, sous les rires du public. Sortir du placard a été la meilleure décision de ma vie".

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Une féministe anti-Trump

La joueuse reconnaît volontiers avoir un caractère "drôle et sauvage". Il lui sert surtout à défendre ses idéaux. Souvent avec humour, mais aussi avec force. Comme lorsque fin juin, répondant à un journaliste, elle dit qu'elle n'ira pas "à la putain de Maison Blanche" en cas de victoire finale. Un engagement contre le président des tweets et des murs qu'elle partage avec sa compagne, la basketteuse Sue Bird. Cette dernière a d'ailleurs récemment défendu "Pinoe" face aux attaques de Trump.

Celle qui mène avec Alex Morgan l'équipe des États-Unis est une opposante de longue date à la star de télé-réalité élu à la Maison Blanche. En 2016, elle s'agenouille avant un match pendant l'hymne américain, s'inspirant du footballeur (de football américain, ndlr) Colin Kaepernick pour dénoncer les violences policières racistes qui se multiplient. Un geste alors repris par de nombreuses sportifs. Aujourd'hui, Megan Rapinoe refuse de chanter l'hymne américain avant les matchs de la Coupe du monde. Une manière de s'opposer aux politiques anti-minorités de son pays.

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"Pinoe" est aussi une féministe convaincue. En 2018, elle rejoint une partie de son équipe pour attaquer sa fédération en justice pour discrimination liée au genre. Les championnes du monde en titre réclament l'égalité salariale, leurs confrères touchant des salaires bien plus élevés, malgré un palmarès moins reluisant. Cette procédure visait également à faire évoluer les revenus issus du marketing et des droits télé des matchs de football féminin aux États-Unis.

Il ne fait donc aucun doute que la rédaction de TÊTU sera derrière son écran dimanche 7 juillet pour soutenir les Américaines contre les joueuses du Pays-Bas, lors de la finale du Mondial. Si l'équipe de Megan Rapinoe remporte ce match, elle sera la première sélection féminine à gagner la Coupe du monde deux fois consécutives.

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Crédit photo : FRANCK FIFE / AFP