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L’armée allemande reconnaît avoir discriminé les homosexuels pendant des décennies

L'armée allemande reconnaît avoir discriminé les homosexuels entre 1955 et 2000. Une loi doit réhabiliter des militaires rejetés. "Je présente mes excuses aux personnes concernées", a déclaré la ministre de la Défense.

Un mea culpa de l'armée extrêmement rare. Annegret Kramp Karrenbauer, la ministre des Armées allemande tient à réparer une faute historique : entre 1955 et 2000, les homosexuels ont été massivement discriminés. Une loi doit être annoncée prochainement pour réhabiliter ces militaires. "Le comportement de l'armée en matière d'homosexualité a été mauvais. Je regrette beaucoup cette pratique et présente mes excuses aux personnes concernées", déclarait la ministre en septembre.

Entre 1955 et 1969, l'homosexualité entraînait systématiquement l'expulsion des soldats. Combien ? Aucun chiffre n'a été dévoilé, mais un rapport du lieutenant-colonel Klaus Storkmann rapporte 60 témoignages. Parmi eux, cité par La Croix, celui de Dierk Koch. Aujourd'hui âgé de 77 ans, il s'engage en 1962 alors qu'il n'a que 18 ans.

Du jour au lendemain, sans abris ni moyen financier

Deux ans plus tard, il est convoqué par son supérieur. "Il n’a pas prononcé le mot d’homosexualité mais m’a annoncé que l’armée ne pouvait pas envoyer à travers le monde un soldat 'impliqué dans une telle chose'. Je me suis retrouvé du jour du lendemain sans abris, sans moyen financier et dégradé de la Bundeswehr", raconte-t-il dans le quotidien catholique.

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Ces témoignages de discriminations sont nombreux. Chris raconte à la Deutsche Welle que des examens médicaux forcés étaient couramment pratiqués. Lui a quitté l'armée en 1992 après avoir été "examiné" lorsqu'il a évoqué son homosexualité.

Des discriminations jusqu'en 2000

En 1970, les discriminations n'étaient plus systématiques mais elles ont duré au moins jusqu'en juillet 2000, date à laquelle la Cour constitutionnelle a rendu une décision qui fait jurisprudence, raconte La Croix. "Les soldats étaient recalés aux examens d'officiers. En gros, vous aviez le droit d'être soldat, mais pas de faire carrière. Cette situation a fait peser une énorme pression sur ces hommes qui ont caché leur homosexualité. Il aura fallu une génération pour arriver à ces changements", explique Klaus Storkmann.

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La loi que la ministre doit annoncer prochainement doit comporter une réhabilitation formelle des soldats qui ont été poursuivis en justice parce qu'homosexuels. Mais aussi une compensation financière à ceux qui ont été licencié pour cette raison. "Il sera impossible de trouver chaque victime de discrimination à une échelle historique. Nous ne pouvons pas corriger toutes les injustices", a regretté Annegret Kramp-Karrenbauer.

"La crainte reste présente"

"Aujourd'hui encore, la Bundeswehr n'est pas exempte de discrimination, nous sommes sur la bonne voie", a reconnu la ministre. Pour le président de l'association LGBT+ QueerBw, "beaucoup de choses ont changé", mais "il n'est pas toujours facile de faire remonter les plaintes. La crainte reste présente. Les soldats se demandent encore si leur homosexualité nuira à leur carrière". D'autant que parmi les 200 généraux de l'armée, aucun n'est ouvertement homosexuel.

L'Armée française est loin d'être plus accueillante envers les militaires LGBT+. Dans son nouveau numéro, TÊTU publie une grande enquête sur l'homophobie au sein de l'armée.

Crédit photo : Tim Rademacher / Wikimedia commons


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