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Après son outing, un abbé suisse doit renoncer à prendre la tête de la cathédrale de Fribourg

L'abbé Alain Chardonnens devait prendre la tête de la cathédrale de Fribourg. Un magazine suisse a révélé qu'il avait des relations sexuelles avec des hommes, en dépit de son vœu de chasteté.

Un coming-out forcé. L'Illustré, un magazine suisse à tendance catholique, a révélé que l'abbé Alain Chardonnens du diocèse de Fribourg, Lausanne et Genève en Suisse, avait des relations sexuelles avec des hommes via l'application de rencontres Planet Romeo, sur laquelle il se montrait dans son plus simple appareil. L'homme de 46 ans devait remplacer l'abbé Paul Frochaux le 1er septembre, mais sa nomination serait compromise après cet outing, qui va à l'encontre de son voeu d'abstinence. Des précédents autrement plus graves ont déjà ébranlé le diocèse. Frochaux lui-même a dû démissionner après un scandale d'abus sexuels sur mineurs. Et un autre candidat à sa succession a également dû se retirer après des soupçons d'abus sexuels.

"Je ne devais pas rompre mes engagements"

L'abbé Chardonnens a écrit une lettre reproduite dans le journal suisse. Il y explique avoir été abstinent de 20 à 40 ans. Mais aussi qu'il a rompu son voeu d'abstinence lorsqu'il est arrivé à Genève, il y a six ans. "J’ai été abstinent pendant plus de vingt ans. Ce n’est qu’après mon arrivée à Genève que je me suis inscrit sur un site de rencontre. (…) Je sais, dans mon intelligence, que je ne devais pas rompre mes engagements, mais pourtant. Est-ce la crise de la quarantaine ?", écrit-il.

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Il revient ensuite sur le devoir de chasteté. "Ma présence sur ce site et les rencontres qui en ont découlé ne sont pas compatibles avec mon engagement. Je me suis perdu. (...) J’ai voulu arrêter, vraiment. J’ai consulté un psychothérapeute pour m’y aider. Malheureusement, il ne m’a pas permis de trouver les réponses nécessaires (...) Quant à la règle du célibat, je reste convaincu qu’elle est belle et bonne, même si je n’ai pas réussi à la respecter", poursuit-il.

"Un temps de retraite"

L'évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, Mgr Charles Morerod explique avoir "proposé à l'abbé un temps de retraite pour discerner son avenir et remonter un ressort spirituel, avec un accompagnement psychologique (sic) destiné à l’aider d’une part à gérer l’impact de cette révélation, d’autre part à découvrir comment vivre pleinement ses engagements avec ses pulsions sexuelles telles qu’elles sont identifiées".

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L'abbé est connu pour être conservateur, dans la mouvance du pape Jean Paul II. Le prédécesseur de Benoît XVI a pris des positions particulièrement LGBTphobes, considérant l'homosexualité comme "contraire à la loi naturelle". Le journal catholique indique que le pape "avait lancé naguère une croisade contre les gays en stigmatisant l’homosexualité". En voyage en Ouganda en 1993, alors particulièrement touché par le VIH, Jean Paul II déclarait "la chasteté est l'unique manière sûre et vertueuse pour mettre fin à cette plaie tragique qu'est le SIDA".

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En Suisse comme en France, l'outing peut constituer une violation de la vie privée, et donc une infraction. Mais l'outing d'une personne publique peut parfois trouver grâce aux yeux de la justice "si l’information est vraie et qu’elle présente un rapport étroit avec la fonction de cette personne" selon une brochure de l'université de Genève. Une affaire qui devrait interroger sur l'homosexualité dans l'Eglise, mais surtout, sur les voeux (pieux?) de chasteté des ecclésiastiques...

 

Crédit photo : Wikimedia commons / Abaddon1337


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