théâtre"Dracula", la pièce queer qui donne du sang neuf au vampire hors d'âge

Par Tessa Lanney le 11/09/2026
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Que reste-t-il de Dracula quand on dynamite les genres, dans tous les sens du terme ? Après New York et Londres, la parodie queer et déjantée du classique de Bram Stoker arrive en France.

Devenu une rock star narcissique et pansexuelle moulée dans un pantalon en cuir, Dracula prend un sacré coup de frais. Créée à New York en 2023 avant de passer par Londres en 2025, Dracula, la parodie hilarante et terrifiante ! arrive pour la première fois en France, dans une adaptation en français mise en scène par Gaspard Legendre. Le point de départ reste celui du roman de Bram Stoker : Jonathan Harker, agent immobilier anglais, part en Transylvanie rencontrer le comte qui prépare son installation à Londres. Mais Gordon Greenberg et Steve Rosen font du gothique victorien un terrain de jeu pour dynamiter les rôles de genre. Six interprètes se partagent ainsi pas moins de 19 personnages, dans une mécanique burlesque où l’on change aussi volontiers d’identité que de costume.

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Gaspard Legendre assume l’héritage du Rocky Horror Picture Show et revendique une pièce "délicieusement queer". Le spectacle joue avec Van Helsing, célèbre adversaire de Dracula traditionnellement représenté sous les traits d’un homme, qui devient ici une chasseuse de vampires. De quoi bouleverser les relations entre les personnages et faire ressortir la misogynie de ses collaborateurs. Le renversement n’est pas isolé puisque les auteurs, Gordon Greenberg et Steve Rosen, prévoient explicitement que leurs personnages puissent être interprétés par des comédiens et comédiennes sans distinction de genre, d’origine, d’âge ou de morphologie. La dramaturgie est confiée au chercheur Ezra Baudou, qui travaille le théâtre à partir des pensées queer et décoloniales.

Un casting des plus versatiles

Encore faut-il que la machine comique suive. Ici, elle repose largement sur une troupe condamnée à la métamorphose permanente. Valentin Nerdenne, comédien et artiste drag passé par Rent et Arrête avec tes mensonges, ne quitte pas le rôle de Dracula tandis qu’autour de lui, les identités valsent. Caroline Aïn, passée par la tournée mondiale de Notre-Dame de Paris, incarne Van Helsing et Mina, l’une des femmes convoitées par Dracula. Aurélien Mallard joue le père de cette dernière et Renfield, serviteur dévoué du vampire ; Cyril Guillou devient Jonathan Harker, l’agent immobilier parti rencontrer le comte, mais aussi plusieurs prétendants. Robin Ganacheau, danseur dans Oliver Twist, récompensé aux Molières 2026, campe enfin Lucy, la fiancée de Jonathan que le vampire prend également pour cible.

Ce jeu de rôles se poursuit dans les costumes de Laurian Ruffle et Neil Nelson, artiste burlesque connue sous le nom de Hot Headed Christine, qui puisent dans le drag et le cinéma de genre. Même goût du mouvement du côté des chorégraphies, confiées à Clément Wohrer, danseur passé par Kiddy Smile et figure des battles de whacking sous le nom d’Apollo. Sur scène, Benjamin Mornet imagine un décor de portes qui évoquent autant des passages que des cercueils, plongé dans un univers très coloré et porté par la musique originale de Christian Auer. Le gothique de Dracula bascule ainsi vers un imaginaire pop, entre série B, cabaret et comédie.

>> Produit par le Théâtre du Héron, Dracula, la parodie hilarante et terrifiante ! se joue à l’Apollo Théâtre, dans le 11e arrondissement de Paris, à partir du 21 septembre.

Crédit photo : le théâtre du Héron