gileadLa Haute autorité de santé favorable au déploiement de la PrEP par les médecins généralistes

Par Nicolas Scheffer le 29/04/2021
PrEP

La Haute autorité de santé recommande de permettre aux médecins généralistes de pouvoir prescrire la PrEP en première intention. Il ne manque plus que le feu vert de l'ANSM.

Enfin ! Plus d'un an après le développement de l'épidémie de Covid-19, la Haute autorité de santé (HAS) "recommande que tout médecin intéressé par la prévention du VIH, puisse prescrire initialement et renouveler la PrEP" pendant la période d'urgence sanitaire. Un moyen de faciliter sa prescription, alors que pendant le premier confinement, les délivrances ont chuté de 36%. La HAS remarque également une "diminution massive du nombre de tests de dépistages VIH (...) impactant le délai du diagnostic chez les personnes infectées".

Des chiffres en berne

L'épidémie de Covid-19 a eu un impact important sur la lutte contre le VIH. Les chiffres parlent d'eux-même : 28% des hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes (HSH) ont reporté leur dépistage VIH/IST, 34% des personnes porteuses du VIH (PPVIH) ont reporté une consultation de suivi du VIH. Deux mois après la fin du confinement, 15% des usagers de la PrEP n'avaient pas repris leur traitement.

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Aujourd'hui, pour avoir accès à la PrEP, il est nécessaire de passer par un centre spécialisé. Mais ce n'est pas toujours facile d'obtenir un rendez-vous. "En fonction des hôpitaux, la prise de rendez-vous se fait par téléphone à des horaires précis. Parfois, le numéro indiqué n'est plus bon. Il n'y a pas de centralisation des informations, ni de prise de rendez-vous possible sur internet", indique à TÊTU un usager. Permettre aux médecins de prescrire la PrEP en première intention permettrait de la rendre plus facile d'accès.

La PrEP "devrait être connue de toute personne sexuellement active"

Car "la PrEP est un traitement préventif très efficace contre la transmission du VIH", reconnaît (enfin) la HAS. Dans un entretien à l'agence de presse médicale APMnews, Pascal Pugliese, président de la Société française de lutte contre le sida assure que la PrEP est "probablement le principal levier en 2021 pour augmenter la prévention vis-à-vis du VIH". Selon l'association de médecins, on "risque de revenir quelques années en arrière dans la lutte contre le VIH". La PrEP "devrait être connue de toute personne sexuellement active" et l'on devrait rendre sa prescription "la plus facile possible".

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Mais c'était sans compter les bourdes à répétition des services du ministère de la Santé. Le décret autorisant la prescription de la PrEP par la médecine de ville a été repoussé deux fois à cause d'erreurs techniques. "Les services du ministère des Solidarités et de la Santé se sont pleinement mobilisés pour que les solutions soient trouvées dans un délai rapide pour permettre de répondre aux attentes des patients, des professionnels dans un cadre juridiquement sécurisé. Ainsi, les travaux ont repris en concertation avec les acteurs, avec une autre voie d’action cible sur les seuls médicaments utilisés pour la PrEP", élude la Direction générale de la Santé auprès de TÊTU.

Manque de rigueur du ministère

"Si le ministère avait été plus rigoureux dès le début, les médecins pourraient déjà la prescrire. Cela fait des mois qu'on dit qu'il faut aller plus vite et communiquer largement sur l'utilité de la PrEP à destination du grand public. Cela fait un an qu'on nous promet la PrEP par les médecins de ville. On a pris un retard considérable qui va se traduire en nouvelles infections. Maintenant, il faut rattraper ce retard", dit à TÊTU Aurélien Beaucamp, président de AIDES. "Au moins, désormais, il y a un consensus de toutes les parties pour vanter les mérites de la PrEP", ajoute-t-il.

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"Aujourd'hui, la balle est du côté de l'Agence nationale de sécurité du médicament", indique la Haute autorité de santé à TÊTU. Mais là encore, les procédures sont longues. La direction générale de la santé indique que "La modification (par l'ANSM, ndlr) ne peut être effective qu'après consultation des laboratoires pharmaceutiques titulaires des autorisations de mise sur le marché, après une procédure contradictoire nécessitant un délai minimum d’un mois". Ce matin, l'ANSM n'était pas joignable dans l'immédiat pour commenter.

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