ISTIST : tout ce que vous devez savoir avant de baisser votre braguette

Par Nicolas Scheffer le 17/12/2020
IST

Gonocoques, chlamydia, hépatites ou syphilis, ces IST explosent parmi les hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes. Ce n'est pas toujours facile de s'y retrouver dans la jungle des IST, même si elles se traitent plutôt facilement. On fait le point pour vous.

Le VIH n'a pas de secret pour vous : vous savez que les personnes indétectables sont également intransmissibles (et en bonne santé). Tous les trois mois, vous faites un dépistage complet pour connaître votre statut sérologique. Vous savez également que la PrEP a énormément fait refluer l'épidémie. En revanche, difficile de faire la différence entre une hépatite, un gonocoque ou une syphilis. Ne vous inquiétez pas, on fait le point pour vous sur ces IST.

Premier constat, ces infections sexuellement transmissibles explosent. En 2019, les syphilis ont augmentées de 22%, par rapport à 2017. Les gonocoques sont en hausse de 58% sur la même période. Les chlamydia, elles, sont en hausse de 20% entre les mêmes années. Les chiffres sont impressionnants, mais ils ne doivent pas être affolants. "Ces IST sont évidemment beaucoup moins graves que le VIH, elles peuvent être traitées. D'autant que ces chiffres s'expliquent en partie par une augmentation du nombre de dépistages", soulignait Aurélien Beaucamp, le président d'Aides, à l'annonce de ces chiffres.

"Il n'y a pas lieu de s'inquiéter. On ne peut pas comparer le VIH avec une chaude-pisse. Ces IST se soignent très bien, certaines peuvent atteindre des formes graves, mais de façon extrêmement exceptionnelles", pointe le Dr Michel Ohayon, fondateur du 190, un centre de santé sexuelle. D'autant qu'il y a des moyens de les prévenir. À commencer par le vaccin.

Une priorité : se faire vacciner des hépatites

Chez les hommes qui ont des rapports avec d'autres hommes, il existe des vaccins remboursés pour les hépatites A et hépatites B. En revanche, il n'y en a pas pour l'hépatite C. "Il y a une possibilité de contamination à l'hépatite A entre la bouche et l'anus donc le vaccin est recommandé chez les hommes qui ont des relations sexuelles avec les hommes. L'hépatite B se transmet par un rapport sexuel, par le sang et notamment lorsqu'on partage des pailles pour les usagers de drogue. L'hépatite C se transmet également par le sang, notamment lors de petits traumatismes anaux. Pour cette hépatite, il n'y a pas de vaccin, mais il y a un traitement", explique Radia Djebbar, médecin coordinatrice de Sida info Service.

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"L'hépatite A n'est dangereuse que dans des cas très rares. Généralement, c'est très handicapant pendant six mois avec énormément de fatigue avec une inflammation du foie. Elle touche notamment les HSH, d'où l'importance de se faire vacciner. Les traitements contre l'hépatite C sont très récents et elle n'est plus considérée comme une maladie chronique. En revanche, l'hépatite B peut devenir chronique. C'est le premier pourvoyeur de cancers du foie, la vaccination est très chaudement recommandée", complète Élie Terreaux, chargée des publics LGBT+ auprès de Sida info service.

Le HPV concerne les garçons

On sait que les jeunes filles doivent se faire vacciner contre le papillomavirus pour se prémunir d'un cancer du col de l'utérus. Quid des hommes qui, pour la plupart, n'ont pas d'utérus ? Chez les garçons homos, la vaccination contre le HPV est recommandée et remboursée jusqu'à 26 ans. "Dans les faits, il est remboursé au-delà des 26 ans. Mais il ne faut pas tarder à se faire vacciner", indique Michel Ohayon. Les personnes porteuses du VIH (PPVIH) sont incitées à se faire vacciner jusqu'à 40 ans.

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Au cours de notre vie, nous sommes régulièrement en contact avec le HPV qui se transmet par le toucher. Généralement, les HSH ne présentent pas de symptômes... mais ça arrive. Le virus peut occasionner une verrue au niveau de l'anus ou dans la gorge. Il est alors nécessaire de la retirer au laser, ce qui n'est vraiment pas agréable.

Le dépistage, la prévention la plus efficace

"La capote ne protège pas des IST, lâche par provocation Michel Ohayon. La seule manière de se protéger efficacement, c'est de se tester régulièrement". "Pour les personnes qui ont plusieurs partenaires, les recommandations, c'est un dépistage tous les trois mois ou tous les 10 partenaires", note Dr Djebbar. Plusieurs IST se transmettent par voie orale, lorsqu'on n'utilise pas de capote lors d'une pipe.

Là encore, pas d'inquiétude, notamment pour les plus courantes, la syphilis et les gonocoques, il existe des traitements efficaces. Le risque, c'est de ne pas savoir qu'on est infecté et de les transmettre à d'autres. Un petit conseil en passant, un gonocoque anale se manifeste souvent par une rectite : une envie régulière de faire la grosse commission, mais de ne pas y parvenir. La rectite peut également être le symptôme d'une chlamydia.

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La chlamydia, c'est une bactérie. Elle peut conduire à la lymphogranulomatose vénérienne (LGV) aussi appelée maladie de Nicolas-Favre. Elle se transmet par des rapport sexuels et notamment la pratique de fist fucking. Pour éviter qu'elle ne devienne chronique et qu'elle produise des fistules (pas super sexy), il est nécessaire de la traiter par un simple antibiotique.

Ne pas culpabiliser, traiter rapidement

Comme le papillomavirus, l'herpès génital se transmet par simple contact. "Il ne faut pas culpabiliser et le traiter lorsqu'une forme grave se développe ", rassure Dr Ohayon. En revanche, il faut traiter au plus vite les morpions qui viennent hanter les lieux dédiés au sexe. Foudroyant, le Spraypax n'est plus commercialisé depuis 2017. Mais rassurez-vous, n'importe quel anti-poux fonctionne. "Le rasage intégral est également efficace, mais dans ce cas, on est exclu des bars bear, ce serait dommage", rigole le fondateur du 190.

Enfin, rappelons que c'est important de prévenir ses précédents partenaires en cas d'infection, que vous ayez mis une capote lors de votre rapport ou non. Certes, vous vous attirerez peut-être les foudres d'un étalon sur Grindr. Mais vous permettrez surtout qu'il ne propage pas cette infection à son tour. Si vous êtes un peu timide, sachez qu'une application, WeFLASH peut vous sauver. L'outil permet de prévenir un partenaire qu'un de ses partenaire a été infecté et l'encourage à se faire dépister. On dit oui.

 

Crédit photo : Taras Chernus / Unsplash