CanadaPour Justin Trudeau, interdire les "thérapies de conversion" est une "priorité absolue"

Par Timothée de Rauglaudre le 17/12/2019
thérapies de conversion

Le Premier ministre canadien veut interdire au niveau fédéral les "thérapies de conversion". En mars, son gouvernement avait rejeté une pétition demandant cette interdiction.

Premier ministre du Canada depuis 2015, le libéral Justin Trudeau a dévoilé fin novembre son nouveau gouvernement. Un gouvernement minoritaire, qui l'oblige à tendre la main à l'opposition conservatrice. Heureusement, il semblerait que les droits LGBT+ ne passent pas à la trappe. Dans sa liste de "priorités absolues", Trudeau cite l'interdiction fédérale des "thérapies de conversion".

À LIRE AUSSI : Justin Trudeau, en larmes, présente les excuses du Canada aux LGBT discriminés

Dans une lettre au ministre de la Justice, le Premier ministre liste en effet vingt-et-une "priorités absolues" pour le pays. Parmi elles : "Travailler avec le ministère de la Diversité, de l'Inclusion et de la Jeunesse pour amender le code criminel pour interdire la pratique de la thérapie de conversion et prendre d'autres mesures nécessaires avec les provinces et les territoires pour mettre fin aux thérapies de conversion au Canada."

Une pétition rejetée en mars

Les pratiques visant à modifier l'orientation sexuelle ou l'identité de genre d'une personne sont déjà illégales pour les mineurs dans trois provinces canadiennes (dans le Manitoba et dans l'Ontario depuis 2015, en Nouvelle-Écosse depuis 2018) et pour les personnes de tout âge dans une ville (celle de Vancouver, depuis 2018 également).

À LIRE AUSSI : Voici ce que préconise le rapport parlementaire sur les « thérapies de conversion »

En mars 2019, Ottawa avait rejeté une pétition demandant l'interdiction fédérale de ces "thérapies". Lancée à l'automne 2018 par un militant LGBT+ et déposée en février dernier à la Chambre des communes par une députée de gauche, elle a à ce jour recueilli plus de 70 000 signatures en ligne. Le gouvernement fédéral avait alors argué que cette compétence relevait davantage des niveaux provincial et territorial.

Modifier le code criminel

En avril, un sénateur libéral a déposé un projet de loi visant à modifier le code criminel "afin d’ériger en infraction la publicité de services de thérapie de conversion offerts moyennant rétribution, ainsi que l’obtention d’un avantage matériel provenant de la prestation d’une thérapie de conversion à une personne âgée de moins de dix-huit ans".

À LIRE AUSSI : Un évêque français condamne les « thérapies de conversion »

Les "thérapies de conversion" y sont définies comme des "pratiques, traitements ou services visant à modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’un individu ou visant à éliminer ou réduire l’attirance sexuelle ou le comportement sexuel entre personnes de même sexe". À noter que les pratiques d'incitation à l'abstinence pourraient très bien être incluses dans cette définition, contrairement à ce qu'affirme la hiérarchie catholique en France. Finalement, en juillet, le gouvernement canadien est revenu sur sa fin de non-recevoir en assurant qu'il était "engagé à tout mettre en œuvre au sein de sa juridiction pour lutter contre les thérapies de conversion".

"Thérapies réparatrices"

Quatre ans plus tôt, la Société canadienne de psychologie avait tiré la sonnette d'alarme sur ces pratiques : "La conversion ou la thérapie réparatrice peut avoir des conséquences négatives, comme la détresse, l'anxiété, la dépression, une image négative de soi, un sentiment d'échec personnel, de la difficulté à maintenir des relations et un dysfonctionnement sexuel."

À LIRE AUSSI : Le fondateur d’une des plus grosses « thérapies de conversion » américaines fait son coming-out

En mai 2018, l'Alliance Arc-en-ciel, association LGBT+ québécoise, a publié un mémoire intitulé "Qui veut guérir l'homosexualité ? Les pratiques de réorientation sexuelle au Québec". Elle y dévoile la forte implantation, dans la province francophone, du mouvement "ex-gay" né chez les évangéliques américains.

Parmi les autres groupes actifs, l'association catholique pro-vie Campagne Québec-Vie, dont le président considère l'homosexualité comme un "désordre" et assume sa pratique de "thérapies réparatrices". À la suite de l'annonce des priorités de Justin Trudeau, l'association a réagi sur son site : "La thérapie de conversion est menacée. [...] Ce projet de loi pourrait détruire les organismes qui offrent de l’aide aux personnes aux prises avec des attirances désordonnées", s'inquiète-t-elle.

À LIRE AUSSI : Canada : les ultraconservateurs dénoncent l'engagement LGBT de Justin Trudeau

D'autres groupes existent, tels que Journey Canada, l'antenne locale du programme évangélique américain Desert Stream/Living Waters, qui s'est implanté en France sous de nom de Torrents de vie. L'association catholique Courage International, qui promeut l'abstinence pour les homosexuels, est présente dans cinq villes. En France, elle s'est implantée dans trois diocèses depuis 2014.