défenseur des droitsLa Défenseure des droits alerte sur l'augmentation des discriminations au travail

Par Nicolas Scheffer le 01/12/2020
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Dans un baromètre, la Défenseure des droits dresse un constat alarmant : seul un gay ou bi sur trois déclare n'avoir jamais été l'objet de discriminations au travail.

Malgré une prise de conscience de certains directeurs des ressources humaines, l'entreprise reste un lieu où se perpétuent les discriminations. Selon le dernier baromètre du Défenseur des droits publié ce mardi 1er décembre, 42% des personnes actives ont déclaré être témoin de discriminations au travail. Ce chiffre est en forte augmentation (+8%) et les personnes LGBT+ sont particulièrement concernées.

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Une personne sur quatre (26%) pense que les personnes LGBT+ sont "souvent" ou "très souvent" discriminées en fonction de leur orientation sexuelle, selon les résultat du 13ème baromètre sur la perception des discriminations au travail. Ils sont 54% supplémentaires à penser que ces personnes sont discriminées "rarement" ou "parfois". Au total, seuls 17% des sondés avancent que les LGBT+ ne sont "jamais" sujets de traitements défavorables. Lorsqu'on interroge les personnes concernées, ce chiffre grimpe. Pour quatre homos ou bis sur dix (39%) les discriminations liées à l'orientation sexuelle se produisent "souvent" ou "très souvent". Seul un homme gay ou bi sur trois (30%) déclare n'avoir jamais été l'objet de propos homophobes au travail.

Les discriminations au travail en hausse

Au travail, les discriminations (racisme, physique, genre...) avaient tendance à baisser jusqu'en 2012. Malgré une meilleure visibilité, elles sont maintenant en augmentation. 42% des actifs déclarent avoir été témoin de discrimination au travail, contre 34% en 2012. Au travail, un actif sur trois (29%), dit avoir déjà été témoin d'un acte discriminatoire en raison de l'orientation sexuelle ou de l'identité de genre. Conséquence : seuls 43% des LGBT+ sont out auprès de tous leurs collègues (contre 54% en 2018), selon la dernière étude du Boston Consulting Group pour TÊTU.

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Crédit photo : Capture d'écran baromètre défenseur des droits

Les préjugés ont la vie dure. 17% des répondants déclarent être moins à l'aise avec un·e collègue transgenre, 12% si le collègue en question est atteint d'une maladie grave. Une petite lueur d'espoir, la parole semble s'être libérée. Seulement 5% des travailleurs discriminés déclaraient l'être en fonction de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre. Ils sont maintenant 37% à citer ces critères comme étant facteur de discrimination. Et les salariés ne sont plus que 3% à se dire mal-à-l'aise à l'idée d'avoir un·e collègue homo.

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Les sanctions rarement appliquées

En revanche, le baromètre constate que ces discriminations s'inscrivent dans le quotidien. Et les ressources humaines ne les prennent pas suffisamment en compte. Quand on leur demande comment les discriminations se manifestent, trois personnes victimes sur quatre (74%) disent l'être dans leur travail au quotidien. Une sur deux déclare avoir du mal à avancer dans sa carrière (56%). D'autant que les faits ne sont pas encore assez sanctionnés, alors même qu'ils sont rapportés à la direction ou à l'encadrement une fois sur deux (53%) !

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Selon les sondés, seuls 9% des cas ont conduit à une sanction, une mutation ou au licenciement de l'auteur des discriminations. Seulement 18% des personnes discriminées déclarent avoir obtenu une réparation de leur préjudice. Régulièrement même, la dénonciation d'une discrimination se retourne contre la victime : une personne discriminée sur cinq (19%) a été licenciée ou n'a pas vu son contrat renouvelé.

Des chiffres "très préoccupants"

L'institution qualifie l'ensemble de ces chiffres de "très préoccupants". "L'ampleur de ce phénomène rappelle l'importance pour les entreprises et les administrations de s'engager pleinement dans la lutte contre les discriminations au travers de plans annuels structurés et évalués périodiquement", appelle Claire Hédon, à la tête de l'institution. Le document rappelle qu'il est de l'obligation de l'entreprise de protéger ses salariés des discriminations. Régulièrement, les DRH interrogés par TÊTU indiquent qu'au-delà du climat sain pour l'entreprise, la lutte contre les discriminations permet d'être un levier de performance. Pour bien travailler, il est nécessaire d'être à l'aise dans son environnement de travail. C'est encore malheureusement très loin d'être le cas partout.

 

Pour lire le baromètre en entier.

 

Crédit photo : Tim Gouw / Unsplash