Culture

Constance Joly : « Je voulais en finir avec la honte qui a entouré le sida »

Crédit photo : Fanny Chesnel

Dans Over The Rainbow, paru ce mercredi 6 janvier, la romancière retrace le chemin parcouru par son père pour vivre son homosexualité et dépeint sans fard la violence de la maladie qui l’a emporté à 53 ans, en 1992.

Constance Joly est entrée en littérature en 2019 avec son premier roman, Le matin est un tigre. Salué par la critiquece galop d’essai mettait en scène une adolescente atteinte d’un symptôme étrange : un chardon poussait à l’intérieur de sa poitrine… L’auteure poétisait-elle une douleur cachée ? Evoquait-elle, sans pouvoir l’affronter, l’épreuve qui lui a volé ce père tant aimé dont elle était la fille unique ?

« Même si ce livre parlait d’autre chose, je pense que j’ai inconsciemment métaphorisé sa maladie. Et je me suis aperçue que la représentation du VIH ressemblait étrangement à cette plante épineuse. » Constance avait 23 ans à la mort de Jacques. Depuis, elle a construit sa vie professionnelle dans le monde des Lettres. Comme éditrice et responsable de collection pendant deux décennies. Comme conseillère et agent littéraire* aujourd’hui.

Un texte sans langue de bois

A 51 ans, elle ose enfin en mettre les maux en mots, sans en passer par les détours de la fiction, et déchire le voile du silence pour dire ce que Jacques a tu jusqu’à la fin. Sa plume évoque la relation un peu empruntée, à la fois très forte et très discrète, qui l’unissait à ce professeur d’italien. Elle raconte la liberté intérieure qu’il a fallu à cet homme pour être lui-même, les outrages qu’il a dû endurer pour mourir d’avoir aimé.

Agés de 22, 18 et 12 ans, ses trois enfants découvriront leur grand-père à travers un texte sans langue de bois où leur maman ne ménage personne et, surtout pas elle-même. Lorsque nous la sollicitons, c’est la première fois qu’elle parle de ce récit intime « et je suis très heureuse de m’adresser à vous, Têtu, car vous incarnez tout un pan d’une histoire qui me raccroche à mon père ». Touchant préambule d’une conversation où la lumière le disputera sans cesse à la pluie-chagrin, comme dans l’horizon qui précède l’arc-en-ciel.

 

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