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LGBT+ tchétchènes : fragilisé, Macron évite cette fois le sujet face à Poutine

En 2017, le président français avait évoqué le sort des LGBT+ tchétchènes (et du Donbass) lors d'une rencontre à Versailles avec son homologue russe.

Ce n'est pas faute d'avoir essayé, sur les réseaux sociaux et lors de rencontres préalables à l'Elysée. A l'occasion de la venue du président russe Vladimir Poutine, lundi 19 août au fort de Brégançon (Var), les associations françaises de défense des droits avaient tout fait pour que le sort des personnes LGBT+ soit abordé en conférence de presse. Comme ce fut le cas en mai 2017. Mais cette fois, le sujet a été évité.

Noyé sous les problèmes géopolitiques à aborder (Ukraine, Syrie...) et fragilisé sur son propre territoire, Emmanuel Macron n'a pas trouvé l'énergie, le courage ou le temps d'évoquer avec le président russe le sort des homosexuels tchétchènes. En conséquent, les associations sont forcément déçues. Mais pas surprises.

« Toutes proportions gardées, pour être crédible sur la scène internationale, il faut déjà être respectueux des droits humains dans son propre pays », ose à TÊTU Sébastien Tüller, responsable, au sein d'Amnesty International France,  de la commission orientation sexuelle et identité de genre, à propos de la France.

Déjà mouché violemment par Poutine, lundi, sur sa gestion de la crise des Gilets jaunes, Macron ne voulait peut-être pas s'entendre dire que les agressions de personnes LGBT+ sont en recrudescence dans son pays. Malgré cela, rappelons tout de même que la France n'a pas de lois ouvertement homophobes.

Le gouvernement Poutine hostile aux LGBT+

Selon les associations, pourtant, en mai 2017, la prise de parole de Macron sur les purges décidées par le Premier ministre tchétchène Ramzan Kadyrov avait permis de faire bouger les lignes, a minima ; aidée par une opinion publique outrée et des médias en boucle sur le sujet. De quoi offrir quelques mois de répit aux gays, lesbiennes et personnes transgenres, que le gouvernement local s'échine à « effacer » par tous les moyens.

« Beaucoup de gens pensent que ça ne sert à rien d'en parler à Poutine, mais c'est faux, ajoute Sébastien Tüller. On ne se rend pas compte que la prise de parole publique d’un chef d’Etat face à un dirigeant étranger a un poids, qu'elle change la vie de nombreuses personnes ». Dire quelque chose, oser aborder le sujet, même du bout des lèvres. « Même si c'est une simple question, les autorités locales comprennent alors que l’opinion internationale les surveille, donc peut-être que les prochains mois seront plus calmes pour les premiers concernés. »

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Problème : l'homophobie d'Etat ne concerne pas, en Russie, que la Tchétchénie et le Donbass. La loi russe sur la « propagande gay », si elle paraît moins cruelle que ses contreparties voisines, rend la vie des LGBT+ très difficile. Avec ce texte, voté en 2013 et officiellement nommé « Loi visant à protéger l’enfance des informations portant atteinte aux valeurs familiales traditionnelles », le gouvernement Poutine se montre par nature hostile aux droits des minorités sexuelles. Risquer un gel des relations diplomatiques en abordant le vaste sujet n'était pas à l'ordre du jour.

Depuis le 17 mai, la France est pourtant présidente du Conseil de l’Europe. Entité devant laquelle la Russie, malgré sa présence (le pays est revenu à son Assemblée parlementaire en juin dernier), est régulièrement condamnée.

Les purges continuent en Tchétchénie

« Les différentes ONG font constamment remonter les préoccupations concernant les droits humains, mais l'Elysée décide évidemment quels points sont prioritaires, affirme M. Tüller. On en est au point où l'on se dit que s'ils abordent le sujet des droits humains dans leur ensemble, c'est déjà ça. » Les droits LGBT+ sont l'étape au-dessus.

« Ce serait bien d’en refaire une priorité. En 2017, Poutine s'était engagé à faire toute la lumière sur les exactions des autorités locales en Tchétchénie, et Macron à rester vigilant. On lui demandait juste de suivre le dossier. » En 2019, si elles sont moins médiatisées, les purges continuent. En janvier, deux personnes auraient été tuées après avoir été torturées pendant des jours. Et les familles tchétchènes sont plus que jamais incitées à dénoncer leurs enfants.

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Ni enquête par les autorités fédérales russes, ni traduction devant la justice, n'ont été à signaler. Et les informations arrivant jusqu'à l'ouest de l'Europe sont forcément déformées. « L’excuse donnée est le maintien de la stabilité dans la région (…) Mais il faut une pression internationale forte pour empêcher ces atrocités. » déplore le représentant d'Amnesty International.

Néanmoins, tout n'est pas si décevant. « La France a fait des efforts, il faut les saluer. Le pays a accueilli des demandeurs d’asiles, notamment des Tchétchènes persécutés, y compris lorsque leurs passeports avaient été détruits par les autorités locales... Mais ça ne suffit pas », conclut-on à Amnesty.

Après le G7, qui a lieu du 24 au 26 août à Biarritz, Emmanuel Macron croisera à nouveau Vladimir Poutine à Moscou, où il se rendra en mai 2020 pour assister aux célébrations du 75ème anniversaire de la victoire sur l’Allemagne nazie. Peu de chance qu'il aborde lors d'un voyage en terres russes le sujet des LGBT+ persécutés.

Contactés par TÊTU, les services de l'Élysée n'ont pour l'instant pas donné suite à notre requête.

Crédit photo : Gérard Julien/Pool/AFP


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