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Le nouveau gouvernement espagnol veut interdire les « thérapies de conversion »

En Espagne, après un accord de gouvernement avec la gauche radicale, le socialiste Pedro Sánchez va pouvoir rester Premier ministre. La coalition s'est engagée devant le Parlement à interdire les "thérapies de conversion" à l'échelle nationale. Les évêques et l'extrême droite de Vox, eux, soutiennent ces pratiques.

Qui de la France, de l'Allemagne, du Royaume-Uni, de la Belgique, de la Norvège ou de l'Espagne sera le deuxième pays européen, après Malte, à interdire les "thérapies de conversion" ? Dans tous ces États, en tout cas, une volonté politique a été exprimée par l'exécutif ou des députés de la majorité, le dernier en date étant le royaume hispanique. À la suite les élections de novembre dernier, le socialiste Pedro Sánchez devrait réussir à se maintenir à la tête du gouvernement grâce à un accord avec la gauche radicale de Unidas Podemos et à l'abstention négociée des indépendantistes catalans de ERC (Gauche républicaine de Catalogne).

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Une coalition inédite et bancale, qui devra composer avec une majorité relative, et non absolue, au Parlement, mais qui a de quoi donner de l'espoir aux Espagnols LGBT+. Déjà fin décembre, le texte de l'accord de gouvernement entre le PSOE (Parti social ouvrier espagnol) et Unidas Podemos, intitulé "Coalition progressiste, un nouvel accord pour l'Espagne", évoquait dans son paragraphe 5.12, baptisé "Un pays fier de sa diversité", un projet de loi contre les discriminations faites aux personnes LGBT+. Celui-ci inclurait "l'interdiction au niveau national de ce qu'on appelle les thérapies de conversion".

"Droit à la différence"

Interrogé par le site d'information El PluralRubén Lopez, porte-parole de l'association LGBT+ madrilène Arcópoli, s'est réjoui de cette promesse politique : "C'est une grande satisfaction. Nous revendiquions la nécessité de cette loi pour que soient interdites au niveau de l'État des pratiques fatales et que, de plus, des sanctions soient imposées à ceux qui les promeuvent." Si Malte est pour l'heure le seul pays européen à avoir interdit, en 2016, les "thérapies de conversion" à l'échelle nationale, celles-ci ont sont pénalisées dans quatre régions autonomes espagnoles : Madrid, l'Aragon, Valence et l'Andalousie.

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Dans son discours d'investiture au Parlement, Pedro Sánchez a répété cet engagement ainsi que d'autres mesures promises à destination de la population LGBT+, dans une tirade largement applaudie : "L'égalité ne signifie pas l'uniformité. Au contraire, pour être pleinement égalitaires, il faut reconnaître l'égalité des droits pour toutes les singularités. C'est pourquoi nous revendiquerons à tout moment la fierté de la diversité. Le droit à la différence. Nous adopterons une loi globale pour l'égalité de traitement et la non-discrimination. Nous adopterons une loi contre la discrimination des personnes LGBTI, y compris l'interdiction nationale des prétendues thérapies d'inversion." Le socialiste promet aussi de faire adopter la première loi pour l'inclusion des personnes transgenres dans toutes les sphères de la société espagnole.

Les "thérapies de conversion", l'Église et Vox

Ces mots faisaient directement suite à un tacle à l'Église catholique, sous les huées d'une partie de la droite : "Dans un État non confessionnel, il est insensé qu'une confession soit au-dessus de la loi ou jouisse de privilèges qui portent atteinte au principe de légalité et au principe d'égalité." Et le futur Premier ministre de promettre la facilitation de recouvrement de certains biens acquis de manière illégitime par l'Église.

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L'enchaînement des deux thématiques du programme de la "Coalition progressiste" est-il un hasard ? Pas si sûr. Depuis quelques années, des activistes et médias ont rendu visibles ces pratiques de "guérison" de l'homosexualité, qui ont souvent lieu dans des milieux chrétiens fondamentalistes, en parallèle d'une montée de l'extrême droite, très liée à la religion en Espagne. En avril dernier, une polémique avait éclos après que l'évêque d'Alcalá de Henares, près de Madrid, organisait via le centre diocésain Regina Familiae des accompagnements thérapeutiques visant à "guérir" l'homosexualité - pourtant illégaux dans la région. L'un des documents recommandé lors de ces accompagnements est un livre de Joseph Nicolosi, psychologue clinicien inventeur autoproclamé des "thérapies réparatrices", décédé en 2017 mais qui continue d'inspirer des thérapeutes et associations dans le monde entier.

"Lois totalitaires"

Immédiatement, la Conférence épiscopale a apporté son "soutien et affection" à l'évêque d'Alcalá et au centre diocésain qui pratique ces accompagnements. En septembre, un responsable de la communication du diocèse de Getafe, près de Madrid là encore, défendait dans une vidéo Elena Lorenzo, une "coach" qui propose aux homosexuels de les "guérir", notamment à travers des applications de rencontres comme Grindr. Il avait au passage fustigé l'interdiction légale de ces pratiques, qui irait "à l'encontre de la liberté des personnes".

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Sur ce point, il rejoint Vox, ce parti d'extrême droite qui a fait son entrée cette année aux Parlements espagnol et européen. En 2016, plusieurs personnes devenues députés de la formation politique avaient signé avec des associations catholiques et "pro-vie" le manifeste "Plateforme pour les libertés", qui s'oppose aux "lois interdisant de subir une réorientation de ses penchants sexuels". Le texte s'attaquait aux "lois totalitaires" qui "imposent la doctrine du lobby LGBT". En outre, le numéro trois du parti aux dernières élections à Tarragone, en Catalogne, était un pasteur évangélique, Jordi Fernández Martínez, dont la communauté religieuse défend la "prophylaxie sexuelle" pour les gays et les lesbiennes...

 

Crédit photo : psoe extremadura / Wikimedia Commons


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