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cinémaFaut-il regarder "The Prom", la comédie musicale de Ryan Murphy pour Netflix ?

Par Florian Ques le 10/12/2020
the prom

Pas de place au doute : le dernier projet de Ryan Murphy, toujours en collaboration avec le géant du streaming, est probablement le film le plus queer de l'année. Mais est-il le meilleur ? C'est bien là que les choses se compliquent.

Prolifique. Voilà le qualificatif qu'on utilise volontiers, presque instinctivement, pour décrire Ryan Murphy. En l'espace d'une seule année, le producteur prisé par le tout-Hollywood aura inauguré pas moins de sept nouveaux projets, dont six pour Netflix. En effet, il aura honoré son deal avec la plateforme de SVoD avec une flopée de séries à l'instar de sa révision utopiste Hollywood ou encore la troublante Ratched, placebo efficace en attendant le retour de American Horror Story. Mais il y a aussi eu des longs-métrages, comme le bouleversant documentaire A Secret Love et l'adaptation de The Boys in the Band. Des œuvres au degré de qualité variable, un peu à l'image de sa dernière production avant que l'année ne s'achève : The Prom.

Une vitrine qui fait envie

Après avoir connu un franc succès sur les planches de Broadway, la comédie musicale créée par Bob Martin, Chad Beguelin et Matthew Sklar hérite de son traitement cinématographique. L'histoire ? Celle d'Emma, une ado lesbienne dans l'Indiana, tristement interdite de se rendre au bal de promo avec sa petite amie. En ayant vent de cette affaire grâce aux réseaux sociaux, quatre stars en mal d'attention voient ici une opportunité parfaite : aider la lycéenne à aller au fameux "prom" ferait grimper leur capital sympathie et boosterait alors leurs carrières sur le déclin. Mais tout ne se passe pas comme prévu.

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Crédit photo : Netflix

Dans la grande tradition des productions Murphy-esque, The Prom s'apparente à un show spectaculaire et tape-à-l'œil. Des couleurs vives, des décors clinquants – sa scène d'exposition reste encore en tête –, des numéros de danse grandioses… Si Glee avait eu un budget plus conséquent, c'est probablement à ça qu'elle aurait ressemblé. Sur la forme donc, ce nouveau long-métrage est plutôt convaincant, si tant est qu'on soit réceptif au côté over the top dont Murphy a fait sa marque de fabrique.

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Sur le fond, le constat est plus délicat. Bien qu'on ne doute pas de son efficience à Broadway, l'intrigue de The Prom s'avère plus épineuse une fois portée sur le petit écran. Pétillants en surface, les protagonistes manquent toutefois cruellement de nuances. Une remarque d'autant plus valable pour les personnages secondaires, dont l'aspect unidimensionnel peut parfois faire tiquer. Les aficionados de cinéma complexe et subtil peuvent passer leur chemin : ici, on enfile ses gros sabots et on mise sur des ficelles scénaristiques vues et revues. Au risque de noyer parfois les sentiments sincères sous un vernis de superficialité.

Un cri du c(h)œur

En dépit de son synopsis cousu de fil blanc, The Prom parvient à briller de par son énergie communicative et son message de tolérance, encore et toujours nécessaire en 2020. C'est d'ailleurs ce qui a poussé Ryan Murphy à réaliser et financer le projet. "J'ai vu la pièce à Broadway et je m'en rappelle encore vivement, nous confie-t-il. C'était un soir de janvier où il neigeait. J'avais un peu le moral dans les chaussettes et je savais vaguement à quoi m'attendre. Dans le public, j'ai vu des familles rire et pleurer. C'est à mi-parcours que j'ai réalisé que c'était mon expérience. Je viens aussi de l'Indiana. Je me suis dit qu'il y avait tellement de joie, d'optimisme et ce petit quelque chose de vieux jeu que j'ai adoré comment ça m'a fait me sentir".

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Crédit photo : Netflix

Malgré son côté souvent téléphoné, la volonté de The Prom est limpide : promouvoir le respect et accepter nos différences. Mais pas seulement : le film veut aussi montrer toute la diversité de la communauté LGBTQ+. Comme le montre la scène finale, riches en symbole.  Cette volonté de représentation a tout de suite happé Ariana DeBose, l'actrice queer qui interprète Alyssa, la bien-aimée de l'héroïne. "Je sais à quel point il est important de se voir reflétée à l'écran, explique-t-elle. Parce que si tu le vois, alors tu réalises que c'est possible et que tu peux le faire également. Je voulais raconter et faire partie de cette histoire".

Plaisir coupable

Et il faut dire que pour raconter cette histoire, la jeune femme était bien entourée. Alors que Nicole Kidman est attachante en choriste exubérante, Meryl Streep se hisse aisément tout en haut du panier. L'actrice oscarisée danse, chante, vibre avec un tel enthousiasme qu'on ne peut s'empêcher d'esquisser un sourire face à sa performance. Pour peu que l'on fasse exception de la prestation calamiteuse et problématique de James Corden, ce casting quatre étoiles égaye un peu une narration cousue de fil blanc.

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Beaucoup diront que The Prom est une œuvre simpliste, linéaire, prévisible. Et en ça, ils n'auraient pas totalement tort. Mais le film contrebalance ses failles avec un dynamisme clair et, surtout, beaucoup de cœur. Son propos ne parviendra peut-être pas à toucher les esprits les plus cyniques, mais son engagement LGBTQ+ fait de son visionnage un plaisir. Un plaisir coupable, peut-être. Mais un plaisir quand même.

Crédit photo : Netflix