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Daniel Defert raconte les années sida, la mort de Michel Foucault et la création de Aides

Crédit : Yann Morrison

Le militantisme transcende la vie de Daniel Defert. Cette volonté politique l’a poussé à créer Aides, la plus importante association de lutte contre le sida, en 1984, après la mort de son compagnon, le philosophe Michel Foucault.

Dans un appartement nappé par le soleil printanier, Daniel Defert, 82 ans, contemple sa bibliothèque. Ici, une photo. Là, des masques chirurgicaux encore emballés. “C’est la maison d’édition de Foucault en Chine qui me les a fait parvenir”, explique celui qui a été son compagnon pendant vingt ans. Trente-six ans après sa disparition, l’aura du philosophe irradie encore dans le salon où il rédigeait ses livres. Comme elle irradie toujours le monde des idées.

“Il arrive encore qu’à la télévision je tombe sur une leçon de Foucault, note Defert. Son héritage est titanesque.Surveiller et punir, Histoire de la sexualité, L’Archéologie du savoir… : parmi les dizaines d’ouvrages publiés, certains ont profondément transformé la pensée philosophique et politique, et ont été traduits dans plus d’une trentaine de langues. C’est ainsi Michel Foucault qui a théorisé le concept de biopolitique, c’est-à-dire la façon dont le pouvoir modèle les corps, les rend productifs et contraint l’individu à se surveiller lui-même.

Militant toute sa vie

Defert rencontre Michel Foucault en 1960. Entre ces deux-là naît un amour brillant et respectueux. Il sera son compagnon jusqu’à la fin, jusqu’à sa mort du sida le 25 juin 1984. Si le militant reste moins connu que son partenaire philosophe, à travers son engagement Daniel Defert a fait évoluer les politiques de santé publique et le rapport à l’information des patients. “La façon dont les malades du Covid-19 ont été gérés ces derniers mois, on le doit à Defert”, rapporte Philippe Artières, historien et ami proche.

Cet homme chaleureux, d’une “humilité élégante” à en croire ses amis, explique avoir “un rapport anxieux à l’égard de la postérité”. “J’ai été militant toute ma vie, rétorque-t-il, un brin ému. Je me suis engagé sur mes colères et mes révoltes. Je voulais inscrire des problèmes très personnels dans les champs éthiques et politiques.” Ce qu’il a fait. Lors de sa dernière grande colère, la mort de Foucault, il a fondé Aides, une des plus importantes associations de lutte contre le sida.

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