À Paris, la droite réveille les querelles autour d’un futur centre d’archives LGBT+

Le Centre d'Archives LGBTQI+ à Paris vient de recevoir le soutien d'un conseiller de Paris proche de Rachida Dati. L'élu a fait voter un vœux appelant la mairie centrale à faire plus... et ravivé des tensions entre les militants LGBT+ et Anne Hidalgo pourtant d'accord sur le fond.

C'est un serpent de mer. Une arlésienne. Depuis des années, la question d'un centre d'archives LGBT+ à Paris est régulièrement évoquée mais peine à sortir de terre. Énième rebondissement ce lundi 25 janvier, lorsqu'Aurélien Véron, conseiller de Paris porte-parole du groupe de Rachida Dati, a fait voter un vœu au conseil municipal de Paris centre. L'objectif ? Apporter son soutien au projet... Une initiative qui n'a pas manqué d'accentuer les tensions entre les militant·e·s et la mairie de Paris.

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"Je demande à la mairie de Paris Centre de trouver un espace digne et fonctionnel pour accueillir le centre d'Archives LGBTI+ en réelle autonomie", a tweeté le conseiller de Paris libéral. Auprès de TÊTU, il explique : "c'est un vieux et beau projet légitime qui fait consensus. Je ne vois pas comment Anne Hidalgo peut s'y opposer". En cause, une abstention lors du vote du vœu d'Aurélien Véron de la part des élus PS et Verts. "Il faut arrêter de tergiverser et faire avancer le projet", poursuit l'élu parisien en accord avec les revendications du Collectif Archives LGBTQI+ moteur du projet.

Pinkwashing pour les élus EELV

En réaction, les élus EELV ont annoncé avoir déposé à leur tour un second vœu de soutien au projet. Sur Twitter, Raphaëlle Remy-Leleu (EELV), qui n'a pas donné suite aux sollicitations de TÊTU, s'est expliquée. "Alors que leur voeu mentionne les revendications du Collectif pour les archives LGBTQI, c'est bien leur famille politique (autour de Rachida Dati, Changer Paris, ndlr) qui s'allie à l'extrême droite en Île-de-France, combat les associations, leurs actions, leurs plaidoyers, leurs subventions", explique l'élue parisienne. Elle accuse notamment les proches de Rachida Dati de s'allier avec Sens commun.

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"Il ne faut pas faire de l'idéologie et ressortir le vieux clivage gauche/droite. Je ne peux pas savoir si Aurélien Véron est sincère ou pas dans sa démarche. Après tout, la préservation du patrimoine, c'est aussi une valeur de droite. Ce que je vois, c'est que l'élu fait avancer les choses. Après tout, c'est la droite qui donne de l'argent pour aider les TDS (travailleur·se·s du sexe)", réplique à TÊTU Sam Bourcier, membre du Collectif. Le sociologue regrette des lenteurs alors qu'il y a consensus politique.

Des alliés dans le monde entier

Le projet d'archives a de plus en plus d'allié.es. Mais toujours pas de locaux. Début janvier, une lettre ouverte publiée dans Libération et signée par 45 centres d'archives de 22 pays différents appelait à la création d'un tel centre. "À Paris, en Île-de-France et au niveau national, les autorités sont maintenant en position de confirmer leurs engagements vis-à-vis de la société civile en soutenant pleinement le projet du collectif Archives LGBTQI. Elles contribueront ainsi à faire en sorte que Paris prenne la place qui lui revient aux côtés des villes qui accueillent des structures dédiées à la reconnaissance du passé LGBTQI", écrivaient-ils.

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Le Collectif et ses soutiens appellent à une gestion autonome du centre. "Le Collectif LGBTQI+ aura toute sa place dans la gestion du Centre", rassurait il y a quelques mois Jean-Luc Romero-Michel, adjoint à la mairie en charge du projet. "En revanche, Paris ne peut pas supporter à elle seule le coût du projet, l'État et la région doivent prendre leur part", ajoutait-il. Mais "il ne faut pas que les lignes de crédit du ministère de la Culture retardent la mise en place du Centre", lui répond Sam Bourcier qui craint que l'autonomie du projet soit remise en cause.

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"Finalement, tout le monde est d'accord. Il faut se bouger maintenant !", encourage Aurélien Véron qui indique qu'il proposera début février un même voeu au Conseil de Paris. Alors que les ambitions d'Anne Hidalgo pour la présidentielle de 2022 sont de plus en plus claires, l'élu d'opposition n'est pas mécontent d'avoir soufflé sur les braises entre les promoteurs du projet et la mairie qui doit le mettre en place.

 

Crédit photo : Capture d'écran Twitter Anne Hidalgo


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