agressionGuilian, agressée à la Roche-sur-Yon : "J'ai vu au regard du flic qu'il n'en avait rien à faire"

Par Youen Tanguy le 18/10/2019
femme trans

Guilian, une jeune femme trans a été insultée et frappée samedi 12 octobre sur la place Napoléon, à la Roche-sur-Yon. Une enquête a été ouverte pour "violences en réunion en raison de l'orientation sexuelle" de la victime.

Guilian est encore sous le choc. Cette jeune femme trans de 21 ans a été insultée et agressée samedi 12 octobre sur la place Napoléon, à la Roche-sur-Yon. "Il était environ 23h et on se dirigeait vers la voiture avec des amies pour aller en boîte de nuit, raconte-t-elle à TÊTU. Nous sommes passées devant un groupe de quatre garçons qui m'ont interpellée en me demandant si je travaillais bien pour 'UberEats'".

Le groupe d'amies décide de s'éloigner et Guilian dit alors entendre des "insultes transphobes". "Je n'y ai pas prêté attention car j'ai l'habitude", souffle-t-elle. Selon ses propres déclarations, retranscrites dans sa plainte - que TÊTU a pu consulter - les jeunes hommes lui auraient lancé : "sale pédé" ; "espèce de gros travesti".

C'est à partir de là que les choses s'enveniment. "Un des garçons s'est avancé vers nous et une de mes potes s'est mise devant moi pour essayer de me protéger, raconte la jeune femme. Mais elle s'est fait pousser et le gars a commencé à me mettre des coups de poing au visage. Ensuite, il m'a fait une balayette et je suis tombée la tête la première au sol." Les coups continuent et un deuxième homme du groupe commence lui aussi à la frapper. Les deux individus finissent par fuir, laissant Guilian tétanisée.

"Je m'attendais à voir une vraie fille"

Les amies de la jeune femme contactent alors les policiers et les secours. Mais Guilian n'était pas au bout de sa peine. "Quand mon amie a appelé la police, elle a parlé de moi au féminin. Mais quand ils sont arrivés sur le lieu de l'agression, l'un des deux policiers a dit à ma pote à voix basse : 'Je m'attendais à voir une vraie fille'".

Elle est conduite à l'hôpital où elle reçoit trois jours d'ITT. Elle se décide à aller porter plainte le lendemain des faits. "J'ai bien vu au regard du flic qu'il n'en avait absolument rien à faire et qu'il voulait vite en finir". Guilian nous assure avoir prévenu les forces de l'ordre qu'elle était transgenre, pourtant, il n'en est fait mention nulle part dans sa plainte. "J'étais choquée lorsque j'ai lu ma déposition, mais je n'ai rien dit car je ne voulais pas devenir agressive."

Une affaire qui rappelle l'agression de Julia

Dans la plainte, que TÊTU a pu consulter, Guilian est genrée au masculin et appelée "Monsieur" car elle n'a pas encore changé de sexe à l'état civil. Conséquence : l'enquête du parquet a été ouverte pour "violences commises en raison de l'orientation sexuelle de la victime" et non de son "identité de genre", comme le permet la loi depuis le 18 novembre 2016 et l'introduction de l'identité de genre dans le code pénal.

Contacté par TÊTU, le vice-procureur de la République Yannick Le Goater confirme l'ouverte de l'enquête, précisant que la victime "est un homme qui portait des vêtements de femme et qui est homosexuel". Et d'ajouter : "Des propos homophobes auraient été tenus lors de l'agression".

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Une situation qui n'est pas sans rappeler celle de Julia, femme trans agressée place de la République à Paris. L'enquête avait initialement été ouverte pour violences en raison de l'orientation sexuelle. Un motif requalifié par le tribunal correctionnel au début de l'audience. Les violences dont elle avait fait l'objet avaient bien été infligées en raison de son "identité de genre".

"Il s'agit plutôt de méconnaissance que de transphobie"

Pour Magaly Lhotel, avocate traitant régulièrement d'affaires concernant les personnes trans', "il s'agit plutôt de méconnaissance que de transphobie".

"A partir du moment où la victime se détermine comme une personne transgenre, je ne vois pas comment on peut refuser cette qualification", nous explique-t-elle, ajoutant qu'un changement de genre à l'état civil n'est pas nécessaire pour que cette qualification soit retenue. D'autant plus que les infractions, en terme de sanctions, sont les mêmes".

Et concernant les "insultes homophobes" évoquées par le parquet ? "A partir du moment où l'on traite une personne trans de 'sale pédé', c'est transphobe", analyse-t-elle. 

Des éléments juridiques qui ne sont pas sans conséquences pour Guilian. "C'est pas facile, mais je garde la tête haute pour prouver à tout le monde que ça n'est parce que je me suis fait taper dessus que je vais me plier aux régles de la société. Ni laisser quelqu'un me dicter ce que je dois faire ou non avec mon corps." L'enquête se poursuit et aucune interpellation n'a pour le moment eu lieu.

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