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GayÉdouard, 21 ans, gay... et chef scout

Par Félicien Cassan le 27/08/2019
scout

Cet étudiant a décidé de se confier à TÊTU sur son coming-out au sein de l’organisation catholique. Loin, très loin des clichés. 

« Peut-on avoir des responsabilités officielles dans un mouvement catholique et prôner des opinions aussi contraires à l’enseignement de l’Église ?, se demandait, début août dans un éditorial à charge, le journal L’Incorrect. "Oui", répond sans hésiter Édouard, chef scout de 21 ans, qui a récemment pris position contre une partie de l'Église et des conservateurs sur Twitter. 

Pour Édouard, la visite du ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, aux scouts de France, lors d’un jamboree national (le nom des rassemblements scouts) à Jambville, fin juillet, a déclenché l'envie de s'exprimer. En effet, dans une lettre adressée au ministre, l’organisation mettait en avant la cause LGBT comme un des thèmes leur "tenant à coeur". Il n'en fallait pas plus pour faire réagir la branche la plus traditionaliste de l’Église, qui a cru y déceler la présence du désormais célèbre "lobby LGBT". 

Dans un retweet, Xavier Malle, l’évêque de Gap, se plaint alors : « Triste que l’idéologie LGBT soit présente dans ce beau rassemblement des scouts et guides de France ». C’est à ce moment là qu'Édouard décide d'intervenir : « La défense de l’égalité et des droits LGBT n’est pas une idéologie, Monseigneur ! », rétorque-t-il au prélat sur le réseau social, faisant indirectement un coming-out médiatique qui fera de lui la cible de la "fachosphère". 

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Il savait que son acte ne serait pas sans conséquences. Mais il ne voulait pas rester coincé entre les fantasmes de scouts censément passéistes et anachroniques, et ceux des conservateurs qui, effrayés par la modernité, sont incapables d’admettre que des parcours de vie différents sont possibles au sein de l’institution.

Scouts toujours... bienveillants ?

« Personnellement, je ne serais pas la même personne aujourd’hui si je n’étais pas devenu scout (…). Et maintenant, en tant que chef, les relations avec les jeunes sont privilégiées, ils peuvent se confier s’ils en ont envie. Cela permet en fait de grandir de façon bienveillante. » Loin des clichés de rigueur, de discipline et d'intégrisme que l'opinion publique peut parfois avoir sur ce mouvement de jeunesse.  

« Historiquement, on a toujours accueilli tout le monde, des gens venus d’horizons très variés, catholiques et personnes issues d’autres religions, hétérosexuels et homosexuels, Blancs, Noirs, Asiatiques et Arabes », assure Édouard. Le courant « traditionaliste » serait en fait minoritaire chez les scouts.

Le jeune homme confie même, au sujet de son coming-out et de son orientation sexuelle : "Le paradoxe, c’est que ça s’est toujours bien mieux passé au sein des scouts que dans ma famille. Même en devenant ‘chef’, cela n'a jamais posé aucun problème. Je ne l’affiche pas particulièrement, mais lorsque vous passez plusieurs semaines en camp, il y a forcément des moments où, entre chefs et cheftaines, on partage des éléments de sa vie personnelle." 

Feu de camp et première fois

Issu d’une famille aisée, catholique de droite, Édouard a pourtant intégré les scouts plutôt tardivement, contre l’avis de ses parents. « Ils n’étaient pas pro-scouts, mais mon meilleur ami l’était, alors à 14 ans je l’ai suivi. » Il apprend alors les feux de camp, la débrouillardise, explore la nature, et plus tard, y trouve même... l'amour, avec un autre garçon issu du scoutisme. 

« Ça ne s’est pas déroulé durant le camp d’été, mais juste après. On a continué à se voir pendant un moment. » Depuis, il a rencontré d’autres scouts homos, avec qui il a parfois eu des aventures. Un cas de figure apparemment courant dans cette communauté en shorts beiges : « La majorité des mes histoires se sont déroulées dans ce cadre. Il arrive souvent que des couples hétérosexuels se forment pendant les réunions et les camps, les gens se rencontrent et se marient, leurs enfants deviennent ensuite scouts. C’est la même chose chez les homos. » D'ailleurs, il en est sûr : dans plusieurs années, des couples homoparentaux  amèneront aussi leurs enfants chez les scouts.  

Faire avancer les mentalités

Même s’il parle en son nom propre et ne représente pas le mouvement, Édouard est sûr d’une chose : les scouts LGBT+  ne sont pas organisés en lobbies. D'ailleurs, ils ne sont pas organisés du tout. « Personne ne le revendique, ce n’est ni un choix ni une conviction politique (…). Les scouts de France n’ont pas de position officielle et homogène, il y a des gens de droite et de gauche, nous étions déjà en désaccord au sujet du mariage pour tous, c’est la même chose sur la PMA ou la GPA. Personnellement, je milite pour la PMA, mais ce n’est pas le cas de toutes mes connaissances. »

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Prenant à contrepied à la fois les opinions de l’Église et celles des anticléricaux, Édouard fustige les extrêmes. « L’Église catholique fait ce qu’elle veut, si elle a envie de se prononcer en fonction de ses valeurs, qu’elle le fasse. Les scouts sont simplement une association ayant pour but d’éduquer les jeunes, et cette éducation populaire concerne aussi bien le vivre-ensemble que l’environnement, les thématiques liées au genre ou la sexualité. »

« Quand je suis devenu chef, j’appréhendais d’aborder le sujet de ma sexualité, surtout que ça s’était mal passé dans ma famille. En plus, on entend des histoires d’éducateurs homos dénoncés par leurs pairs. Le scoutisme français a aussi connu des affaires de pédophilie, donc on a peur que les gens fassent l’amalgame. »

Si sa famille de coeur, celle des scouts, l’a toujours accepté sans problème, ce fut plus laborieux pour sa famille biologique. Pleurs et cris… « Ma mère l’a très mal pris », partage-t-il. Même si, aujourd’hui, il a renoué avec ses parents : « Ils ont grandi sur le sujet, et moi aussi », s’ouvre-t-il, déterminé à faire avancer les mentalités partout où il se trouve. Mi-août, il est reparti en camp à Jambville, où il aide à la formation des nouveaux chefs scouts. Pas seulement à construire un campement de fortune, mais aussi et surtout, à être tolérants.

Crédit photo : compte Twitter personnel