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Viol « punitif » lesbophobe : le caractère homophobe n’a pas été retenu

Une jeune lesbienne avait été violée et frappée en 2017 après avoir éconduit un jeune homme. Celui-ci a été condamné à quinze ans de prison par les assises de Bobigny... sans reconnaissance du caractère homophobe des faits.

Il a été entendu deux ans et demi après les faits. Vendredi 6 mars, Nidhal Tarhouni, un jeune homme de 24 ans a été condamné à quinze ans de prison par la cour d'assises de Seine-Saint-Denis, à Bobigny, a indiqué l'AFP citée par BFMTV.com. Une peine qui correspond aux attentes de l'avocate générale Maylis de Roeck, estimant qu'il s'agissait d'une "punition de l'homosexualité". En revanche, alors qu'elle avait demandé une condamnation pour "viol en raison de l'orientation sexuelle", le caractère homophobe de l'agression n'a pas été reconnu par la justice.

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La plaignante, Jeanne*, âgée de 30 ans à l'époque, avait rencontré son agresseur durant la nuit du 8 octobre 2017, place de la République à Paris, au cours d'une soirée alcoolisée. Face à ses avances, elle lui avait précisé qu'elle était lesbienne. Elle était finalement rentrée dans son appartement de Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis, accompagnée de ce jeune homme. Avait alors commencé un rapport sexuel, avant que Jeanne se ravise. Le jeune homme s'était alors mis à l'insulter - "Ah, tu kiffes les meufs, je vais te faire kiffer" -, avant de la frapper et de la violer pendant près de deux heures.

10 % des lesbiennes victimes de viol

"Il m'a prise par les cheveux, m'a jetée sur le lit et a commencé à m'étrangler, a-t-elle raconté jeudi 5 mars à la barre. Je me suis dit : "C'est la mort". Et puis il a commencé à me violer. J'ai littéralement senti mon corps craquer." Les experts médicaux avaient constaté de "très nombreuses plaies sur l'ensemble du corps", un tympan perforé et des ecchymoses au niveau du cou et du thorax, valant à Jeanne vingt jours d'Incapacité totale de travail (ITT). D'après Le Monde, Me Maylis de Roeck a rappelé que 10 % des lesbiennes disaient avoir été victimes de viol, contre 4 % des femmes hétérosexuelles : "On ne peut pas faire semblant de ne pas comprendre."

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"Est-ce que n'importe quelle femme qui se refuse à lui, il l'aurait violée ? a demandé l'avocate générale. Non, c'est car elle refuse son sexe d'homme qu'il la viole." De son côté, l'avocat de l'accusé a affirmé que les gestes de son client étaient "à des années lumière d'un acte homophobe". L'avocate générale a aussi fait référence à un procès mené par la figure féministe Gisèle Halimi en 1978, au cours duquel elle avait défendu deux jeunes campeuses lesbiennes violées par trois hommes dont elles avaient refusé les avances - et qui avaient d'abord été condamnés pour "coups et blessures". La représentante du magistère public a estimé qu'on n'était "manifestement pas allé au bout" de la réflexion sur les agressions lesbophobes.

*Le prénom a été modifié

 

Crédit photo : Pixinio


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