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L’association des journalistes LGBTI dénonce l’homophobie dans les « Grosses têtes »

L'association des journalistes LGBTI a comptabilisé 66 propos LGBTphobes en un mois d'écoute des "Grosses têtes" sur RTL. L'AJL reproche à Laurent Ruquier de reproduire un environnement hostile aux minorités.

"Elle gueule comme une goudou, elle marche comme un routier, je vous dis, elle a changé Christine Bravo !", lâche Jeanfi Janssens au micro de RTL, sous les rires des "Grosses têtes". "Si elles sont transgenres, elles ne se laissent pas pousser la barbe !", se moque Christine Bravo aux côtés de Laurent Ruquier. Le 5 octobre, une auditrice confond Steevy Boulay et Jeanfy Janssens, deux sociétaires ouvertement homos. "Elle a confondu les pédés ! Elle s’est trompée de tapette !", se gausse Jeanfi Janssens.

L'Association des journalistes LGBTI+ (AJL) a sorti sa calculette pour dénoncer des propos problématiques tenus dans l'émission culte de RTL, animée par Laurent Ruquier. Sur 24 émissions, 83% comptabiliseraient des propos LGBTphobes et 66% des propos discriminants. La présence de personnalités ouvertement homosexuelles n'y change rien. "De 'pédé' à 'enculé' en passant par 'pédale' ou encore 'tata' et 'tapette', nous avons pu noter une récurrence affolante des insultes homophobes", note l'AJL dans son enquête. Ces propos seraient notamment tenus par des homme gays.

Hypersexualisation des gays

Un rôle qui serait attribué régulièrement à Jeanfi Janssens. Selon l'AJL, il joue le "gay obnubilé par le sexe". Une caricature entretenue, selon l'association, par Laurent Ruquier. Le présentateur le qualifierait de “Grosse Tête qui a toujours rêvé d’être  Première dame, mais on ne trouve pas facilement un futur président sur Grindr !”. L'association compte des remarques systématiques à la sexualité de l'humoriste, "le seul qui manifestera contre les rassemblements de moins de dix personnes dans les parcs". Il aurait également "arrêté de prendre sa température après la disparition de cinq thermomètres".

"Ce qui pose ici problème, c’est l’hypersexualisation des gays, cette tendance à les définir, à les représenter uniquement par le biais de leur sexualité. D’autant que, encore une fois, cette sexualité n’est bien souvent évoquée que dans le but de la dénigrer ou de s’en moquer. Comment, ensuite faire comprendre à ses collègues de travail ou ses camarades de lycée que ces attitudes et ces mots peuvent être blessants, stigmatisants ? Comment, dans un dîner de famille, ne pas passer pour un·e rabat-joie coincé·e lorsque l’on ne rit pas à la trentième blague de tonton Michel sur nos fesses et ce qu’on en fait ? Une fois encore, Les "Grosses têtes" rigolent et nous payons les pots cassés", écrit l'AJL.

159 remarques sexistes en un mois

Mais aussi, l'AJL déplore une explosion de remarques sexistes et une banalisation de la culture du viol par les chroniqueurs de Laurent Ruquier. L'association en compte pas moins de 159, entre le 21 septembre et le 23 octobre, soit plus d'une par émission. "Ménagères, putains, trop grosses ou trop moches, stupides, les femmes y sont constamment ciblées en raison de leur genre", remarque l'association. En moyenne, une remarque sexiste est entendue par les 2 millions d'auditeurs de la radio toutes les 11 minutes.

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Par exemple, le 15 octobre, Jérémy Ferrari se félicite d'être entouré de "femmes de". "C’est vrai qu’on a quand même beaucoup de femmes ou d’ex-femmes de gens très très importants, mais on ne désespère pas, un jour, d’avoir aussi des gens importants", dit-il. L'association remarque que les femmes sont régulièrement insultées de "putes" et que leur physique est systématiquement commenté. L'AJL regrette également que les femmes soient moquées pour leurs capacités intellectuelles, alors qu'aucun homme ne fait preuve de cette auto-dérision. L'association cite le Haut conseil à l'égalité : "ces propos sexistes ont de nombreuses conséquences sur les femmes, psychologiques d’abord, comme des tendances à la dévalorisation, à l’autocensure et à la baisse de l’estime de soi, mais aussi physiques, telles que des troubles alimentaires, de la fatigue, des mutilations ou même des problèmes d’ordre sexuel".

L'association conclut : "avec en moyenne 19 propos discriminants par émission, il ne s’agit plus d’un accident de parcours, mais d’un acharnement dissimulé derrière le rire. L’AJL enjoint les Grosses têtes à réfléchir à leur "responsabilité dans la propagation des discours de haine."

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Crédit photo : capture d'écran RTL / Kervin Portelli 


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