La ville de Paris rend hommage à Adrienne Monnier, libraire lesbienne de l’entre-deux guerres

La ville de Paris a voté la mise en place d'une plaque pour rendre hommage à Adrienne Monnier. Cette libraire lesbienne fût, avec sa compagne Sylvia Beach, le cœur battant de "l'Odéonie" qui anima la vie littéraire de l'entre-deux guerres.

Ce mercredi, le Conseil de Paris a voté un hommage à Adrienne Monnier. Une plaque sera apposée sur la façade du 7 rue de l'Odéon, où se situait sa librairie la Maison des amis des livres. Entre les deux guerre, cette libraire a été au coeur de la vie littéraire. Adepte de littérature contemporaine, elle a défendu des ouvrages, comme les Caves du Vatican d'André Gide (aujourd'hui un classique) qui n'étaient vendus qu'à une centaine d'exemplaires. Le Monde la qualifie de "sainte patronne des libraires".

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À 23 ans en 1915, cette jeune femme lesbienne fonde la Maison des amis des livres. Pourtant modeste, elle utilise les 10.000 francs d'indemnisation qu'elle reçoit à la mort de son père victime d'un accident de chemin de fer. Son intuition : créer des abonnements pour donner un accès au livre au plus grand monde. "À l’époque, une librairie était souvent un éditeur mais aussi un endroit silencieux, poussiéreux où l’on vient seulement acheter des livres. Adrienne Monnier change complètement cela", raconte dans les colonnes de Libération Laure Murat, sa biographe.

"La petite arche de la rue de l'Odéon"

La libraire organise des débats, des lectures, des conférences et des revues. Rapidement, Adrienne Monnier devient l'actrice incontournable de la vie éditoriale. Nathalie Sarraute, Colette, Simone de Beauvoir, Louis Aragon, Walter Benjamin, Jules Romains, Paul Claudel, Jacques Prévert... achètent ici leurs livres et forment "l'Odéonie". C'est simple, "on ne pouvait pas prétendre appartenir à la république des lettres sans passer par cette petite arche de la rue de l'Odéon", remarque l'Obs. Sa compagne, Sylvia Beach dirige la célèbre Shakespeare and Company, non loin d'ici. Elle y fait venir Gertrude Stein, Ernest Hemingway, Scott Fitzgerald...

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Les deux femmes étaient réservées sur leur vie privée, même si des coupures de presse décrivent Adrienne Monnier comme "la jeune fille aux cheveux courts mais aux idées longues", selon Laure Murat citée par le quotidien de gauche. Sa boutique, c'est l'annexe de la Nouvelle revue française, l'extension de la Sorbonne. Cette libraire avait décidé d'aider de nombreux réfugiés antinazis. Pendant la guerre, sa librairie permet d'échapper à l'horreur. En mars 1941, Adrienne Monnier souffla les 25 bougies de sa boutique. Quatre ans après la fermeture de la librairie, elle met fin à ses jours en 1955, pointe le Bulletin des bibliothèques de France.

"En 2003, il ne restait rien de son souvenir"

Depuis 17 ans, Laure Murat se bat pour que la mairie reconnaisse l'apport de cette libraire et se bat pour qu'un hommage lui soit rendu. "L’ancienne boutique d’Adrienne Monnier est restée une librairie jusqu’en 1996 avant de devenir un salon de coiffure. En 2003, il ne restait rien de son souvenir", regrette l'historienne Laure Murat. En 2003, l'autrice de Passage de l’Odéon écrit une lettre au maire de l'époque, Bertrand Delanoë. Elle s'étonne que la Société des amis de James Joyce reconnaisse la mémoire de Sylvia Beach qui a édité Ulysse, mais rien pour sa compagne qui a portant traduit le livre en Français. "La France n'est jamais pressée de reconnaître le rôle des femmes dans la littérature. Les pouvoirs publics sont d'une lenteur ahurissante sur ces sujets en comparaison du monde anglo-saxon", poursuit-elle.

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Si le Conseil de Paris votera la mise en place d'une plaque commémorative, l'hommage devra attendre, crise sanitaire oblige. "À travers Adrienne Monnier, Paris rend hommage à tous les libraires", indique à Libération Laurence Patrice, adjointe en charge de la mémoire.

 

Crédit photo : The Greta Shiller / Paris Was A Woman


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