Paris nomme un jardin en hommage à Monique Wittig, pionnière du MLF et militante lesbienne

La mairie de Paris propose qu'un jardin porte le nom de la pionnière du MLF, Monique Wittig. Cette romancière et lesbienne révolutionnaire est une figure clef du militantisme radical.

"Il est important de rééquilibrer les noms des rues", assure Jean-Luc Romero-Michel, l'adjoint aux discriminations à la mairie de Paris. Lors d'un conseil municipal qui s'est tenu jeudi 8 octobre, Jean-Luc Romero-Michel a proposé d'honorer la romancière et militante lesbienne révolutionnaire Monique Wittig. L'adjoint propose que la pionnière du Mouvement de Libération des femmes (MLF) donne son nom à un jardin dans le XIVe arrondissement.

Faire oublier le couac Hocquenghem ?

Est-ce pour faire oublier le couac Hocquenghem, dont la plaque, dans le même arrondissement, a été déboulonnée à la suite d'actions féministes ? "Cette proposition est faite par une commission, ça ne tombe pas du ciel", élude Jean-Luc Romero-Michel. "C'est une femme qui est connue dans notre pays, mais une femme aussi internationalement connue pour son travail littéraire, c'est une grande militante du MLF et une des investigatrice (l'élu veut dire instigatrice, ndlr) du 'Manifeste des 343 salopes', elle a déposé à l'Arc de triomphe une gerbe à la mémoire de plus inconnue que le soldat inconnu : sa femme".

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Enterrer la hache de guerre avec les féministes radicales

Cette proposition est interprétée par certain.e.s comme une tentative d'apaisement entre la mairie de Paris et des militantes féministes radicales, notamment Alice Coffin et Raphaëlle Rémy-Leuleu, deux élues EELV qui font partie de la majorité. Ces deux conseillères de Paris avaient exigé la démission de Christophe Girard, reconduit comme adjoint à la Culture après la réélection d'Anne Hidalgo.

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Monique Wittig est l'une des figures clefs du militantisme de ces deux élues. Cette année, elles ont rendu hommage aux 50 ans du dépôt de gerbe, qui a donné naissance au MLF. Ce 26 août dernier, Alice Coffin regrettait que les activistes féminines du MLF ne soient pas assez enseignées. "Je ne comprends pas qu'il n'y ait pas des séries, des fictions, des documentaires qui soient consacrés au MLF. (...) Il y a besoin d'écrire et de réécrire cette histoire", déclarait-elle. D'autres militants font remarquer que plus que des noms dans l'espace public, les associations réclament l'ouverture d'un centre d'archives LGBTQI, également promis par la mairie.

À propos de l'imbroglio entre la mairie et Alice Coffin, Suzette Robichon, co-présidente de l'association des ami·es de Monique Wittig note que "cela fait maintenant plusieurs mois que cette dénomination était en cours et prévue".

Une universitaire du genre

Monique Wittig dénonçait un féminisme qui mythifie la féminité. En 1978, elle déclarait  que "les lesbiennes ne sont pas des femmes". Pour elle, la différence des sexes n'est qu'une fiction politique dans un environnement hétéronormatif, indique France Culture. Cette formule l'ostracise en France. Sa pensé trouve refuge aux États-Unis où elle enseigne le français et les études féministes à l'université de Tucson. L'universitaire a notamment beaucoup travaillé sur la grammaire car, disait-elle, il faut "dérober au masculin l’universalité". Son recueil d'articles féministes La Pensée straight la rend célèbre. Et la chercheuse devient une icône à partir des années 1990 et l'explosion des études de genre.

 

Crédit photo : Capture d'écran INA


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