Droits LGBTQITunisie : Mounir Baatour, candidat gay, va contester une décision l'écartant de la présidentielle

Par Romain Burrel le 16/08/2019
Tunisie

Le projet de l'avocat et président du Parti libéral, Mounir Baatour, compte parmi les 71 dossiers écartés de la course à la présidence par l'instance chargée des élections en Tunisie.

Vingt-six. C'est le nombre de candidatures à la présidentielle tunisienne validées par l'Instance Supérieure Indépendante pour les Élections (Isie) en Tunisie. 71 autres ont été écartées, au terme d’un examen préliminaire de dossiers. L'élection, anticipée, aura lieu le 15 septembre.

Les personnes dont le dossier a été rejeté peuvent déposer un recours à partir du 15 août. Ensuite, l'annonce de la liste finale des candidats pour ce scrutin "sera dévoilée le 31 août", a ajouté, lors d’une conférence de presse, Nabil Baffoun, président de l’Isie.

Une première dans le monde arabe...

Parmi les candidatures rejetées, celle de Mounir Baatour.  Cet avocat se présente comme défenseur des droits des LGBT+ dans son pays. Il est le président de Shams, l'une des principales associations LGBT de Tunisie. Si un candidat revendiquant ouvertement son homosexualité constitue une première dans l’histoire du pays et du monde arabe, Mounir Baatour est très contesté au sein même de cette communauté.

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Selon sa formation, le Parti libéral, cette candidature devait faire date dans l’histoire du pays. Mais dans une récente pétition publiée sur le net, une vingtaine d’associations défendant les droits des personnes homosexuelles et trans en Afrique du Nord et sur le pourtour méditerranéen estimaient que Mounir Baatour représentait "une menace" et même "un énorme danger" pour la communauté LGBT+.

Parmi les 18 signataires figuraient 11 associations tunisiennes comme Chouf, Mawjoudin (We Exist) et Queer of the Bled, association enregistrée en France et qui veut rendre plus visibles les migrantes et migrants LGBTQ.

Condamné pour "sodomie"

Mounir Baatour, avocat à la Cour de cassation, avait purgé en 2013 trois mois de prison pour "sodomie" avec un lycéen de 17 ans. Des faits qu’il a toujours niés. En Tunisie, la sodomie est réprimée par la loi. Toutefois les candidatures de personnes condamnées pénalement peuvent être acceptées, sauf si les jugements sont assortis d’une peine d’interdiction à se présenter.

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Contacté par TÊTU jeudi 15 août, Mounir Baatour a fait part de son intention de contester cette décision de l'Isie, dont il ignore pour l'heure les motivations, devant le tribunal administratif.

 "Ils n'ont pas motivé leur décision, explique le candidat. J'en saurai plus sur les motifs quand ils répliqueront devant le tribunal."

Le premier tour de l’élection présidentielle en Tunisie aura lieu le 15 septembre, la campagne officielle devant se tenir entre le 2 et le 13 du même mois. Initialement prévue en fin d’année, cette élection a été anticipée à la suite du décès de Beji Caïd Essebsi.