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Ce qui se cache derrière la multiplication des emojis médaille sur Instagram

Un internaute a appelé ses followers à inonder les militant·e·s LGBT+ et féministes avec des emojis médailles. L'opération vise à déjouer les algorithmes de modération pour éviter d'être accusé de cyberharcèlement, mais des poursuites pourraient toutefois être engagées.

Avez-vous remarqué une avalanche d'émoji "médaille" sur les publications de militant·e·s LGBTQI+ ? Contrairement aux apparences, ces commentaires ne sont pas bien intentionnés. En fait, il s'agit d'une opération de trolling à grande échelle. L'utilisation des emojis vise à éviter d'être repéré pour cyberharcèlement.

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Tout commence en décembre en dernier. La secrétaire d'État chargée de la Citoyenneté Marlène Schiappa propose de "récompenser des Français méritants qui se sont illustrés par leur engagement pour la société". Oubliant que la légion d'honneur existe déjà, Marlène Schiappa a lancé les "prodiges de la République". Des citoyens pourront donc désormais pousser pour que la république récompense des personnes méritantes.

"La plus grosse vanne de l'année contre le gouvernement"

Mais un certain Greg Toussaint a voulu détourner l'initiative. Sur YouTube, il appelle ses abonnés à "participer à la plus grosse vanne de l'année contre le gouvernement", note Numerama. C'est ainsi que l'homme, qui compte 40.000 abonnés sur Instagram a demandé à sa communauté de l'inscrire comme prodige. "Ce pays est tellement à genoux devant la diversité que ça en devient trop simple. (...) Si on ne me sélectionne pas, je crie au racisme. C'est comme ça que ça marche ici", explique celui qui se présente comme nationaliste dans une vidéo sur YouTube.

Des activistes ciblé·e·s

Sauf que ce n'est peut être pas aussi simple qu'attendu. Dans une story consultée par Numerama, Greg Toussaint remarque que "malgré les milliers et les milliers de messages", il ne pense finalement pas qu'il sera élu Prodige de la République. Mais l'internaute avance une nouvelle idée : "on peut remettre des médailles aux pires gauchos de France". "Parfois, sous les commentaires de post de gauchos, je vois des insultes ou des doigts d’honneurs, des 'crève connasse'. C’est bien, mais les insultes ça a ses limites. Donc je dis : donnons-leur des médailles pour les récompenser de leur gauchiasserie." C'est ainsi que "l'armée des trolls" inonde des posts militants de commentaires sous forme d'emoji médaille.

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L'activiste lesbienne et élue parisienne Alice Coffin est rapidement visée, la militante trans Agressively_trans, la chanteuse engagée Yseult ou le mouvement Black Lives Matter. Greg Toussaint semble signifier aux internautes leur cible en s'abonnant à leur compte. Le 23 février, il annonce dans une story que "la médaille a parlé". On peut alors voir qu'il n'est abonné qu'à un seul compte : celui de la rédaction de Slate. Résultat, "nous avons reçu plusieurs milliers de messages en quelques minutes", indique un membre de la rédaction au média spécialisé dans le numérique. Le compte Instagram a également reçu des médailles en messages privés. "Nous continuerons de publier ce que nous souhaitons, quelles que soient les réactions de ces personnes", ajoute le media.

 

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L'armée des médailles

Un compte Instagram dédié a même été crée, avec un "général en chef" : Greg Toussaint. Avec deux publications, ce compte recense 2.300 abonnés. Il se présente comme "une armée qui récompense l'effort des opposants par la médaille !". Des règles sont édictées : "la médaille se pose uniquement sous des posts, pas en DM. L'armée de la médaille est respectueuse en toute situation. La diffamation, les incitations à la haine, les appels au meurtre sont strictement interdits (sic)".⁣

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Malgré ces règles dites "respectueuses", le compte appelle à "sévir (...) afin d'organiser des assauts de médailles", a pu lire TÊTU dans une story. C'est ainsi que le compte Quotidien de racisé·e·s a été victime de ce cyberviolence après un post où le collectif a écrit "qui sème l'esclavage et la colonisation récolte l'immigration". "Des dizaines de personnes sont venu·e·s en commentaire, mais également en message privé pour nous insulter et minimiser les discriminations racistes dont nous faisons l'objet chaque jour", témoigne le collectif sur le réseau social. Avant de republier des commentaires reçus : "vous accusez les blancs parce que tout seul (sic) vous, les africains (sic) vous n'assumez pas êtes rester (sic) au moyen age (sic)".

Selon Numerama, le fait de ne pas publier d'injure n'empêche pas des poursuites. La loi condamne le fait d'infliger "des propos ou comportements répétés ayant pour objet ou pour effet de dégrader une dégradation de ses conditions de vie". Greg Toussaint et son "armée" pourraient donc bien se retrouver devant les tribunaux.

 

Crédit photo : Capture d'écran Numerama


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