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L’Assemblée vote 90.000 euros d’aides pour les travailleurs·ses du sexe et appelle à des mesures immédiates

Les députés ont voté un amendement au projet de loi de finances 2021 qui prévoit 90.000 euros pour la prévention auprès des travailleurs·ses du sexe. Ils appellent également le gouvernement à des mesures de soutien pour les protéger pendant le reconfinement.

Le réquisitoire est salé. "Le secrétariat d'État chargé de l'égalité entre les hommes et les femmes s'est révélé incapable d'apporter une réponse adaptée à la précarité accrue des personnes en situation de prostitution", écrivent des députés de la majorité dans un amendement au projet de loi de finances 2021. Cet amendement, qui a été adopté le lundi 2 novembre, prévoit une augmentation de 90.000 euros aux associations qui font de la prévention auprès des travailleurs·ses du sexe (TDS). Mais ce coup de pouce n'interviendra pas avant 2021.

Budgets en baisse

Ce texte ne concerne pas des mesures immédiates, puisqu'il s'inscrit dans le projet de loi de finances de l'année prochaine. "Ce vote est symbolique, mais il a montré la volonté de l'Assemblée d'agir. Il doit encourager le ministère [de l'Égalité] à prendre des mesures rapides", indique à TÊTU Raphaël Gérard qui a défendu cet amendement. Le député souligne que jusqu'alors "le budget alloué aux actions destinés à œuvrer en faveur de la santé sexuelle, et plus particulièrement pour lutter contre l'épidémie de VIH-sida était en baisse de 4% (soit 20.000 euros de baisse) pour 2021".

Entre 2016 et 2018, les associations de santé communautaire ont vu leurs crédits de la direction générale de la santé fondre de près de 70.000 euros. Raphaël Gérard regrette que les maigres aides qui sont accordées directement aux TDS restent conditionnées à l'engagement dans un parcours de sortie de la prostitution. "Cette approche moralisante tue", indique-t-il.

Des associations "en première ligne"

"Les associations se sont retrouvées en première ligne dans l'accompagnement social et matériel de ce public vulnérable, notamment du fait des liens de confiance noués avec les travailleuses du sexe", indique l'exposé des motifs de l'amendement. De nombreuses associations se sont retrouvées sans activité, sans filet de sécurité et n'avaient pas accès aux aides proposées aux salariés et aux indépendants. Des TDS n'avaient pas le choix : elles devaient poursuivre leur activité, au risque d'augmenter les risques de contamination. "On va avoir des mortes et tout le monde s’en moque", s'inquiétait Anaïs de Lenclos, porte-parole du Syndicat du travail sexuel, auprès de TÊTU.

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Les députés désormais font le triste constat que ces alarmes n'ont pas été entendues. Lors de la première vague de l'épidémie au printemps, trois femmes trans séropositives suivies par Acceptess-T sont mortes du VIH ou du Covid-19. Alors que le pays est de nouveau confiné, les associations qui accompagnent les TDS interpellent le gouvernement pour ne pas qu'il réitère ces erreurs.

Création d'un fonds d'urgence

Les associations demandent d'abord la création d'un fonds d'urgence pour compenser la perte de revenus liée au confinement. Ensuite, elles souhaitent un moratoire sur les amendes, la pénalisation des clients et les arrêtés anti-prostitution. Elles exigent également un soutien financier aux associations qui oeuvrent au maintien dans le logement et apportent des colis alimentaires. Enfin, elle implorent la régularisation des TDS sans-papiers qui n'ont pas accès à l'économie formelle (le salariat déclaré, par exemple).

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Après une rencontre avec les associations qui s'occupent des problématiques concernant les personnes LGBT+, le gouvernement a annoncé une "réflexion en cours", concernant ce type de mesures à destination des TDS.

https://twitter.com/Fred_Colby/status/1323276219782172674?s=20

 

Crédit photo : Jose Pereira


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